‹ Moralistes françoisChapitre 270 sur 309 · SUR DIVERS SUJETS · texte numérisé non relu

SUR DIVERS SUJETS

Sur l'histoire des hommes illustres.

Les histoires des hommes illustres trompent la jeunesse^ On y présente toujours le mérite comme respectable, on y plaint les disgrâces qui l'accompagnent , et on y parle avec mépris de l'injustice du monde à l'égard de la vertu et des talents. Ainsi, quoiqu'on y fasse voir les hommes de génie presque toujours malheureux, on peint cependant leur génie et leur condition avec de si riches couleurs, qu'ils parussent dignes d'envie dans leurs malheurs mêmes. Gela vient de ce que les historiens confondent leurs intérêts avec ceux des hommes illustres dont ils parlent. Marchant dans les mêmes sentiers, et aspirant à-peu-près à la même gloire, ils relèvent autant qu'ils peuvent rédat des talents ; on ne s'aperçoit pas qu'ils plaident leur propre cause, et comme on n'entend que leur voix, on se laisse aisément séduire à la justioe de leur cause, et on se persuade aisément que le parti le meilleur est aussi le plus appuyé des honnêtes gens. L'expérience détrompe là -dessus. Pour peu qu'on ait vu le monde, on découvre bientôt son injustice na-

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tureNe «nters ie mérite , Verne des hofumeft médiocres, qui traverse jasqu'à la mort les hommes excellents, et eniin Forgueil des hom* mes élevés par la fortune, qui ne se relâche jamais en faveur de ceux qui n'ont que du mérite. Si on savoit cela de meilleure heure, on travailleroK avec moins d'ardeur à la vertu ; et quoique la présomption de la jeunesse surmonte tout , je doute qu'il entrât autant déjeunes gens dans la carrière.

Sur la morale et la physique.

C'est un reproche ordinaire de la part des physiciens à ceux qui écrivent des mœurs , que la morale n'a aucune certitude comme les mathématiques et les expériences physiques. Mais je crois qu'on pourroit dire, au contraire , que l'avantage de la morale est d'être fondée sur peu de principes très solides , et qui sont à la portée de l'esprit des hommes; que c'est de toutes les sciences la plus connue, et celle qui a été portée plus près de sa perfection : car il y a peu de vérités morales un peu impor^ tantes qui n'aient été écrites; et ce qui manque à cette science , c'est de réunir toutes ces vérités et de les séparer de quelques erreurs qu'on y a mêlées; mais c'est un défont de l'esprit humain plas que de cette science , car les hommes ne sont guère capables de concevoir aucun sujet tout entier et d'en voir les divers rapports et les différentes foces. L'avantage de la morale est donc d'être plus connue que les autres sciences; de-là on peut conchire qu'elle est plus bornée, ou qu'elle est plus naturdle anx homaies, ou l'un et l'autre à-la-fois : car on ne peut nier, je crois, qu'elle est plus naturelle aux hommes, et on est assez oblige de convenir, en même temps, que , se renfermant tout entière dans un sujet si borné que le genre humain, elle a moins d'étendue que la physique, qui endïrasse toute k nature. Ainsi l'avantage de la morale sur k physique est de pouvoir être mieux connue et mieux possédée, et l'avantage de la physique sur la morale est d'être plus vaste et plus étendue. La morale se glorifie d'être plos sûre et plus praticable; et la physique , au contraire , de passer les bornes

de l'esprit humain, de s'étendre au-delà de toutes ses conceptions , d'étonner et de confondre l'imagination par ce qu'elle lui fait ap^ cevoir de la nature... Voilà du moins ce qui oie paroît de ces deux sciences. Je trouve la morale plus utile, parceque nos connoissances ne sont guère profitables qu'autant qu'eDes approchent de la perfection ; mais elle me paroît aussi un peu bornée ; au lieu que le seul aspect des éléments de la physique accable mon imaginalion Je me sens frapper d'une vive curiosité à la vue de toutes les merveilles de Fouivers, mais je suis dégoûté aussitôt du peu que l'on en peut connoître, et U me semble qu'une science si élevée au-dessus de notre raison n'est pas trop faite pour nous.

Cependant ce qu'on a pu en découvrir n a pas laissé que de rapandre de grandes lumières sur toutes les choses humaines : d'où je conclus qu'il est bon que beaucoup d'hommes s'appliquent à cotte science et la portent jusqu'au degré où elle peut être portée , sans se décourager par la lenteur de leurs progrès et par l'imperfection de leurs connoissances*.. D but avouer que c'est un grand spectacle que celui de l'univers : de quelque côté qu'on porte sa vue , on ne trouve jamais de terme. L'esprit n'arrive jamais ni à la dernière petitesse des objets , ni à l'immensité du tout ; les phis petites choses tiennent à l'infini ou à Tindéfini. L'extrême petitesse et l'extrême grandeur échappait également à notre imagmation; elle n'a plus de prise sur aucun objet dès qu'elle veut les approfondir. Nous apercevons, dit Pascal, tpuir que apparence du miHeu des choses, dans un désespoir étemel d'en connoitre ni le prmdpe m /« fin, etc. *•

La physique est incertaine à l'égard des principes du mouvement, à l'égard du vide ou do plein, de l'essence des cor{>s, etc. Elle n'est certaine que dans les dimensions , les distances, les proportions et les calculs qu'elle emprunte de la géométrie.

H. Newton , au moyen d'une seule cause ooculte , explique tous les phénomènes de h nature; et les Anciens, en admettant plusieurs causes occultes, n'expliquoient pas b moindre

« Voycx let Pentéet de Pasta! , l" part., art. IV. pemée i.

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partie de ces phénomènes. La cause occulte de M. Newton est celle qui produit la pesanteur et l'attraction mutuelle des corps ; mais il n est pas impossible peut^tre que cette pesanteur et cette attraction ne soient à elle^mémes leur propre cause : car il n'est pas nécessaire qu'une qualité que nous apercevons dans un sujet y soit produite par une cause , elle peut exister par elle-même.

On ne demande pas pourquoi la matière est étendue: c'est là sa manière d'exister; elle ne peut être autrement. Ne se peut-il pas faire que la pesanteur kii soit aussi essentielle que l'étendue? Pourquoi non ?

Il n'est aucune portion de matière qui ne soit Rendue : l'étendue est donc essentielle à la matière. Mais s'il n'y a aucune portion de matière qui ne soit pesante, ne faudroit-il pas ajouter la pesanteur à l'essence de la matière?

Si le mouvement n est autre chose que la pesanteur des corps, nous voilà bien avancés dans le secret de la nature !

Toutes nos démonstrations ne tendent qu'à nous feire connoftre les choses avec la même évidence que nous les connoissons par sentiment. Ckmnoitre par sentiment est donc le plus haut degré de connoissance; il ne faut donc pas demander une raison de ce que nous connoissons par saotiment.

Sur Fonlenelle.

H. de Fontendie mérite d'être regardé par la postérité comme un des plus grands philosophes de la terre. Son Histoire des Oracles, son petit traité de C Origine des Fables, une grande partie de ses Diabgues, sa Pluralité des Mort" des, sont des ouvrages qui ne devroient jamais périr, quoique le style en soit froid et peu naturel en beaucoup d'endroits. On ne peut refuser à l'auteur de ces ouvrages d'avoir donné de nouvelles lumières au genre humain. P^sonne n'a mieux (ait sentir que lui cet amour immense que les hommes ont pour le merv^leux , cette pente extrême qu'ils ont à respecter les vieilles traditions et l'autorité des Anciens. C'est à lui, en grande partie, qu'on doit cet esprit philosophique qui fait mépriser les dé«

damations et les autorités , pour discuter le vrai avec exactitude. Le désir qu'il a eu dans tous ses écrits de rabaisser l'antiquité l'a conduit à en découvrir tous les faux raisonnements» tout le fabuleux, les déguisements des histoires anciennes et la vanité de leur philosophie. Ainsi la querelle des Anciens et des Modernes , qui n'étoit pas fort importante en elle-même, a produit des dissertations sur les traditions et sur les fables de l'antiquité , qui ont découvert le caractère de l'esprit des hommes , détruit les superstitions et agrandi les vues de la morale. M. de Fontendle a excellé encore à peindre la foiblesse et la vanité de l'esprit humain : c'est dans cette partie , et dans les vues qu'il a eues sur Y Histoire ancienne et sur la Superstition, qu'il me parott véritablement original. Son esprit fin et profond ne l'a trompé que dans les choses de sentiment ; par-tout ailleurs il est admirable.

Sur Iode,

Je ne sais point si Rousseau a surpassé Ho* race et Pindare dans ses odes ; s'il les a surpassés , je conclus que l'ode est un mauvais genre , ou du moins un genre qui n'a pas encore atteint à beaucoup près sa perfection. L'idée que j'ai de l'ode est que c'est une espèce de délire, un transport de l'imagination. Mais ce transport et ce délire , s'ils étoient vrais et non pas feints, devroient remplir les odes de sentiment ; car il n'arrive jamais que l'imagination soit véritablement échauffée sans passionner l'amc : or je ne crains pas qu'on puisse dire que nos odes soient fort passionnées. Ce défaut de passion est d'autant plus considérable dans ces petits poèmes, que la plupart sont vides de pensées ; et il me semble que tout ouvrage qui est vide de pensées doit être remfdi de sentiment. Rien n'est plus froid que de très beaux vers où l'on ne trouve que de l'harmonie et des images sans chaleur et sans enthousiasme.

Hais ce qui fait que Rousseau est si admiré malgré ce défaut de passion , c'est que la plupart des poètes qui ont essayé de faire des odes, n'ayant pas plus de chaleur que lui , n'ont pu même atteindre à son âégance , à son harmonie, à sa simpKoitë et à la richesse de sa poésie.

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Ainti n est admiré non seulement pour les besotés <réelles de ses ouvrages y maïs aussi pour les dëfiiuts de ses imitateurs. Les hommes sont fiiits de manière qu'ils ne jugent gu^ que par comparaison ; et jusqu'à ce qu'un genre ait atteint sa véritable perfection , ils ne s'aperçoivent point de ce qui tui manque ; ils ne s'aperçoivent pas même qu'ils ont pris une mauvaise route, et qu'ils ont manqué le génie d'un certain genre , tant que le vrai génie et la vraie route leur sont inconnus. €'est ce qui a fait que tous les mauvais auteurs qui ont primé dans leur siècle ont passé incontestablement pour de grands hommes, personne n'osant contester à ceux qui foisoient mieux que les autres qu'ils fussent dans le bon chemin.

Sur Montaigne et Pascal.

Montaigne pensoit naturellement et hardiment; il joignoit à une imagination inépuisable un esprit invinciblement tourné à réfléchir. On admire dans ses écrits ce caractère original qui manque rarement aux âmes vraies ; on y retrouve par-tout ce génie qu'on ne peut d'ailleurs refuser aux honunes qui sont supérieurs à leur siècle. Montaigne a été un prodige dans des temps barbares; cependant on n'oseroit dire qu'il ait évité tons les défauts de ses contemporains ; il en avoit lui-même de considérables qui lui étoient propres, qu'il a défendus avec esprit, mais qu'il n'a pu justifier, parcequ'on ne justifie point de vrais défauts. Il ne savoit ni Uer ses pensées, ni donner de justes bornes à ses discours, ni rapprocher utilement les vérités, ni en conclure. Admirable dans les détails, incapable de former un tout, savant à détruire, fbible à établir ; prolixe dans ses citations , dans ses raisonnements, dans ses exemples; fondant sur des feits vagues et incertains des jugements hasardeux ; affaiblissant quelquefois de fortes preuves par de vaines et inutiles conjectures , se penchant souvent du côté de l'erreur pour contrepeser l'opinion ; combattant par un doute trop universel la certitude; pariant trop de soi, quoi qu on dise, comme il parloit trop d*aulre chose ; incapable de ces passions altières et véhémentes qui sont presque les seules sources

du sublime; choqnant, par son indifiercoce et son indécision, les âmes impérieuses et décisives ; obscur et fetigant en mille endroits, bute de méthode ; en un mot, malgré tous les dtat' mes de sa naïveté et de ses images^ très firible orateur, parcequ'il ignoroit l'art nécessaire d'oranger un discours , de déterminer, de passioaner et de conclure.

Pascal n'a surpassé Montaigne ni en naheié, ni en imagination. Il l'a surpassé en profondeur, en finesse, en sublimité, en véhémoioe; il a porté à sa perfection l'éloquence d'art qae Moniaigne ignoroit entièrement , et n'a poim été égalé dans cette vigueur de génie par laquelle on rapproche les objets et on résume oii discours; mais la chaleur et la vîvadlé de sn eq>rit pouvoient lui donner des erreurs dont le génie ferme et modéré de Montaigne n'étoit pas aussi susceptible.

Sur la poésie et l'éloquence.

M. de Fontendle dit formdlement, en plusieurs endroits de ses ouvrages, que l'éloquence et la poésie sont peu de chose, etc... Il me semble qu'il n'est pas trop nécessaire de défendre l'éloquence. Qui devroit mieux savoir que M. de Fontendle, que la plupart des choses humaines, je dis celles dont la nature a abandonné la a«duite aux hommes, ne se font que par la séduction? c'est l'éloquence qui non seulemeot convainc les hommes , mais qui les écbaoile pour les choses qu'elle leur a persuadées , et qui par conséquent se rend maîtresse de leur conduite. Si M. de Fontenelle n entendoit par Féloquence qu'une vaine pompe de paroles, l'harmonie, le choix, les images d'un discours, encore que toutes ces choses contribuent beaucoup à la persuasion , il pourroit cependant ea faire peu d'estime, parcequelles n*auroient pas grand pouvoir sur des esprits fins et profonds comme le sien. Mais M. de Fontendle ne peut ignorer que la grande éloquence ne se borne point à rimagination , et qu'elle embrasse la profondeur du raisonnement qu'dle fiut valoir, ou par un grand art et par une régulière net« teté , ou par une chaleur d'expression et de génie qui entraîne les esprits les plus opinil-'

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très. L'éloquence a encore cet avantage qu'elle rend les vérités populaires, qu'elle les fait sentir aux moins habiles , et qu'elle se proportionne à tous les esprits. Enfin , je crois qu'on peut dire qu'elle est la marque certaine de la vigueur de l'esprit, et l'instrument le plus puissant de la nature humaine... A Téganl de la poésie , je ne crois pas qu'elle soit fort distincte de l'éloquence. Un grand poëte ' la nomme i'éloquence harmonieuse : je me fais honneur de penser comme lui. Je sais bien qu'il peut y avoir dans la poésie de petits genres qui ne deman*^ dent que quelque vivacité d'imagination et l'art des vers ; mais dira-t-on que la physique est peu de chose parcequ'il y a des parties de la physique qui ne sont pas d'une grande étendue ou d'une grande utilité? La grande poésie demande nécessairement une grande imagination, avec un génie fort et plein de feu. Or, on n'a point cette grande imagination et ce génie vigoureux , sans avoir en même temps de grandes lumières et des passions ardentes qui éclairent l'âme sur toutes les choses de sentiment , c'està-dire sur la plus grande partie des objets que l'homme connott le mieux. Le génie qui fait les poètes est le même qui donne la connoissance do cœur de l'homme. Molière et Racine n'ont si bien réussi à peindre le genre humain , que porcequ'ils ont eu l'un et l'autre une grande imagination. Tout homme qui ne saura pas peindre fidèlement les passions , la nature , ne méritera pas le nom de grand poête« Ce mérite si essentiel ne le dispense pas d'avoir les autres : un grand poète est obligé d'avoir des idées justes , de conduire sagement tous ses ouvrages , de former des plans réguliers et de les exécuter avec vigueur. Qui ne sait qu'il est peut-être plus difficile de former un bon plan pour un poème que de faire un système raisonnable sur quelque petit sujet philosophique? Je sais bien qu'on m'objeetera que Milton , Shakspeare et Virgile même n'ont pas brillé dans leurs plans : cela prouve que leur talent peut subsister sans une grande régularité ; mais il ne prouve point qu'il l'exclue. Combien peu avonsnous d'ouvrages de morale et de philosophie oii il règne un ordre itréprochable! Est-il sur-

prenant que la poésie se soit si souvent écartée de cette sagesse de conduite pour chercher des situations et des peintures pathétiques, tandis que nos ouvrages de raisonnement , où on n'a recherché que la méthode et la vérité, sont la plupart si peu vrais et si peu méthodiques. C'est donc par la foiblesse naturelle de l'esprit humain que quelques poètes manquent de conduite, et non parceque le défaut de conduite est propre à l'esprit poétique. Je suis fâché qu'un esprit supérieur comme M. de Footenelle veuille bien appuyer de son autorité les préjugés du peuple contre un art aimable , et dont le génie est donné à si peu d'hommes. Tout génie qui fait concevoir plus vivement les choses humaines , comme on ne peut le refuser à la poésie , doit porter par-tout plus de lumière. Je sais que ce sont des lumières de sentiment, qui ne serviroient peut-être pas toujours à bien discuter les objets ; mais n'y a-t-il point d'autre manière de connoitre que par discussion? Et peut-on conclure quelque chose contre la justesse d'un esprit qui ne sera pas propre à discuter? Qu'y a-t-il après tout d'estimable dans l'humanité? Sera-ce les connoissances physiques et l'esprit qui sert à les acquérir? Mais pourquoi donner cette préférence a la physique? Pourquoi l'es* prit qui sert à connoitre l'esprit lui-même, ne sera-t-il pas aussi estimable que celui qui recherche les causes naturelles avec tant de lenteur et d'incertitude? Le plus grand mérite des hommes est d'avoir la faculté de connoitre ; et la connoissance la plus parfaite et la plus utile qu'ils puissent acquérir peut bien éti*e celle d'eux-mêmes. Je supplie ceux qui sont persuadés de ces vérités , de me pardonner les preuves que j'en apporte ; elles ne peuvent être regardées comme inutiles, puisque la plus grande partie des hommes les ignorent, et que le plus grand philosophe de ce siècle veut bien favoriser cette ignorance.

Je sais bien que les grands poètes pourroient employer leur esprit à quelque chose de plus utile pour le genre humain que la poésie. Je sais bien que l'attrait invincible du génie les empêche encore d'ordinaire de s'appliquer ù d'autres choses ; mais n'ont-ils pas cela de commun avec ceux qui cultivent les sciences? Parmi un si grand nombre de philosophes, combien

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peu s'en trouve-t-il qui aient inventé des choses utiles à la société, et dont Tesprit n'eût pu être mieux employé ailleurs , s*il eût été capable pour d'autres cJioses de la même application ! Est-il nécessaire, d'ailleurs, que tous les hommes s'appliquent à la politique, à la morale et aux connoissances les plus utiles? N'est-il pas au contraire infiniment mieux que les talents se partagent? Par-là tous les arts et toutes les sciences fleurissent ensemble ; de ce concours et de cette diversité se forme la vraie richesse des sociétés. Il n'est ni possible ni raisonnable que tous les hommes travaillent pour la même

fin.

L'homme vertueux dépeint par son génie.

Quand je trouve dans un ouvrage une grande imagination avec une grande sagesse, un jugement net et profond , des passions très hautes mais vraies, nul effort pour paroltre grand, une extrême sincérité, beaucoup d'éloquence, et point d'art que celui qui vient du génie , alors je respecte l'auteur; je l'estime autant que les sages ou que les héros qu'il a peints. J'aime à croire que celui qui a conçu de si grandes choses n'auroit pas été incapable de les foire. La fortune qui l'a réduit à les écrire me paroit injuste. Je m'informe curieusement de tout le détail de sa vie; s*il a feit des foutes, je les excuse , paroeque je sais qu'il est difficile à la nature de tenir toujours le coeur des hommes aw dessus de leur condition. Je le plains des pièges cruels qui se sont trouvés sur sa route, et même des foiblesses naturelles qu'il n'a pu surmonter par son courage. Mais lorsque, malgré la fortune et malgré ses propres défouts, j'apprends que son esprit a toujours été occupé de grandes pensées, et dominé par les passions les plus aimables, je i^mercie à genoux la nature de ce qu'elle a foit des vertus indépendantes du bonheur, et des lumières que l'adversité n'a pu

éteindre.

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