‹ Moralistes françoisChapitre 282 sur 309 · CL · texte numérisé non relu

CL

n y a des bomnî^ qi^'il ne faut pas laisser, refiroidir. " * ♦

CXIT.

Les auteurs médiocres ont plus d'admirateurs que d*envieux.

cxu.

n n'y a point d'auteur si ridicule que quelqu'un n'ait traité d'homme excellent.

CXLn.

On fait mal sa cour aux économes par des présents.

CXLni.

Noos roulons fbiblement le bien de ceux que nous n'assistons que de nos conseils.

La générosité donne moins de conseils que de secours.

La philosophie est une vieille mode que certaines gens affectent encore , comme d'autres

portent des bas rouges pour morguer le public t

La vérité n'est pas si usée que le tangage ; car il appartient à moins de gens de la manier.

cxLvn.

il2. On dit peu de choses solides lorsqu*on veut toujours en dire d'extraordinaires.

• . cxLvra.

lis. Noul nous flattons sottement de persuader aux autres ce que nous ne croyons pas nous-mêmes.

CXLK.

#S8. Les uns naissent f^ur inventer, et les • autres pour embellir ; mais le doreur attire plus les regacdf qiie l'architecte.

Les traits hardis en tout genre n^ s'offrent pas à un esprit ten^ et fetigué.

Rien ne dure que la vérité.

Nous n^avons pas assez de temps pour réfléchir toutes nos actions.

La gloire seroit la plus vive de nos passions sans son incertitude.

La gloire remplit le monde de vertus , et , comme nn soleil bienfaisant , elle couvre toute la terre de fleurs et de fruits.

n arrive souvent qu'on nous estime à proportion que nous nous estimons nous-mêmes.

La fiatuité égale la roture aux meilleurs noms.

CLvn.

Nous ne passons les peuples , qu'on nomme barbares, ni en courage, ni en humanité , ni en santé, ni en plaisirs; et, n'étant ainsi ni plus vertueux, ni plus heureux, nous ne laissons pas de nous croire bien plu^sages.

CLVni.

302. Les lois, qui sont la plus bdie invention de la raison , n'ont pu rendre les peuples plus tranquilles et phis polis sans diminuer leur liberté.

eux.

301. Tandis qu'ude grande partie de lallation Itnguit dans la pauvreté , l'opprobre et le , trayil , l'autre , qui sR>oiKle en honneurs , en cammodités , en plai»rs, ne se lasse pas d'ad-

VAUVENARGUES

ce.

319. Ce qu'on voit tous les jours dans le inonde es^^rrivë dans la morale. L'homme étant tombé dans la disgrâce des philosophes, c'a été à qui le chargeroit de plus de vices. S'il arrive jamais qu'il se relève de cette dégradation , et qu'on le remette à la mode, nous lui rendrons à l'envi toutes ses vertus, et bien au-delà.

cxa.

n n'y a point de noms si révérés et défendus avec tant de chaleur, que ceux qui honorent un parti.

cxcn.

Les grands rois , les grands capitaines, les grands politiques, les écrivains sublimes, sont des hommes. Toutes les épitbètes iasUieuses dont nous nous étourdissons ne veulent rien dire de plus.

cxcm.

Tout ce qui est injuste nous blesse, lorsqu'il ne nous profite pas directement.

cxav.

Nul homme n'est assez timide , ou glorieux, ou intéressé , pour cacher toutes les vérités qui pourroient lui nuire.

La dissimulation est un effort de la raison, bien loin d'être un vice de la nature.

Celui qui a besoin d'un motif pour être engagé à mentir, n'est pas né menteur.

Tous les honunes naissent sincères et meurent trompeurs.

CXCVffl.

Qu'il est difficile de faire un métier d'intérêt san» intérêt! * ^

cxax.

Les prétendus honnêtes gens, dans tous les métiers, ne sont pas ceux qui ^gnent le poins.

Il est plaisant que de deux hommes qui veulent également senrichîr, l'un rentreprenne par la fraude ouverte, et l'autre par la boone foi, et que tous les deux réussissent.

ca.

Les hommes semblent être nés pour faire des dupes et l'être eux-mêmes.

ccn.

S'il est facile de flatter les hommes en phœ, il l'est encore plus de se flatter soi-même auprès d'eux. Un seul homme enamuse une infinité d'antres, tous uniquement occupés de le tromper.

ccra.

L'espérance fait plus de dupes que lliabilelë.

Celui qui a besoin des autres les avertit de se défier de lui. Un homme inutile a bien de h peine à tromper personne.

Les grands vendent trop dier leur p^ote^

tion , pour que l'on se croie cbUgé à aucune re-

connoissance.

Les {[rands n'estiment pas assez les astres hommes pour vouloir se les attacher par des bienfaits.

ccvn.

On ne regrette pas la perte de tous ceux qu'on aime.

ccvni.

L'intérêt nous console de la mort de nos proches, comme l'amitié nous consoloit de leur vie.2

Nous blâmons quelques hommes de trop s'af> fliger, comme nous reprochons à d'autres d'éire trop modestes, quoique nous sachions bien ce qui en est.

RÉFLEXIONS ET MAXIMES

Quiconque a vu des masques daos un nser amicalement ensemble et se tenir main sans se connoitre, pour se quitter dent d*après et ne plus se voir, peut se ne idée du monde.

îiit plutôt fortune près des grands en leur nt les moyens de se ruiner, qu'en leur lant à s'enrichir.

nouveau principe est une source inépuile nouvelles vues.

ccxin.

squ'un édifice a été porté jusqu'à sa plus i hauteur, tout ce qu on peut faire est de Uir ou d*y changer des bagatelles sans T au fond. De même on ne peut que ramr les vieux principes de la morale , si Ton oi-méme capable de poser d'autres fouis, qui , plus vastes et plus solides, puis- )rter plus de conséquences, et ouvrir à la on un nouveau champ.

vention est l'unique preuve du génie.

sentiment ne nous est pas suspect de feus-

D*apprend aux hommes les vrais* plaisirs les dépouillant de faux biens, comme on t germer le bon grain qu'en arrachant î qui l'environne.

ccxvn.

'y a point , nous dit-on, de faux plaisirs : 9nne heure ; mais il y en a de bas. et de sables. Les choisires-vous?

ccxvni.

vanité est le premier intérêt des riches.

C'est la faute des panégyristes ou de leurs héros , lorsqu'ils s'ennuient.

L'esprit ne lient pas lieu du savoir.

L'intérêt du foible est de dépendre pour être protégé : cela n'empêche pas qu'il ne soit misérable d'avoir besoin de protection ; et c'est au contraire la preuve de sa foiblesse et de son malheur.

ccxxn.

Il faut savoir mettre à profit l'indulgence de nos amis et la sévérité de nos ennemis.

ccxxin.

Pauvre , on est occupé de ses besoins ; riche , on est dissipé par les plaisirs ; et chaque condition a ses devoirs, ses écueils et ses distractions, que le génie seul peut franchir.

Les grands hommes le sont quelquefois dans les petites choses.

Nous n'osons pas toujours entretenir les autres de nos opinions ; mais nous saisissons or^ dinairement si mal leurs idées, que nous par* drions peut-être moins dans leur esprit à parler comme nous pensons , et nous serions moins ennuyeux.

Quelle diversité , quel intérêt et quel chan^ gement dans les livres , si on n'écrivoit plus que ce qu'on pense !

ccxxvn.

L'amitié n'est pas plus volage que la haine.

ccxxvm.

On pardonne aisément les maux passés et les aversions impuissantes.

AS

VAUVENARGUES

Les traités les mieux ménagés ne sont que la loi du plus fort.

Il n*est pas besoin d'un long apprentissage pour se rendre capable de négocier, toute notre vie n'étant qu'une pratique non interrompue d'artifices et d'intérêts.

Si les armes prospèrent , et que l'État souffre, on peut en blâmer le ministre, non autrement ; à moins qu'il ne choisisse de mauvais généraux ou qu'il ne traverse les bons.

Quiconque ose de grandes choses risque inévitablement sa réputation.

ccxxxm.

11 faudroit qu'on pût limiter les pouvoirs d'un négociateur sans trop resserrer ses talents, et du moins ne le pas gêner dans l'exécuUon de ses ordres. On le réduit à traiter, non selon son propre génie, mais selon l'esprit du ministre dont il ne lait que porter les paroles, souvent opposées à ses lumières. Est-il si difficile detrouver deshommes assez fidèles et assez habiles pour leur confier le secret et la conduite d'une négociation? ou seroit-ce que les ministres veulent être l'ame de tout, et ne partager leur ministère avec personne ? Cette jalousie de l'autorité a été portée si loin par quelques uns , qu'ils ont prétradu conduire de leur cabinet Jusqu'aux guerres les plus éloignées, les généraux étant tellement asservis aux ordres de la cour, qu'il leur ëtoit presque impossible de profiter de la faveur des occasions, quoiqu'on les rendit responsables des mauvais succès.

Nul traité qui ne soit comme un monument de la mauvaise foi des souverains.

On dissimule quelquefois dans un traité , de

part et d'autre, beaucoup d'équivoques qui prouvent que chacun des contractants s'est proposé formellement de le violer dès qu'il en auroit le pouvoir.

La guerre se fait aujourd'hui entre les peuplesde l'Europe si humainement , si habilement, et avec si peu de profit, qu'on peut la comparer, sans paradoxe , aux procès des particulitfs, où les frais emportent le fonds , et où l'on agit moins par force que par ruse.

ccxxxvn.

Les grandes places instruisent promptemeat les grands esprits.

ccxxxvra.

Despréaux n'a jugé de Quinault que par se» défauts , et les amateurs du poète lyrique a en jugent que par ses beautés.

La musique de Montéclair ' est très sublime dans le fameux chœur de Jephté; mais les paroles de l'abbé Pellegrin * ne sont que beDes. Ce n'est pas de ce que Ton danse autour d'un tombeau à l'Opéra , ou de ce qu'on y meurt en chantant , que je me plains ; il n'y a poinuie gens raisonnables qui trouvent cela ridicule; mais je suis fâché que les vers soient toujours au-dessous de la musique, et que œ soit do musicien qu'ils empruntent leur principale expression. Voilà le défaut. Et lorsque j'entends dire, après cela, que Quinault a porté son gsore à sa perfection, je m'en étonne ; et quoique je

> Montéclair ( Michel ) , célèbre mariciai . néprti deCh» monten Baidgny en I6G6, nunlra dèi aa plni teuke oAnt de ladiflpotition pour lammlqiie: U recul les premiéRi leçon deMoreau, maître de chapeik de la cathédrale de La^ci. En 4700 U Tint à Paris, entra à l'orchestre de l'Opén; ïïMk premier qui Joua de lacontrebaiM. Umoanit en sepCeadxfiTff, suirant Du Ti]let,et le 24 mars de la même année, seloo Ymàtm du Mercure ( mars 47S8, p. 066 ).

On a de lui plusieurs ouYiages ettimés des miMCicBii Bas* en musique trois poèmes de l'abbé PeDegrin , et entre aolRsIi tragédie de Jephié, représentée en I7SI. B.

> Pellegrin ( Simon- Joseph ) , né à Marseilie en f 66S , d'iM religieux de l'ordre des Senrites , et depois abbé de Ghnij, varut le 8 septembre 1749. B.

RÉFLEXIONS ET MAXIMES

n'aie pas grande oonnoiu puis du tout y souscrire.

Tous ceux qui ont Tesprit conséquent ne Font pas juste. Ils savent bien tirer des conclusions d'un seul principe, mais ils n'aperçoivent pas toujours tous les principes et toutes les laces des choses. Ainsi ils ne raisonnent que sur un côté , et ils se trompent. Pour avoir Tesprit toujours juste, il ne suffit pas de l'avoir droit» il faut encore l'avoir étendu. Mais il y a peu d'esprits qui voient en grand, et qui en même temps sachent conclure : aussi n'y a-t-il rien de plus rare qne la véritable justesse. Les uns ont resprit conséquent, mais étroit; ceux-là se trompent sur toutes les choses qui demandent de grandes vues. Les autres embrassent beaucoup , mais ils ne tirent pas si bien des consé- «pieoces; et toat ce qui demande un esprit droit , les met en danger de se perdre.

GCXU.

Mous ne savons pas beaucoup de gré à nos amis d'estimer nos bonnes qualités , s'ils osent seuleoient s'apercevoir de nos défauts. Nous voudrions sottement des hommes qui fussent clairvoyants sur nos vertus et aveugles sur nos foiblesses.

GCXLU.

475. On peut penser beaucoup de mal d'un homme, et être tout-à-fait de ses amis : car on sait bien que les plus honnêtes gais ont leurs défauts , quoiqu'on suppose tout haut le contraire; et nmis ne sommes pas si délicats que nous ne puissions aimer que la perfection. On peut aussi beaucoup m^iire de Tespèce humaîBe, sans être en aucune manière misanthrope, parcequ'il y a des vices que l'on aime , même dans autrui.

. GGXLin.

179. Si DOS amis nous rendent de bons offices , nous pensons qu'à itre d'amis ils nous les «loiirent, et nous ne poisons point du tout qu'ils me nous doivent pas leur amitié.

Quelque service que Ton rende aux hommes , on ne leur fait jamais autant de bien qu'ils croient en mériter.

La fEuniliarité et l'amitié font beaucoup d'ingrats.

Les grandes vertus excitent les grandes jalousies. Les grandes générosités produisent les grandes ingratitudes. U en coàte trop d'être juste envers le mérite éminent.

CCXLVn.

Ni la pauvreté ne peut avilir les âmes fortes , ni la richesse ne peut élever les âmes basses. On cultive la gloire dims l'obscurité; on souffre l'opprobre dans la grandeur. La fortune , qu'on croit si souveraine, ne peut presque rien sans la nature.

ccxLvra.

Il y a de fort boAnes gens qui ne peuvent se désennuyer qu'aux àèpeos de la société.

Quelques uns entretiennent familièrement et sans façon le premier homme qu'ik rencontrent, comme on s'appuieroit sur son voisin si on se trouvoit mal dans une é^se. *

La ressource de ceux qui n'imaginent pas beaucoup de choses est de la conter à beaucoup de gens.

CCU.

La raison qui n'est pas fondée sur la nature est illusion.

GGLn.

L'intérêt est la règle de la prudence.

CCLHI.

La conscience est présomptueux dans les sains , timide dans les foibles et les malheuretâ ,

inquiète dans les indécis , etc. Organe obéissant du sentiment qui nous domine , plus trompeuse que la raison et la nature.

CCUV.

Nous jugeons de la vie d'une manière trop désintéressée quand nogs sommes forcés de la quitter. Nous n'en penserions pas de même si nous obtenions d'y rentrer.

4G2. SocratesavoitbeauooupraoiasqueF.... * Il y a peu de sciences utiles.

S'il est vrai qu'on ne peut anéantir le vice »

la science de l'homme est de le faire servir à la

vertu.

La morale austère ressemble à la science de

ces hommes graves * qui détruisent le genre

humain , pour détruire un vice du sang souvent

imaginaire.

. CCLVniî

La science des mœurs ne donne pas celle des

boounes.

L'esprit enveloppe les simplicités de la nature pour s'en attribuer l'honneur.

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