‹ Moralistes françoisChapitre 55 sur 309 · ARTICLE XV · texte numérisé non relu

ARTICLE XV

On ne connùît ^ieu taUemeni que par Jésm^hriiU

La plupart de ceux qui entreprennent de prouver la divinité aux impies commencent d'ordinaire par les ouvrages de la nature , et ils réussissent rarement. Je n'attaque pas la solidité de ces preuves consacrées par lËcriture sainte : elles sont conformes à la raison; mais souvent elles ne sont pas assez conformes et assez proportionnées à la disposition de l'esprit de ceux pour qui elles sont destinées.

Car il fsiut remarquer qu'on n'adresse pas ce discours à ceux qui ont la foi vive dans le cœur, et qui voient inoontinent que tout ce qui est n'est autre chose que l'ouvrage du Dieu qu'ils adorent. C'est à eux que toute la nature parie pour son auteur, et que les deux annoncent la gloire de Dieu. Mais pour ceux en qui cette lumière e^teinte, et dans lesquels on a dessein de la faire revivre , ces personnes destituées de foi et de charité , qui ne trouvent que ténèbres et obscurité dans toute la nature, il semble que ce ne soit pas le moyen de les ramener, que de ne leur donner pour preuves de ce grand et important sujet que le cours de la lune ou des planètes, ou des raisonnements communs, et contre lesquels ils se sont continuellement roidis. L'endurcissement de leur esprit les a rendus sourdsà cette voix delà nature, qui a retenti continuellement à leurs oreilles; et l'expérience fait voir que, Men loin qu'on les emporte par ce moyen, rien n'est plus capable au contraire de les rebuter, et de leur ôter l'espérance de trouver la vérité , que de prétendre les en convaincre seulement par ces sortes de raisonnements, et de leur dire qu'ils doivent y voir la vérité à découvert.

Ce n'est pas de cette sorte que l'Écriture , qui connolt mieux que nous les choses qui sont de

Dieu , en parle. EDe nous dit bi^ que la beauté des créatures fait connottre celui qui en est l'auteur; mais elle ne nous dit pas qu'elles fassent cet effet dans tout le monde. Elle nous avertit, au contraire , que , quand elles le font , ce n'est pas par elles-mêmes , mais par la lumière que Dieu répand en même temps dans l'esprit de ceux à qui il se découvre par ce moyen : Quod notum est Dei, numifestum eH in iUu; Deus enim Ulîs manifestavit, (Rom,, i , 19.) Elle nous dit généralement que Dieu est un Dieu caché : Verè tu es Deus absconditus (Is., 4S, 15); et que depub la corruption de la nature , il a laissé les hommes dans un aveuglement dont ils ne peuvent sortir que par Jésus-Christ , hors duquel toute communication avec Dieu nous. est ôtée : Nemo novit patrem nisi filius, et eut voluerit /!- Uus revelare, (Hatth., it , S7. ) {

C'est encore ce que l'Écriture nous marque, lorsqu'elle nous dit, en tant d'endnnts, que ceux qui cherchent Dieu le trouvent ; car on ne parle point ainsi d'une lumière claire et évidente : on ne la cherche point ; elle se découvre et se fait voir d'elle-même.

Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes, et si impliquées, qu'elles frappent peu; et quand cda serviroit à quelques uns , ce ne seroit que pendant l'instant qu'ils voient cette démonstration ; mais, une heure après, ils craignent de s'être trompés. Quod curioàtate cognoverint , ^ superbiâ amiserunt.

D'ailleurs ces sortes de preuves ne peuvent nous conduire qu'à une connoissance spéculative de Dieu : et ne le connoître que de cette sorte, c'est ne pas le connoitre.

La Divinité des Chrétiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de l'ordre des éléments; c'est la paît des païens. Elle ne condste pfs simplement en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes , pour donner une heureuse suite d'années à ceux qui l'adorent ; c'est le partage des Juifs. Mais le Dieu d'Abraham et de Jacob, le Dieu des Chrétiens, est un Dieu d'amour et de consolation : c'est un Dieu qui remplit l'ame et lé coeiir qu'il possède : c'est un

SECONDE PARTIE, ART. XVI

ui leur fait sentir intérieurement leur et sa miséricorde infinie ; qui s'unit au \ leur ame; qui la remplit (rbumiliié, de î confiance, d*amour; qui les rend incad*aiitre fin que de lui-même, lieu des Chi'étiens est un Dieu qui fait Famé qu'il est son unique bien ; que tout M>s est en lui , et qu'elle n'aura de joie imer; et qui lui fait en même temps abhorobstades qui la retiennent et Tempéchent ler de toutes ses forces. L'amour-propre oncupiscence qui l'arrêtent lui sont intables. Ce Dieu lui fait sentir qu'elle a ce l'amour-propre, et que lui seul peut l'en

1 ce que c'est que de connottre Dieu en tt. Mais pour le connoitre de cette mail fout connoitre en même temps sa mion indignité» et le besoin qu'on a d'un eur pour se rapprocher de Dieu , et pour [ lui. Il ne faut point séparer ces connois- » parcequ'étant séparées, elles sont non ent inutiles , mais nuisibles. La connottle Dieut sans celle de notre misère, fiait il. La oonnoissance de notre misère, sans i Jésus-Christ, fait le désespoir. Mais la ssance de Jésus-Christ nous exempte , et pieîl , et du désespoir , parce que nous y DS Dieu , notre misère, et la voie unique éparer.

s pouvons connoitre Dieu sans connoitre sères; ou nos misères, sans connoitre ou même Dieu et nos misères, sans conie moyen de nous délivrer des misères is accablent. Mais nous ne pouvons con- Jésus-Christ sans connoitre tout ensem- . Dieu, et nos misères, et le remède de isères; parceque Jésus-Christ n'est pas ment Dieu , mais que c'est un Dieu répade nos misères.

ii tous ceux qui cherchent Dieu sans Jéirist ne trouvent aucune lumière qui les sse, ou qui leur soit véritablement utile. m ilyi'arrivent pas jusqu'à connoitre qu'il Dieu, ou s'ils y arrivent, c'est inutilement Mix; parce qu'ils se forment un moyen de loniquer sans médiateur avec ce Dieu qu'ils Mmu sans médiateur. De sorte qu'ils tom- 00 dans l'athéisme , ou dans le déisma ,

qui sont deux choses que la religion chrétienne abhorre presque également.

Il faut donc tendre uniquement à connottre Jésu&Christ, puisque c'est par lui seul que nous pouvons prétendre connoitre Dieu d'une manière qui nous soit utile.

C'est lui qui est le vrai Dieu des hommes , c'est-à-dire, des misérables et des pécheurs. Il est le centre de tout et l'objet de tout : et qui ne le connoit pas , ne connoit rien dans l'ordre da mondé , ni dans soi-même. Car non seulement nous ne connoissons Dieu que par Jésus-Christ, mais nous ne nous connoissons nous-mêmes que par Jésus-Christ.

Sans Jésus-Christ, il feut que l'homme soit dans le vice et dans la misère ; avec Jésus-Christ, l'homme est exempt de vi^ et de misère. En lui est tout notre bonheur, notre vertu, notre vie » notre lumière, notre espérance; et hors de lui, il n'y a que vice , misère , ténèbres , désespoir, et nous ne voyons qu'obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans notre propre nature.

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