‹ Moralistes françoisChapitre 50 sur 309 · VU · texte numérisé non relu

VU

Il dit que la loi sera changée; que le sacrifice sera changé; qu'ils seront sans roi, sans princes et sana sacrifices; qu'il sera iait une nouvelle alliance ; que la loi sera renouiçiée ; que les préceptes qu'ils ont reçus ne sont pas bons; que leurs sacrifices sont abominables; que Dieu n'en a point demandé.

Il est dit, au contraire, que la loi dureraéter-

SECONDE PARTIE, ART. IX

neUement ; que cette alliance sera éternelle ; que le saaîfice sera éternel ; que le sceptre ne sortira jamais d*avec eux , puisqu'il ne doit point CB sortir que le roi éternel n'ai*rive. Tous ces passasses marquent-ils que ce soit réalité? Non. Marquent-ils aussi que ce soit figure? Non : mais que c*est réalité ou figure. Mais les premiers , eiduant la réalité , marquent que ce n*est que figure.

Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité : tous peuvent être dits de la %ure. l>onc ils ne sont pas dits de la réalité , JDais de la figure.

Pour savoir si la loi et les sacrifices sont réalité ou figure , il faut voir si les prophètes , en parlant de ces choses, y arrétoient leur vue et leur pensée, en sorte qu'ils ne vissent que cette ancienne alliance, ou s'ils y voyoient quelque attire chose dont elles fussent la peinture, car dans un portrait on voit la chose figurée. U ne 6ut pour cela qu'examiner ce qu'ils disent.

Quand ils disent qu'elle sera éternelle , entendent-ils parler de Talliance de laquelle ils disent qu'elle sera changée? Et de même des sacrifices, etc.

Les prophètes ont dit clairement qu'Israël seroit toujours aimé de Dieu , et que la loi seroit ëlenieile ; et ils ont dit que l'on n'entendroit it leur sens, et qu'il étoit voilé.

Le chiffre a deux sens. Quand on surprend lettre importante où l'on trouve un sens daV, et où il est dit néanmoins que le sens est voilé et obscurci ; qu'il est caché en sorte qu'on ferra cette lettre sans la voir, et qu'on l'entendra sans l'entendre; que doit-on penser, sinon que c'est un chiffre à ilouble sens , et d'autant plus, qu'on y trouve des contrariétés manifestes dans le sens littéral ? C!ombien doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre et nous apprenneift à connoitre le sens caché , et {ffincîpÉkment quand les principes qu 'ils en prennent sont tout-à-fait naturels et clairs? O'est ce qu'ont foit Jésnsr€hrist et les apôtres. Ils ont levé le sceau , ils ont rompu le voile et découla t l'esprit. Us nous ont appris pour cela que

les ennemis de l'homme sont ses passions; que le Rédempteur seroit spirituel ; qu'il y auroit deux avènements , l'un de misère, i)our abaisser l'homme superbe; l'autre de gloire, pour élever l'homme humilié ; que Jésus-Christ sera Dieu et honune.

Jésus-Christ n'a fait autre chose qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimoient eux - mêmes , et qu'ils étoient esclaves, aveugles, malades, malheureux et pécheurs; qu'il folioit qu'il les délivrât, éclairât, guérit et béatifiât; que cela se feroit en se haïssant soi-même, et en le suivant par la misère et la mort de la croix.

La lettre tue ; tout arrivoit on figure : il fisilloit que le Christ souffrit : un Dieu humilié , circoncision du cœur, vrai jeûne , vrai sacrifice, vrai temple , double loi , double table de la loi ,. double temple , double captivité : voilà le chiffre qu'il nous a donné.

U nous a appris enfin que toutes ces choses n'étoient que des figures ; et ce que c'est que vraiment libre , vrai Israélite, vraie droondsion, vrai pain du ciel , etc.

Dans ces promesses-là chacun trouve ce qu'il a dans le fond de son cœur ; les biens temporels, ou les biens spirituels ; Dieu , ou les créatures ; mais avec cette différence que ceux qui y cherchent les créatures, les y trouvent, mais avec plusieurs contradictions, avec la défense de les aimer, avec ordre de n'adorer que Dieu , et de n'aimer que lui ; au lieu que ceux qui y cherchent Dieu le trouvent , et sans aucime contradiction , et avec commandement de n'aimer que lui.

Les sources des contrariétés de l'Écriture sont un Dieu humilié jusqu'à la mort de la croix, un Messie triomphant de la mort par sa moit , deux natures en Jésus-Christ, deux avènements, deux états de la nature de Thomme.

Comme on ne peut bien foire le caractèi*e d'une personne qu'en accordant toutes les contrariétés, et qu'il ne suffit pas de suivre une suite de qualités accordantes , sans concilier les con-

traires; aussi, pour entendre le sens d'un auteur, il faut concilier tous les passages contraires.

Ainsi, pour entendre TÉcriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s'accordent. Il ne suffit pas d'en avoir un qui convienne a plusieurs passages accordants, mais il faut en avoir un qui concilie les passages même contraires.

Tout auteur a un sens auquel tousies passages contraires s'accordent, ou il n'a point de sens du tout. On ne peut pas dire cela de l'Écriture, ni des prophètes. Ils avoient effectivement trop bon sens. Il faut donc en cherdier un qui accorde toutes les contrariétés.

Le véritable sçns n'est donc pas odui des Juifs ; mais en Jésus-Christ toutes les contradictions sont accordées.

Les Juifs ne sauroient accorder la cessation de la royauté et principauté , prédite par Osée» avec la prophétie de Jacob.

^ on prend la loi , les sacrifices et le royaume pour réalité, on ne peut accorder tous les passages d'un même auteur, ni d'un même livre, ni quelquefois d'un même chapitre. Ce qui marque assez quel étoit le sens de l'auteur.

xra.

Il n'étoit point permis de sacrifier hors de Jérusalem , qui étoit le lieu que le Seigneur avoit choisi , ni même de manger ailleurs les décimes.

Osée a prédit qu'ils seroient sans roi , sans prince , sans sacrifices et sans idoles ; ce qui est accompli aujourd'hui, {les Jmfs) ne pouvant faire de sacrifice légitime hors de Jérusalem.

Quand la parole de Dieu , qui est véritable , est fausse littéralement , elle est vraie spirituellement. Sede à dextrU mets. Ceh est faux , littéralement dit ; ceb est vrai spirituellement. En ces expressions, il est parlé de Dieu à h manière des hommes ; et cela ne signifie autre chose , sinon que l'intention que les hommes ont en faisant asseoir à leur droite , Dieu l'aura aussi. C'est donc une marque de i'mtention de Dieu , et non de sa manière de l'exécuter.

Ainsi quand il est dit : Dieu a reçu l'odeur de

PENSÉES DE PASCAL,

vos parfums, et vous domiera en rëoomp une terre fertile et abondante; c'est-à-dire, la même intention qu'auroit un homme agréant vos parfums , vous donneroit en ré pense une terre abondante. Dieu l'aura ] vous, parceque vous avez eu pour lui la m intention qu'un homme a pour celui à q donne des parfums.

L'unique objet de l'Écriture est la cha Tout ce qui ne va point à Tunique but en e figure : car, puisqu'il n'y a qu'un but, tou qui n'y va point en mots propres est figure

Dieu diversifie ainsi cet unique précept

charité pour satisfaire notre foiUesse qui

cherdie la diversité , par cette diversité

nous mène toujours à notre unique nécessa

Car une seule chose est nécessaire , et noui

mons la diversité; et Dieu satisfiutà l'un

l'autre par ces diversités , qui mènent à ce

nécessaire.

Les rabbins prennent pour figures les melles de l'épouse , et tout ce qui n'exprime l'unique but qu'ils ont des biens temporels.

xvn.

n y ena qui voient bien qu'iln'y a pasd'ai ennemi de l'homme que la concupiscence qi détourne de Dieu , ni d'autre bien que Dieu non pas une terre fertile. Ceux qui croient le bien de l'homme est en la chair, et le ma ce qui le détourne des [rfaîsirs des sens , q s'en saoulent, et qu'ils y meurent. Mais < qui cherchent Dieu de tout leur cœur , qui n de déplaisir que d'être privésde sa vue, qui n de désir que pour le posséder, et d'ennemis ceux qui les en détournent; qui s'afBigen se v<Mr environnés et dominés de tds enne qu'ils se consolent ; il y a un libérateur ) eux, il y a un Dieu pour eux. Un Messie a promis pour délivrer des ennéinis ; et il ei venu un pour délivrer des iniquités, nuds pas d^ ennemis.

xvni.

Quand David prédit que le Mes&ie-déliv

SECONDE PARTIE, ART. X. 107

Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit. La grandeur des gens d'esprit est invisible aux riches, aux rois» aux conquérants, et à tous ces grands de chair. La grandeur de la sagesse qui vient de Dieu est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres de différents genres.

Les grands génies ont leur empire, leurédat, leur grandeur, leurs victoires, et n'ont nul besoin des grandeurs chamelles, qui n'ont nul rapport avec celles qu'ils cherchent. Ds sont vus des esprits, non des yeux; mais c'est assez. Les saints ont leur empire, leur édat, leurs gran* deursy leurs victoires, et n'ont nul besoin des grandeurs chamelles ou spirituelles, qui ne sont pas de leur ordre, et qui n'ajoutent ni n'ôtent à la grandeur qu'ils désirent. Ils sont vus de Dieu et des anges , et non des corps ni des esprits curieux': Dieu leur suffit.

Archimède, sans aucun édat de naissance» seroit en même vénération. Il n'a pas donné des batailles; nuiisil a laissé à tout l'univers des inventions admirables. O qu'il est grand et éclatant aux yeux de l'esprit ! Jésus-Christ, sans bien et sans aucune production de science au dehors, est dans son ordre de sainteté. Il n'a point donné d'inventions , il n*a point régné ; mais il est humble, patient, saint devant Dieu , terrible aux démons, sans aucun péché. O qu'il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur, et qui voient la sa-

>le de ses ennemis, on peut croire char^ it que ce sera des Égyptiens ; et alors je m montrer que la prophétie soit aocomb on peut bien croire aussi que ce sera iiités : car, dans la vérité, les Égyptiens pas des ennemis; mais les iniquités le ) mot d* ennemis est donc équivoque.

»'il dit à l'homme, comme il fait, qu'il 1 son peuple de ses péchés, aussi-bien et les autres , l'équivoque est ôtée, et le ible des ennemis réduit au sens simple es: car s'il avoit dans l'esprit les péchés, it bien les dénoter par ennemis; mais oit aux ennemis , il ne pouvoif pas les ' par iniquités.

nse , David et Isale usoient des mêmes Qui dira donc qu'ils n'avoient pas le 3ns, et que le sens de David, qui est leoient d'iniquités lorsqu'il parloit d'eniie fût pas le même que celui de Moise Dt d'ennemis?

1 , diap. 9 , prie pour la délivrance du le la captivité de leurs ennemis ; mais il aux péchés : et pour le montrer, il dit md vint lui dire qu'il étoit exaucé, et vcHt que septante semaines à attendre; loi le peuple seroit délivré d'iniquité, le ■endroit fin ; et le libérateur, le saint des imèneroit la justice étemelle , non la lélis letemelle.

u'une fois on a ouvert ce secret, il est de de ne pas le voir. Qu'on lise l'ancien Ht en cette vue, etqu'on voie si les saétoient vrais, si la parenté d'Abraham vraie cause de l'amitié de Dieu, si la timise étoit le véritable lieu de repos. me c'étoient des figures. Qu'on vde de Mîtes les cérémonies ordonnées et tous nandements qui ne sont pas de la chaverra que c'en sont les figures.

Page 1