ARTICLE XVI
Penséei »ur ks miracles.
Il faut juger de la doctrine par \f# miracles; ii faut juger des miracles par la doctrine. La doctrine discerne les miracles, et les miracles dis^ cernent la doctrine. Tout cela est vrai ; mais cela ne se contredit pas.
Il y a des miracles qui sont des preuves certaines de la vérité, et il y en a qui ne sont pas des preuves certaines de la vérité. Il faut une marque pour les connoitre; autrement ils seroient inutiles. Or, ils ne sont pas inutiles, et sont au contraire fondements. Il faut donc que la règle qu'on nous donne soit telle , qu'elle ne détruise pas la preuve que les vrais miracles donnent de la vérité , qui est la fin prineipale des miracles.
S'il n*y avoit point de miracles joints à la fausseté, il y auroit certitude. S'il n'y avoit point de règle pour les discerner, les miracles seroient
PENSÉES DE PASCAL
inutiles, el il n'y auroit pas de raison de croire.
Moïse en a donné une , qui est lorsque le miracle mène à Tidolâtrie (Detii., iS, 1 , â, 3); et Jésus-Christ une : Celui, dit-il, qui fait des miracles en mon nom, ne peut à l'heure même mal parler de mou ( Marc, 9, 38.) D*oii il s'ensuit que quiconque se déclare ouvertement contre Jésus- Christ ne peut (aire de miracles en son nom. Ainsi, s'il en fait, ce n'est point au nom de Jésus-Christ, et il no doit pas être écouté. Voilà les occasions d'exclusion à la foi des miracles, marquées. Il ne fout pas y donner d'autres exclusions : dans l'ancien Testament, quand on vous détournera de Dieu; dans le nouveau, quand on vous détournera de Jésus-Christ.
D'abord donc qu'on voit un miracle , il faut , ou se soumettre, ou avoir d'étranges marques du contraire; il faut voir si celui qui le fait nie un Dieu , ou Jésus-Christ et l'Église.
ni.
Toute religion est fausse, qui, dans sa foi, n'adore pas un Dieu, comme principe de toutes choses, et qui, dans sa morale, n'aime pas un seul Dieu , comme objet de toutes choses. Toute religion qui ne reconnoit pas maintenant Jésus- Christ est notoirement fousse, et les miracles ne peuvent lui servir de rien.
Les Juifsavoient une doctrine de Dieu, comme nous en avons une de Jésus-Christ , et confirmée par miracles ; et défense de croire à tous faiseurs de miracles qui leur enseigneroient une doctrine contraire; et, de plus, ordre de recourir aux grands-prêtres, et de s'en tem'r à eux. Et ainsi toutes les raisons que nous avons pour refuser de croire les faiseurs de miracles, il semble qu'ils les avoienl à l'égard de JésusrChrist et des. apôtres.
Cependant il est certain qu'ils étoient très coupables de refuser de les croire, à cause de leurs miracles, piûsque Jésus-Christ dit qu'ils n'eussent pas été coupables s'ils n'eussent point vu ses miraoles : Si opéra non fecissem in eis quœ nemo alius fecit, peccatum non haberent. (Joan., iâ, â4. ) Si je navois fait parmi eux des œuvres que jamais atu^un autre na faites, ils nauroient point de péché.
Il s'ensuit donc qu'il jugeoit que ses miracles étoient des preuves certaines de ce qu'il ensei-
gnoit, et que les Juifs avoient obligation de I croire. Et, en effet, c'est particulièrement k miracles qui rendoient les Juifs coupables dan leur incrédulité. Car les preuves qu'on eût pu ti rer de l'Écriture , pendant la vie de Jésus-Christ n'auroient pas été démonstratives. On y voit, pa exemple , que Hoise a dit qu'un prophète vien droit; mais cela n'auroit pas prouvé que Jésus Christ fût ce prophète: et c'étoit toute la ques tion. Ces passages faisoient voir qu'il pouvoi être le Messie; et cela, avec ses miracles, de voit déterminer à croire qu'il l'étoit effiective ment.
Les prophéties seules ne pouvoient pas prou ver Jésus-Christ pendant sa vie. Et ainsi on n'eùi pas été coupable de ne pas croire en lui avant ss mort, si les miracles n'eussent pas été dédsits Donc les miracles suffisent, quand on ne voit pas que la doctrine soit contraire ; et on doit ) croire.
Jésus-Christ a prouvé qu'il étoit le Messie, en vérifiant plutôt sa doctrine et sa mission pai ses miracles que par l'Écriture et par les prophéties.
C'est par les miracles que Nicodéme reconnoit que sa doctrine est de Dieu : Scimus quia à Deo venisti, magister; nemo enim potest hœc signa facere quœ tu facis, ntn fuertt Deus cum eo, ( JoAN., 3 , 3. ) Il ne juge pas des miracles par la doctrine, mais de la doctrine par les miracles.
Ainsi, quand même la doctrine seroit suspecte, comme celle de Jésus-Christ ponvoit l'être à Ni* codéme, à cause qu'elle sembloit détruire les traditions des Pharisiens; s'il y a des miradea clairs et évidents du même côté , il faut que l'évidence du miracle l'emporte sur ce qu'il pourroit y avoir de difficulté de la part de la doctrine : ce qui est fondé sur ce principe immobile, que Dieu ne peut induire en erreur.
Il y a un devoir réciproque entre Dieu et les hommes.i4cciMea;-moî,clitDieudansIsaïe. (Is., 1, 18. ) Et en un autre endroit : Quai'j£ dû faire à ma vigne que je ne lui aie ftùt? (Ibia.f 3,4.)
Les hommes doivent à Dieu de recevoir la religion qu'il leur envoie; Dieu doit aux hommes de ne pas les induire en erreur. Or, ils seroient induits en erreur, si les faiseurs de miracles an-
SECONDE PARTIE, ART. XVI
MeDt one fausse doctrine qui ne parût pas ement fausse aux lumières du sens oom- , et si un plus grand faiseur de miracles n'alëja averti de ne pas les croire. Ainsi , s'il it division dans l'Eglise , et que les ariens , xemple, qui se disoient fondés sur rÉcricomme les catholiques , eussent fait des mis» et non les catholiques» on eût él^ induit reur. Car, comme un homme qui nous anî les secrets de Dieu n^est pas digne d'être ;ur son autorité privée, aussi un homme pour marque de la communication qu'il a Dieu , ressuscite les morts , prédit l'avenir, porte les montagnes, guérit les maladies, le d'être cru ; et on est impie si on ne s'y , à moins qu'il ne soit démenti par quelque qui fasse encore de plus grands miracles, lis n'est-il pas dit que Dieu nous tente? Et ne peut-il pas nous tenter par des miracles anblent porter à la fausseté?
f a bien de la difKérence entre tenter et inen erreur. Dieutente; mais il n'induit point reur. Tenter , c'est procurer les occasions imposent point de nécessité. Induire en erc'est mettre l'homme dans la nécessité de ire et suivre unç fausseté : c'est ce que ne peut faire, et ce qu'il feroit néanmoins , nnettoit que, dans une question obscure, It des miiades du càté de la fausseté, doit conclure de là qu'il est impossible homme cachant sa mauvaise doctrine, et àisant paroitre qu'une bonne, et se disant rmeàDieu et à l'Église, fasse des mira- )OUT couler insensiblement une doctrine ! et subtile : cela ne se peut. Et encore , que Dieu, qui connott les cœurs, fasse irandes en faveur d'une personne de cette
a bien de la différence entre n'être pas lésii&-Christ , et le dire ; ou n'être pas pour Christ , et feindre d'en être. Les premiers Ment peut-être faire des miracles , non les : car il est dair des uns qu'ils sont contre itë , non des autres ; et ainsi les mirades »lus clairs.
» mirades discernent donc les choses dou- », entre les peuples juif et païen , juif et
chrétien ; catholique , hérétique ; calomniés , calomniateurs; entre les trois croix. «
C'est ce que l'on a vu dans tous les combats de la vérité contre l'erreur , d' Abel contre Gain , de Moïse contre les magidens de Pharaon, d'Ëlie contre les faux prophètes, de Jésus- Christ contre les Pharisiens, de saint Paul contre Barjésu , des apôtres contre les exordstes, des chrétiens contre les infidèles , des catholiques contre les hérétiques; et c'est ce qui se verra aussi dans le combat d'Ëlie et d'Enoch contre l'Antéchrist. Toujours le vrai prévaut en miracles.
Enfin, jamais en la contention du vrai Dieu^ ou de la vérité de la religion , il n'est arrivé de mirade du côté de l'errefir , qu'il n'en soit aussi arrivé de plus grand du côté de la vérité.
Par cette règle, ilestdair que les Juifs étoient obligés de croire Jésus-Christ. Jésus-Christ leur étoit suspect; mais ses miracles étoient infiniment plus clairs que les soupçons que l'on avoit contre lui. Il falloit donc le croire.
Du temps de Jésus-Christ , les uns croyoient en lui , les autres n'y croyoient pas , à cause des prophéties qui disoient que le Messie devoit naître en Bethléem, au lieu qu'on croyoit que Jésus-Christ étoit né dans Nazareth. Mais ils dévoient mieux prendre garde s'il n'étoit pas né en Bethléem ; car ses mirades étant convaincants, ces prétendues contradictions de sa doctrine à l'Ecriture, et cette obscurité, ne les excusoient pas, mais les aveugloient.
Jésus^hrist guérit l'aveugle-né, et fit quantité de miracles au jour du sabbat , par où il aveugloit les Pharisiens , qui disoient qu'il falloit juger des miracles par la doctrine.
Mais, par la même règle qu'on devoit croii*e Jésus-Christ, on ne devroit point croire l'Antéchrist.
Jésus-Christ ne parloitni contre Dieu , ni contre Moïse. L'Antéchrist et les faux prophètes, prédits par l'un et l'autre Testament , parleront ouvertement contre Dieu et contre Jésus-Christ. Qui seroit ennemi couvert , Dieu ne permettroit pas qu'il Ht des miracles ouvertement.
Moïse a prédit Jésus-Christ , et ordonné de le suivre. Jésus-Christ a prédit l'Antéchrist, et défendu de le suivre.
Les mirades de Jésus-Christ ne sont pas pré-
PENSÉES DE PASCAL
dits par rAotechrist; maislesmîrades derAnteclyist sonl prédits par Jésus-Christ. Et ainsi , si Jésus-Christ o'étoit pas le Messie, il auroit bien induit en erreur; mais on ne sauroit y être induit avec raison par les miracles de T Antéchrist. Et c*est pourquoi les miracles de TAntechrist ne nuisent point à ceux de Jésus-Christ. En effet t quand Jésus-Christ a prédit les miracles de r Antéchrist , a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles?
Il n*y a nulle raison de croire à l'Antéchrist qui ne soit à croire en Jésus-Christ; mais il y en a à croire en Jésus-Christ, qui ne sont point à croire à TAntecfarist.
Les miracles ont servi à la fondation , et serviront à la continuation de TËglise jusqu'à l'Antéchrist , jusqu'à la fin.
C'est pourquoi Dieu, afin de conserver cette preuve à son Église, ou il a confondu les faux miracles , ou il les a prédits; et par l'un et l'autre, il s'est élevé au-dessus de ce qui est surnaturel à notre égard , et nous y a élevés nousmêmes.
n en arrivera de même à l'avenir : ou Dieu ne permettra pas de feux miracles , ou il en procurera de plus grands: car les miracles ont une telle force, qu'iîaiallu que Dieu ait averti qu'on n'y pensât point quand ils seroient contre lui, tout dair qu'il soit qu'il y a un Dieu ; sans quoi ik eussent été capables de troubler.
Et ainsi , tant s'en faut que ces passages du treizième chapitre du Deutéronome, qui portent qu'il ne faut point croire ni écouter ceux qui feront des miracles , et qui détourneront du service de Dieu; et celui de saint Marc : Usélèvera de faux christs et de faux prophètes ^ qui feront des prodiges et des choses étonnantes , jusquà séduire, s'U est possible, les élus mêmes ( Marc , 13 , 22) , et quelques autres semblables , lassent contre lautorité des miracles, que rien n'en marque davantage la force.
vn.
Ce qui hit qu'on ne croit pas les vrais mirades , c'est le défont de charité : Vous ne croyez paM,dii Jësos-Chrisl pariant aux Jinfe, parée-
quevomnêtes pas demes hreUs. ( JoAif ., 10» 96. ) Ce qui lait croire les faux, c'est le défaut de charité : Eo qudd charitatem veritatis non receperunt ut sabn fièrent, ided ntittet Hlit Deus operationem erroris, utcredant mendacio, (2 TAen.,
Lorsque j'ai considéré d'oil vient qu'cm ajoute tant de îfoi à tant d'imposteurs qui disent qu'ils ont des remèdes , jusqu'à mettre souvent sa vie entre leurs mains, il m'a paru que la véritable cause est qu'il y a de vrais remèdes; car il ne seroit pas possible qu'il y en eût tant de fisiux , et qu'on y donnât tant de croyance, s'il n'y en avoit de véritables. Si jamais il n'y en avoit eu, et que tous les maux eussent été incurables , 3 est impossible que les hommes se fussent imaginé qu'ils pourroient en donner ; et encore plus que tant d'autres eussent donné croyanceà ceux qui se fussent vantés d'en avoir. De même que» si un homme se vantoit d'empêcher de oiourir , personne ne le croiroit , parcequ'il n'y a aucun exemple de cela. Mais comme il y a eu quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables par la connoissance même des plus grands hommes, la croyance des honmies s'est pliée par -là, paroeque, la chose ne pouvant être niée en gé* néral, puisqu'il y a des effets particuliers qm sont véritables , le peuple , qui ne peut pas dis* cerner lesquels d'entre ces effets particuliers sont les véritables , les croit tous. De même, ce qui fait qu'on croit tant de hux effets de la lune , c'est qu'il y en a de vrais , comme le flux de la mer.
Ainsi il me parott aussi évidemment qu'il n'y a tant de faux mirades , de fausses révélations, de sortilèges, etc., que parcequ'il y en a de vrais; ni de fausses religions, que parcequ'il y en a une véritable. Car s'il n'y avoit jamais ea rien de tout cela , il est comme impossible que les hommes se le fussent imaginé , et encore plus que d'autres l'eussent ccu. Hais comme il y aeudetrès grandes choses véritables , et qu'ainsi elles ont été crues par de grands hommes , cette impression a été cause que presque tout le monde s'est r^du capable de croire aussi les fisiusses. Et ainsi , an lieu de condure qu'il n'y a point de vrais mirades, puisqu'il y ai a de faux, il faut dire, au contraire, qu'il y a de vrais mirades» puisqu'il y en a tant de faux;
SECONDE PARTIE, ART. XVI
el qa'il n'y en a de feux que par cette raison qu'il y en a de vrais; et qu'il n'y a de même de fausses religions que parœqu'il y en a une vëriisdble. Gela vient de ce queFesprilde l'homme , se trouvant plié de ce e6té-là par la vérité , devient susceptible par-là de toutes les fau»-
vin.
n est dit , Croyez à l'Église ; mais il n'est pas dh, Croyez aux miracles ; à cause que le dernier est naturel, et non pas le premier. L'un avoit besoin de précepte , non pas l'autre.
I II y a si peu de personnes à qui Dieu se fasse I (ttroitre par ces coups extraordinaires, qu'on { doit bien profiter de ces occasions , puisqu'il ne A sort du secret de la nature qui le couvre que ~l pour exciter notre foi à le servir avec d'autant ' phis d'ardeur , que nous le connoissons avec pbsde certitude.
Si Dieu se découvroit continuellement aux hommes, il n'y auroit point de mérite à le croire ; et s'il ne se découvroit jamais, il y auroit peu de foi Mais il se cache ordinairement, et se découfre rarement à ceux qu'il veut engager dans ma service. Cet étrange secret , dans lequel Dieu s'est retiré, impénétrable à la vue des hommes, est une grande leçon pour nous porter à la solitude, loin de la vue des hommes. Il est demeuré caché sous le voile de la nature , qui nous le couvre , jusques à Fincamation ; et quand il a fallu qu'il ait paru , il s'est encore plus caché en se couvrant de l'humanité. Il étoit bien plus reconnoissable quand il étoit invisible que non pas quand il s'est rendu visible. Et enfa , quand il a voulu accomplir la promesse qu'il fit à ses apôtres de demeurer avec les hommes jusqu'à son dernier avènement, il a choisi d'y denôeurer dans le plus étrange et le plus obscur secret de tous, savoir, sous les espèces de l'Eudiaristie. C'est ce sacrement que saint Jean appdle dans l'Apocalypse une manne cachée (Apoc» , 2, 17) ; et je crois qu'Isaîe le voyoit en cet état, lorsqu'il dit en esprit de prophétie : Véritablement votts êtes un Dieu caché, (Is., 45, 15.) C'est là le dernier secret ou il peut être. Le voile de h nature qui couvre Dieu a été pénétré par plusieurs infidèles, qui, commedit saint Paul(itom., 1, 20), ont reconnu un Dieu invisible par la na-
ture visible. Beaucoup de chrétiens hérétiques l'ont connu à travers son humanité , et adorent Jésus-Christ Dieu* et homme. Hais pour nous , nous devons nous estimer heureux de ce que Dieu nous éclaire jusqu'à le reconnottre sous les espèces du pain et du vin.
On peut ajouter à ces considérations le secret de l'esprit de Dieu caché encore dans TÉcriture. Car il y a deux sens parfaits, le littéral et le mystique; et les Juifis, s'arrêtant à l'un, ne pensent pas seulement qu'il y en ait un autre, et ne songent pas à le chercher : de même que les impies , voyant les effets naturels , les attribuent à la nature , sans penser qu'il y en ait un autre auteur ; et comme les Juifs , voyant un homme parfiiit en Jésus-Christ, n'ont pas pensé à y chercher une autre nature : Nous n avons point pensé que ce fut lui, dit encore Isaâe (Is.» 53, 3) : et de même enfin que les hérétiques» voyant les apparences pariaites du pain dans l'Eucharistie, ne pensent pas à y chercher une autre substance. Toutes dioses couvrent quelque mystère ; toutes choses sont des vofles qui couvrent Dieu. Les chrétiens doivent le reconnottre en tout. Les afflictions tempordles couvrent les biens étemek où elles conduisent. Les joies temporelles couvrent les niaux étemds qu'elles causent. Prions Dieu de nous le bire reconnottre et servir en tout ; et rendons-lui des grâces infinies de ce qu'étant caché en tontes choses pour tant d'autres , il s'est découvert en toutes choses et en tant de manières pour nous*
Les filles de Port-Royal , étonnées de ce qu'on dit qu'elles sont dans une voie de perdition ; que leurs confesseurs les mènent à Genève ; qu'ils leur inspirent que Jésus-Christ n'est pas en TEucharisUe , ni à la droite du Père : sachant que tout cela étoit faux , s'offrirent à Dieu en cet état, en lui disant avec le prophète : Vide si via iniquitaiis in me est. (Ps., i38, 24.J Qu'arrive-t41 là-dessus? Ce lieu , qu'on dit être le temple du diable. Dieu en fait son temple. On dit qu'il faut en ôter les enfants ; on dit que c'est l'arsc nal de l'enfer : Dieu en fait le sanctuaire de ses grâces. Enfin on les menace de toutes les fureurs et de toutes les vengeances du del, et Dieu les comble de ses faveurs. Il faudrait avoir
PENSÉES DE PASCAL
perdu le sens pour en conclure qu'elles sont dans la voie de perdition.
Les jésuites n*ont pas laissé néanmoins d'en tirer cette conclusion ; car ils concluent de tout que leurs adversaires sont hérétiques. S'ils leur reprochent leurs excès , ils disent qu'ils parlent comme des hérétiques. S'ils disent que la grâce de Jésus nous discerne , et que notre salut dépend de Dieu , c'est le langage des hérétiques. S'ils disent qu'ils sont soumis au pape : c'est ainsi, disent-ils, que les hérétiques se cachent et se déguisent. S'ils disent qu'il ne feut pas tuer pour une pomme : ils combattent, disent les jésuites, la morale des catholiques. Enfin, s'il se iait des miracles parmi eux, ce n'est pas une marque de sainteté; c'est au contraire un soup- ^n d'hérésie.
Voilà l'excès étrange où la passion des jésuites les a portés; et il ne leur restoit plus que cela pour détruire les principaux fondements de la religion chrétienne. Car les trois marques de la véritable relation sont la perpétuité, la bonne vie et les miracles. Os ont déjà détruit la perpétuité par la probabilité , qui introduit leurs nouvelles opinions à la place des vérités anciennes : ils ont détruit la bonne vie par leur morale corrompue : et maintenant ils veulent détruire les miracles en détruisant ou leur vérité , ou leur conséquence.
Les adversaires de l'Église le nient, ou en nient la conséquence : les jésuites de même. Ainsi , pour afibiblir leurs adversaires , ils désarment rÉglise , et se joignent à tous ses ennemis, en empruntant d'eux toutes les raisons par lesquelles ils combattent les miracles. Car I Église a trois sortes d'ennemis : les Juil^, qui n'ont jamais été de son corps ; les hérétiques , qui s'en sont retirés ; et les mauvais chrétiens , qui la déchirent en dedans.
Ces trois sortes de différents adversaires la combattent d'ordinaire diversement ; mais ici ils la combattent d'une même sorte. Comme ils sont tous sans miracles , et que l'Église a toujours eu contre eux des miracles, ils ont tous eu le même intérêt à les éluder, et se sont tous servis de cette défaite : qu'il ne fout pas juger de la doctrine par les miracles , mais des miracles par la doctrine. Il y avoit deux partis entre ceux qui écoutoient Jésus-Christ : les uns qui
suivoient sa doctrine par ses miracles ; les autres qui disoient : // chasse les démons au nom de Belzébuih, Il y avoit deux partis au tenqps de Calvin : celui de l'Église, et celui des sacramentaires, qui la combattoient. Il y a maintenant les jésuites, et ceux qu'ils appellent jansénistes , qui contestent. Hais les miracles étant du côlé des jansénistes , les jésuites ont recours à cette défaite générale des Juif^ et des hérétiques , qui est qu'il faut juger des mirades par la doctrine.
Ce n'est point ici le pays de la vérité : elle est inconnue parmi les hommes. Dieu l'a couverte d'un voile qui la laisse méconnoitre à ceux qui n'entendent pas sa voix. La porte est ouverte aux blasphèmes, et même sur les vérités 1^ plus certaines de la morale. Si Ton publie les vérités de l'Évangile, on en publie de contraires, et on obscurcit les questions : en sorte que le peuple ne peut discerner. Aussi on demande : Qu'avez-vous pour vous faire plutôt croire que les autres? Quel signe faites-vous? Vous n'avez que des paroles, et nous aussi. Si vous n'avez point de miracles, on dit que la doctrine doit être soutenue par les miracles ; cela est une vérité dont on abuse pour blasphémer la doctrine. Et si les miracles arrivent, on dit que les miracles ne suffisent pas sans la doctrine; et c'est une autre vérité pour blasphémer les miracles.
Que vous êtes aises, mes pères, de savoir les règles générales , pensant par-là jeter le trouble, et rendre tout inutile! On vous en empêchera, mes pères : la vérité est une et ferme.
Si le diable favorisoit la doctrine qui le détruit, il seroit divisé , omne regnum divisum, etc. Car Jésus-Christ agissoit contre le diable , et détruisoit son empire sur les cœurs, dont l'exorcisme est h figure , pour établir le royaume de Dieu. Et ainsi il ajoute : In digito Dei, etc., regnum Dei ad vos, etc. (Luc, 11 , 17, 20.)
Il étoit impossible qu'au temps de Moïse on réservât sa croyance à l'Antœhrist , qui leur étoit inconnu. Mais il est bien aisé au temps de l'Antéchrist de croire en Jésus-Christ , de j*a connu.
SECONDE PARTIE, ART. XVI. <25
Quand les schismatiques ' feroient des mirades, ils ninduiroient point à erreur. El ainsi il n'est pas certain qu'ils ne puissent en foire. Le schisme est visible ; le miracle est visible. Hais le schisme est plus marqué d'erreur que le miracle n'est marqué de vérité. Donc le mirade d'un schismatique ne peut induire à l'erreur. Hais hors le schisme, l'erreur n'est pas si visible que le miracle est visible. Done le mirade induiroit à l'erreur. Ainsi un miracle parmi les schismatiques n'est pas tant à craindre; car le schisme, qui est plus visible que le mirade, marque visiblement leur erreur. Mais quand il n'y a point de schisme, et que l'erreur est en dispute, le miracle discerne.
D en est de même des hérétiques. Les mirades leur seroient inutiles; car l'Église, autoririsée par les miracles qui ont préoccupé la croyance, nous dit qu'ils n'ont pas la vraie foi. D n'y a pas de doute qu'ils ne l'ont pas, puisque les premiers miracles de l'Église excluent la foi (les leurs, quand ils en auroient. Il y auroit ainsi miracles contre miracles , mais premiers et plus grands du côté de l'Église ; ainsi il faudroit toujours la croire contre les miracles.
Voyons par>là ce qu'on doit conclure des mirades de Port-Royal.
Les Pharisiens disoient : Non est hic Homo à Deo, qui sabbatum non outoitiL (Joan., 9, 16.) U& autres disoient : Quomodà potat homo pecaaor hœc ngna facere? Lequel est le plus clair?
Dans la contestation présente, les uns disent : Cette maison n'est pas de Dieu ; car on n'y croit pas que les cinq propositions sont dans Jansénius. Les autres : Cette maison est de Dieu ; car il s'y fait de grands miracles. Lequel est le plus dair?
Ainsi la même raison qui rend coupables les Juifs de n'avoir pas cru en Jésus-Christ, rend les jésuites coupables d'avoir continué de persécuter la maison de Port-Royal.
n avoit été dit aux Juifs , aussi bien qu'aux dirétiens, qu'ils ne crussent pas toujours les prophètes. Mais néanmoins les Pharisiens et les scribes font grand état des miracles de Jésus- Christ, et essaient de montrer qu'ils sont faux,
' Pascal veut parler d'an schisme ouYcrt et reconnu de part H (Taatre , tel, par exemple , qae celui des donatistes, des cal- Tinirtes. etc. U ne fuit point prendre le change.
OU faits par le diable : étant nécessités d'être convaincus, s'ils reconnoissoient qu'ils fussent de Dieu.
Nous ne sommes pas aujourd'hui dans la peine de faire ce discernement ; il est pourtant bien facile à faire. Ceux qui ne nient ni Dieu, ni Jésus-Christ , ne font point de miracles qui ne soient sûrs. Mais nous n'avons point à fsdre ce discernement. Voici une relique sacrée. Voici une épine de la couronne du Sauveur du monde, en qui le prince de ce monde n'a point de poissanoe , qui fait des miracles par la propre puissance de ce sang répandu pour nous. Dieu choisit lui-même cette maison pour y faire éclater sa puissance.
Ce ne sont point des hommes qui font ces miracles par une vertu inconnue et douteuse, qui nous oblige à un difficile discernement. C'est Dieu même ; c'est l'instrument de la passion de son fils unique qui, étant en plusieurs lieux, a choisi celui-ci, et fait venir de tous côtés les honunes pour y recevoir ces soulagements miraculeux dans leurs langueurs.
La dureté des jésuites surpasse donc celle des Juifi» , puisqu'ils ne refusoient de croire Jésus- Christ innocent que parcequ'ilsdoutoient si ses miracles étoient de Dieu. Au heu que les jésuites ne pouvant douter que les miraclesde Port-Royal ne soient de Dieu , ils ne laissent pas de douter encore de l'Uinocence de cette maison.
Mais, disent-ils, les miracles ne sont plus nécessaires , à cause qu'on en a déjà ; et ainsi ils ne sont plus des preuves de la vérité de la doctrine. Oui. Mais quand on n'écoute plus la ti*adition ; qu'on a surpris le peuple ; et qu'ainsi , ayant exclu la vraie source de la vérité, qui est la tradition , et ayant prévenu le pape , qui en est le dépositaire, la vérité n'a plus de liberté de paroitre : alors les hommes ne parlant plus de la vérité, la vérité doit pai*ler elle-même aux hommes. C'est ce qui arriva au temps d'Anus.
Ceux qui suivent Jésus-Christ à cause de ses miracles honorent sa puissance dans tous les miracles qu'elle produit; mais ceux qui , en faisant profession de le suivre pour ses miracles, ne le suivent en efFet que parcequ'il les console et les rassasie des biens du monde : ik déshonorent ses miracles, quand ils sont contraires à leurs commodités.
PENSÉES DE PASCAL
C'est œ que fbnl les jésuites. Ils relèvent les mimdes : ils combattent ceux qui les convainquent. Juges injustes , ne faites pas des lois sur rheure; jugez par celles qui sont établies par vous-mêmes : Vos qm amdiiis leges miqtuu.
La manière dont l'Église a subsisté , est que la vérité a été sans contestation ; ou si elle a été contestée, il y a eu le pape, et sinon il y a eu l'ÉgUse.
Le miracle est un effet qui excède la force naturelle des moyens qu'on y emploie, et le nan^miracle est un effet qui n'excède pas la force qu'on y emploie. Ainsi ceux qui guérissent par l'invocation du diable ne foiat pas un miracle ; car cela n'excède pas la force naturelle du diable.
Les mirades prouvent le pouvoir que Dieu a sur les cœurs par celui qu'il exerce sur les corps.
n importe aux rois, aux princes, d'être en estime de piété ; et pour cela, il 6iut qu'ils se confessent à vous. (Desjéiuiies,)
Les jansénistes ressemblent aux hérétiques par la réformation des mœurs ; mais vous leur ressemblez en mal.
ARTICLE XVIL
Pefwie$ divenei sur ta reUgion.
Le pyrrhonisme a servi à la religion; car, après tout, les hommes, avant Jésus^brist, nesavoient où ils en étoient, ni s'ils étoient grands ou petits. Et ceux qui ont dit l'un ou l'autre n'en savoient rien , et devinoient sans raison et par hasard : et même ils croyoient toujours, en excluant l'un ou l'autre.
Qui blâmera les Chrétiens de ne pouvmr rendre raison de leur croyance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison? nsdédarentau contraire, en l'exposant aux Gentils, que c'est une sottise, stuUkiam, etc.; et puis vous vous plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas? S'ils la prouvoient, ils ne tiendroient pas parole : c'est en manquant de preuves qu'ils ne manquent pas de sens. Oui. Maisencore que cela
excuse ceux qui Tofirent telle, et que cd: du blâme de la produire sans raison , cel cuse pas ceux qui, sur l'exposition qu'ils i refusent de la croire.
Croyez-vous qu'il soit impossible que S infini sans parties? Oui. Je veux donc vo voir une chose infinie et indivisible : c point se mouvant par-tout d'une vitesse i car il est en tous Ueux , et tout entier da que endroit.
Que cet effet de nature qui vous semb possible auparavant, vous fesse connoît peut yen avoir d'autres que vous ne con pas encore. Ne tirez pas cette conséqu< votre apprentissage , qu'il ne vous rest< savoir ; mais qu'il vous reste infiniment à
La conduite de Dieu , qui dkpose tout ses avec douceur, est de mettre la religi< l'esprit par les raisons, et dans le cœui grâce. Hais de voulmr la mettre dans I et dans l'esprit par la force et par les m ce n'est pas y mettre la religion , mais reur. Commencez par plaindre les incri ils sont assez malheureux. Il ne feudroil jurier qu'au cas que cela servit; mais o huit.
Toute la foi consiste en Jésus -Chrû Adam ; et toute la morale , en la ooncup
et en la grâce.
Le cœur a ses raisons, que la raison i noft pas : on le sent en mille manières, l'être universel naturellement, et soi-mé turellement, selon qu'il s'y adonne ; et il » contre l'un et l'autre, à son choix. Vous i jeté l'un et conservé l'autre : est-ce par i
Le monde subsiste pour exercer misé; et jugement : non pas comme si les bon étoient sortant des mains de Dieu , mais des ennemis de Dieu, auxquels il donne, grace, assez de lumière pour revenir, s'i
SECONDE PARTIE, ART. XVII
lent le chercher et le suivre : mais pour les punir, s'ils refusent de le chercher et de le suivre.
On a beau dire» il faut avouer que la religion cbrétienne a -quelque chose d'étonnant! C'est parceque vous y êtes né, dira-t-on; tant s'en faut : je me roidis contre par cette raison-là même , de peur que cette prévention ne me suborne. Mais quoique j'y sois né, je ne laisse pas de le trouver ainsi.
vm.
n y a deux manières de persuader les vérités de notre religion : l'une par la force de la raison, l'autre par l'autorité de celui qui parle. On ne se sert pas de la dernière , mais de la première. On ne dit pas : II fout croire cela ; car rËcriture , qui le dit, est divine ; mais on dit : Qu'il faut le croire par telle et telle raison, qui sont de foibles arguments, la raison étant flexihie à tout.
Ceux qui semblent les plus opposés à la gloire de la religion n'y seront pas inutiles pour les autres. Nous en ferons le premier argument, qu'il y a quelque chose de surnaturel: car un aveuglementde cette sorte n'est pas une chose naturelle; etsi leur folie les rend si contraires à leur propre bien, elle servira à en garantir les autres par l'horreur d'un exemple si déplorable et d'une foGe si digne de compassion.
Sans Jésus-Christ, le monde ne subsisteroit pas ; car il faudroit, ou qu'il fût détruit, ou qu'il fàt comme un enfer.
Le seul qui connoit la nature ne la connoftrat-il que pour être misérable? le seul qui la connoit sera-t-il le seul malheureux?
n ne faut pas que l'homme ne voie rien du tout ; il ne faut pas aussi qu'il en voie assez pour croire qu'il possède la vérité, mais qu'il en voie assez pour connottre qu'il l'a perdue : car, pour otmnottre ce qu'on a perdu, il feut voir et ne pas voir ; et c'est précisément l'état où est la nature, n falloit que la véritable religion enseignât la grandeur et la misère , portât à l'estime et au n^ de soi , et à l'amour, et.à la haine.
Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, et voilà ce que je trouve d'effectif.
Je ne parle pas ici des miracles de Moise, de JésusrChrist et des apôtres , parcequ'ils ne paroissent pas d'abord convaincants, et que je ne veux mettre ici en évidence que tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.
Là religion est une chose si grande, qu'il est juste que ceux qui ne voudroient pas prendre la peine de la chercher, si elleest obscure, en soient privés. De quoi donc se plaint-on, si elle est telle qu'on puisse la trouver en la cherchant?
L'orgueil contrepèse et emporte toutes les misères. Voilà un étrange monstre, et un égarement bien visible de l'homme. Le voilà tombé de sa place, et il la cherche avec inquiétude.
Après la corruption, il est juste que tous ceux qui sont dans cet état le connoissent ; et ceux qui s'y plaisent, et ceux qui s'y déplaisent. Mais il n'est pas juste que tous voient la rédemption.
Quand on dit que Jésus-Christ n'est pas mort pour tous , vous abusez d'un vice des hommes qui s'appliquent incontinent cette exception : ce qui favorise le désespoir, au lieu de les en détourner pour fevoriser l'espérance.
Les impies, qui s'abandonnent aveuglément à leurs passions sans connoltre Dieu et sans se mettre en peine de le chercher, vérifient par eux-mêmes ce fondement de la foi qu'ils corn* battent , qui est que la nature des hommes est dans la corruption. Et les Juifs, qui combattent si opiniâtrement la religion chrétienne, vérifient encore cet autre fondement de cette niéme foi qu'ils attaquent : qui est que Jésus-Christ est le véritable Messie , et qu'il est venu racheter les hommes, et les retirer de la corruption et de la misère oii ils étoient, tant par l'état où on les voit aujourd'hui , et qui se trouve prédit dans les prophéties, que par ces mêmes prophéties qu'ils portent, et qu'ils conservent inviolablement comme les marques auxquelles on doit re-
PENSÉES DE PASCAL
oonnoitre le Messie. Ainsi les preuves de la corruption des hommes et de la rédemption de Jésus-Christ, qui sont les deux principales vérités qu'établit le christianisme, se tirent des impies qui vivent dans rindif]Gérence de la reh'gion , et des Juift qui en sont les ennemis irréconciliables.
xn.
La dignité de l'homme consistoit , dans son innocence , à dominer sur les créatures , et à en user; mais aujourd'hui elle consiste à s'en séparer, et à s'y assujettir.
xni.
n y en a plusieurs qui errent d'autant plus dangereusement, qu'ils prennent une vérité pour le principe de leur erreur. Leur foute n'est pas de suivre une fausseté , mais de suivre une vérité à l'exclusion d'une autre.
Il y a un grand nombre de vérités, et de foi, et de morale, qui semblent répugnantes et contraires, et qui subsistent toutes dans un ordre admirable.
La source de toutes les hérésies est l'exclusion de quelques unes de ces vérités ; et la source de toutes les objections que nous font les hérétiques, est l'ignorance de quelques unes de nos vérités.
Et d'ordinaire il arrive que, ne pouvant concevoir le rapport de deux vérités opposées, et croyant que l'aveu de l'une renferme l'exclusion de l'autre, ils s'attachent à l'une et ils exduent l'autre.
Les nestoriens vouloient qu'il y eût deux personnes en Jésus^hrist , parcequ'il y a deux natures ; et les eutychiens, au contraire, qu'il n'y eût qu'une nature, parce qu'il n'y a qu'une personne. Les catholiques sont orthodoxes, parcequ'ils joignent ensemble les deux vérités de deux natures et d'une seule personne.
Nous croyons que la substance du pain étant cliangée en celle du corps de notre Seigneur Jésu&-Christ, il est présent réellement au Saint- Sacrement. Voilà une des vérités. Une autre est, que ce Sacrement est aussi une figure de la croix et de la gloire, et une commémoration des deux. Voilà la foi catholique, qui comprend ces deux vérités qui semblent opposées.
L'hérésie d'aujourd'hui, ne concevant pas que ce Sacrement contient tout ensemble, et la présence de Jésus-Christ, et sa figure, et qu'il soit sacrifice, et commémoration de sacrifice, croît qu'on ne peut admettre l'une de ces vérités sans exclure l'autre.
Par cette raison ils s'attachent à ce point, que ce sacrement est figuratif; et en cela ils ne sont pas hérétiques. Ils pensent que nous excluons celte vérité ; et de là vient qu'ils nous font tant d'objections sur les passages des Pères qui le disent. Enfin ils nient la présence réelle; et en cela ils sont hérétiques.
C'est pourquoi le plus court moyen pour empêcher les hérésies, est d'instruire de toutes les vérités ; et le plus sûr moyen de les réfuter, est de les déclarer toutes.
La grâce sera toujours dans le monde, et aussi la nature. Il y aura toujours des pélagiens, et toujours des catholiques, parceque la première naissance fait les uns , et la seconde naissance fait les autres.
C'est l'Église qui mérite avec Jésus^hrist, qui en est inséparable, la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la véritable religion ; et ce sont ensuite ces personnes converties qui secourent la mère qui les a délivrées.
Le corps n'est non plus vivant sans le chef, que le chef sans le corps. Quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'est plus du corps, et n'appartient plus à Jésus-Christ. Toutes les vertus, le martyre, les austérités et toutes les bonnes œuvres sont inutiles hors de l'Eglise, et de la communion du chef de l'Église, qui est le pape.
Ce sera une des confusions des damnés de voir qu'ils seront condamnés par leur propre raison par laquelle ils ont prétendu condamner la religion chrétienne.
Il y a cela de commun entre la vie ordinaire des hommes et celle des saints, qu'ils aspirent tous à la félicité; et ils ne diffèrent qu'en l'objet où ils la placent. Les uns et les autres appellent leurs ennemis ceux qui les empêchent d'y arriver.
Il faut juger de ce qui est bon ou mauvais par la volonté de Dieu , qui ne peut être ni injuste,
SECONDE PARTIE, ART. XVII
gle , et non pas par la n6lre propre , toujours pleine de malice et d erreur.
-Christ a dooné dans l*Évangile cette
pour reconnoltre ceux qui ont la foi,
qu'ik parleront un langage nouveau ; et
L le renouvellement des pensées et des
ause celui des discours. Car ces nou-
, qui ne peuvent déplaire à Dieu,
le vieil homme ne peut lui plaire, sont
ites des nouveautés de la terre, en ce
choses du monde, quelque nouvelles
soient, vieillissent en durant: au lieu
esprit nouveau se renouvelle d*autant
ii*il dure davantage. L'homme extérieur
uit, dit saint Paul (3 Cor., 4^ 16), et
e intérieur se renouvelle de jour en
t il ne sera parfeitement nouveau que
lemitë, où Ion chantera sans cesse ce
e nouveau dont parle David dans ses
8 {Pi., îB, 5), c'est-à-dire ce chant qui
resprit nouveau de la charité.
id saint Pierre et les apôtres ( i4c/. 15) mi d'abolir la drconrJsion , où il s'agis- ^T contre la loi de Dieu , ils ne consultent es prophètes, mais simplement la ré-
du Saint-Esprit en la personne des ids. Ils jugent plus sûr qne Dieu ve ceux qu'il remplit de son Esprit, m pas qu'il fiiille observer la loi; ils t que la fin de la loi n'étoit que le Saint-
et qu'ainsi , puisqu'on l'avoit bien sans ision, elle n'étoit pas nécessaire.
; lois suffisent pour régler toute la répucbrétienne, mieux que toutes les lois les: l'amour de Dieu, et celui du n.
îiigion est proporf ionnée à toutes sortes s. Le commun des hommes s'arrête à t à rétablissement où elle est; et cette est telle, que son seul établissement isant pour en prouver la vérité. Les ront jusciues aux apôtres. Les plus insnt jusquesaucommencement du monde.
Les anges la voient encore mieux, et de plus loin ; car ils la voient en Dieu même.
Ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment de cœur sont bienheureux et bien persuadés. Mais pour ceux qui ne l'ont pas , nous ne pouvons la leur procurer que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur imprime lui-même dans le cœur; sans quoi la foi est inutile pour le salut.
Dieu , pour se réserver à lui seul le droit de nous instruire , et pour nous rendre la difficulté de notre être inintelligible, nous en a caché le nœud si haut, ou , pour mieux dii^ , si bas , que nous étions incapables d'y arriver: de sorte que ce n'est pas par les agitations de notre raison, mais par la simple soumission de la raison , que nous pouvons véritablement nous connoitre.
Les impies qui font profession de suivre la raison doivent être étrangement forts en raison. Que disent-ils donc? Ne voyons-nous pas» disent-ils, mourir et vivre les bêtes comme les honunes, et les Turcs comme les Chrétiens? Ils ont leurs cérémonies , leurs prophètes , leurs docteurs, leurs saints, leurs religieux, comme nous , etc. Cela est-il contraire à l'Écriture ? ne dit-elle pas tout cela ? Si vous ne vous souciez guère de savoir la vérité, en voilà assez pour demeurer en repos. Mais si vous desirez de tout votre cœur de la connoitre , ce n'est pas assez ; regardez au détail. C'en seroit peut-être assez pour une vaine question de philosophie; mais ici où il y va de tout... Et cependant après une réflexion légère decette sorte, on s'amusera, etc.
C'est une chose horrible , de sentir continuellement s'écouler tout ce qu'on possède; et qu'on puisse s'y attacher, sans avoir envie do chercher s'il n'y a point quelque chose de permanent.
11 feut vivre autrement dans le monde selon ces diverses suppositions : si on pouvoit y être toujours ; s'il est sûr qu'on n'y sera pas longtemps ; et incertain si on y sera une heure. Cette dernière supposition est la nôtre.
Par les partis, vous devez vous mettre en
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SECONDE PARTIE, ART. XVII
DAtre. Il n'eftt rien de cela anx exemples des uens : nous n'avoos point de liaison à eux ; Mnme la richesse d'un étranger ne fait pas la kre, mais bien celle d'un père ou d'un mari.
On ne se détache jamais sans douleur. On ne snt pas son lien , quand on suit volontairement ûm qui entraine , comme dit saint Augustin ; laîs quand on commence à résister et à marber en s'éloignant, on souffre bien ; le lien 'étend , et endure toute la violence ; et ce lien it notre propre corps, qui ne se rompt qu'à I mort« Notre Seigneur a dit que , depuis la cnue de Jean-Baptiste, c'est-à-dire depuis son («ènement dans chaque fidèle, le royaume de Ken soiifire violence, et que les violents le avissent. (Hatth., 11, 13. ) Avant que l'on loit toucbë , on n'a que le poids de sa concu- ÉJMxnœ, qui porte à la terre. Quand Dieu iBire en haut, ces deux efforts contraires font telle violence que Diea seul peut £aire sur^ ÉOBter. Mais nous pouvons tout, dit saint liao, avec celui sans leqael nous ne pouvons kiei. D faot donc se résoudre à souffrir cette ^Krre tonte sa vie ; car il n'y a point ici de paix. kms-Cfarist est venn apporter le couteau , et m pas h paix. (Matth., 10, 34.) Mais néan- 3 faut avouer que , comme l'Écriture dit h sagesse des hommes n'est que folie Dieu (1 Cor., 3, 19), aussi on peut qoe celte guerre, qui fMu*dt dure aux , est une paix devant Dieu ; car c'est paix que Jésus-Christ a aussi apportée, ne sera néanmoins parfaite que quand le sera détruit; et c'est ce qui tait souhaiter Bort, en souffrant néanmoins de bon cœur lie pour l'amour de celui qui a souffert pour et la vie et la mort, et qui peut nous plus de biens que nous ne pouvons ni demander, ni imaginer, comme dit saint (£pA.,3,aO.)
bot tâcher de ne s'affliger de rien, et de tout œ qui arrive pour le meilleur. Je^
qoe c'est un devoir, et qu'on pèche en ne pas. Car enfin , la raison pour laquelle
les péchés sont péchés, est seulement parcequ'ils sont contraires à la volonté de Dieu : et ainsi l'essence du péché consistant à avoir une volonté opposée à celle que nous oonnoissons en Dieu, U est visible, ce me semble, que, quand il nous découvre sa volonté par les événements, ce seroit un péché de ne pas s'y accommoder.
xxvn.
Lorsque la vérité est abandonnée et persécutée, il semble que ce soit un temps où le service que l'on rend à Dieu en la défendant , lui est bien agréable. Il veut que nous jugions de la grâce par la nature, et ainsi il permet de considérer que, comme un prince chassé de son pays par ses sujets a des tendresses extrêmes pour ceux qui lui demeurent fidèles dans la révolte publique, de même il semble que Dieu considère avec une bonté particulière ceux qui défendent la pureté de la religion, quand elle est combattue. Mais il y a cette différence entre les rois de la terre et le roi des rois, que les princes ne rendent pas leurs sujets fidèles, mais qu'ils les trouvent tels : au lieu que Dieu ne trouve jamais les hommes qu'infidèles sans sa grâce, et qu'il les rend fidèles quand ils le sont. De sorte qu'au lieu que les rois témoignent d'ordinaire avoir de l'obligation à ceux qui demeurent dans le devoir et dans leur obéissance, il arrive, au contraire, que ceux qui subsistent dans le service de Dieu lui en sont eux-mêmes infi« niment redevables.
xxvin.
Ce ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur, qui méritent, et qui soutiennent les pemes et du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier : peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre, (ilcf., 14, 21.) Cela doit consoler ceux qui en sentent, puisque, étant avertis que le chemin du del .qu'ils cherchent en est rempli, ils doivent se réjouir de rencon-
PENSÉES DE PASCAL
peine de chercher la vérité. Car si vous mourez sans adorer le vrai principe , vous êtes perdu. Mais , dites-vous , s'il avoit voulu que je l'adorasse , il m'auroit laissé des signes de sa volonté. Aussi a-t-il fait ; mais vous les négligez. Cher^ chez-les du moins ; cela le vaut bien.
Les athées doivent dire des choses parfoitement claires. Or, il feudroit avoir perdu le bon sens pour dire qu'il est parfoitement dair que Famé est mortelle. Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic: mais il importe à toute la vie de savoir si Tame est mortelle ou immortelle.
Les prophéties , les miracles mêmes et les autres preuves de notre religion « ne sont pas de telle sorte, qu'on puisse dire qu'elles sont géométriquement convaincantes. Mais il me suffit présentement que vous m'accordiez que ce n'est pas pécher contre la raison que de les croire. Elles ont de la clarté et de l'obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais la clarté est telle, qu'die surpasse, ou égale pour le moins , ce qu'il y a de plus dair au contraire : de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse détermnier à ne pas la suivre ; et ce n'est peutêtre que la concupiscence et la malice du coeur. Ainsi" H y a assez de darté pour condamner ceux qni refusent de croire, et non assez pour les gagner ; afin qu'il paroisse qu'en ceux qui la suivent c'est la grâce , et non la raison , qui la fiiit suivre; et qu'en ceux qui la fuient, c'est la ooncu|HScence, et non la raison, qui la £ait fnir.
Qui peut ne pas admirer et embrasser une rdigion qui oonnott à fond ce qu'on recoAnolt d'autant plus qu'on a plus de lumière?
Un homme qui découvre des preuves de la religion chrétienne est comme un héritier qui trouve les titres de sa maison. Dira-t-il qa'ils sont faux, et négligera-t41 de les examiner?
Deux sortes de personnes connoissent un Dieu, ceux qui ont le cœur humilié, et qui :iiment le mépris et l'abaissement, qudque degré d'esprit qu'ils aient , bas on relevé , ou
ceux qui ont assez d'esprit pour voir la vérité , qudque Of^position qu'ils y aient.
Les sages parmi les païens, qui ont dit qu'il n'y a qu'un Dieu, ont été persécutés, les Juib hais, les Chrétiens encore pliB.
Je ne vois pas qu'il y ait plus de difficulté de ' croire la résurrection des corps et l'enfantement de la Vierge, que la création. Est-il pins difficile de reproduire un homme que de le produire ? Et si on n'avoit pas su ce que c'est que génération, trouveroit-on plus étrange qu'un enfant vhit d'une fille seule que d'an homme et d'une femme?
xxni.
11 y a grande différence entre repos et sûreté de conscience. Rien ne doit donner le repos, que la recherche sincère de la vérité ; et rien ne peut donner l'assurance que la vérité.
Il y a deux vérités de foi également constantes: Tune, que l'homme, dans letat de h création, ou dans celui de la grâce, est élevé', au-dessus de toute la nature, rendu semblable * à Dieu, et participant de la Divinité; l'autre, qu'en l'état de corruption et du péché , il est ' déchu de cet état, et rendu semblable aux ^ bêtes. Ces deux propositions sont également fermes et certaines. L'Écriture nous les dédare
manifestement, lorsqu'elle dit en qudques lieux: Deliciœ meœ, es$e cuni film hommum. {Prov. , 8, 31.) Effmdam tpuitum meum super amnem camem. (Joël, 2, 28. ) Dit estis, eu. (Pio/., 81, 6.) Et qu'elle dit en d'autres: Onrnis caro fœnum. (Is., 40, 6.) JETomo comparatus est jumerUis insipientibus, et sinùlis foetus est illis. (Pi., 48, 13.) Dlxi in corde meo de fUus hominum, ut probaret eoi Deus, et oueit derei smùles esse bestiu, elc. ( Ecoles. ^ 3, 18.)
Les exemples des morts généreuses des La* oédémoniens et autres ne nous toudi^t guère; car qu'est-ce que tout cela nous apporte ? Mais* l'exemple de la mort des martyrs nous touche;^ car ce sont nos membres. Nous avons un liei^ conramn avec eux : leur résolution peut forment
SECONDE PARTIE, ART. XVII
}. n n'eftt rien de cela anx exemples des ; nous n'avons point de liaison à eux ; la richesse d'un étranger ne hii pas la mais bien celle d'un père ou d'un mari.
e se détache jamais sans douleur. On ne s son lien, quand on suit volontairement li entraine , comme dit saint Augustin ; land on commence à résister et à mar- 1 s'éloignanty on soufFre bien ; le lien , et endure toute la violence ; et ce lien re propre corps, qui ne se rompt qu'à ;• Notre Seigneur a dit que, depuis la le Jean-Baptiste, c'est-à-dire depuis son lent dans chaque fidèle, le royaume de ouffre violence, et que les violents le it. (Hatth., 11, 13. ) Avant que l'on idië f on n'a que le poids de sa conciie, qui porte à la terre. Quand Dieu n haut , ces deux efforts contraires font ioienoe que Dien seul peut faire sur^ . Mais nous pouvons tout, dit saint ivec celitt sans lequel nous ne pouvons faut donc se résoudre à souffrir cette toute sa vie ; car il n'y a point ici de paix. Ihrist est venu apporter le couteau, et » h pafai. (Matth., 10, 34.) Mais néan«
I faut avouer que , comme l'Écriture dit sagesse des hommes n'est que folie
Dieu ( 1 Cor. , 3 » 19 ) , aussi on peut le celte guerre, qui parolt dure aux B, est une paix devant Dieu ; car c'est ûx que Jésus-Christ a aussi apportée.
sera néanmoins parfaite que quand le îra détruit; et c'est ce qui fait souhaiter , en souffrant néanmoins de bon cœur Hir l'amour de celui qui a souffert pour
la vie et la mort, et qui peut nous plus de biens que nous ne pouvons ni ander, ni imaginer, comme dit saint EpA.,3,aO.)
it tâcher de ne s'affliger de rien, et de i tout œ qui arrive pour le meilleur. Je' le c'est un devoir, et qu'on pèche en ne
II pas. Car enfin , la raison pour laquelle
les péchés sont péchés, est seulement parcequ'iis sont contraires à la volonté de Dieu : et ainsi l'essence du péché consistant à avoir une volonté opposée à celle que nous oonnoissons en Dieu, U est visible, ce me semble, que, quand il nous découvre sa volonté par les événements, ce seroit un péché de ne pas s'y acconmioder.
Lorsque la vérité est abandonnée et persécutée, il semble que ce soit un temps où le service que l'on rend à Dieu en la défendant , lui est bien agréable. Il veut que nous jugions de la grâce par la nature, et ainsi il permet de considérer que, comme un prince chassé de son pays par ses sujets a des tendresses extrêmes pour ceux qui lui demeurent fidèles dans la révolte publique, de même il semble que Dieu considère avec une bonté particulière ceux qui défendent la pureté de la religion, quand elle est combattue. Mais il y a cette différence entre les rois de la terre et le roi des rois, que les princes ne rendent pas leurs sujets fidèles, mais qu'ils les trouvent tels : au lieu que Dieu ne trouve jamais les hommes qu'infidèles sans sa grâce, et qu'il les rend fidèles quand ils le sont. De sorte qu'au b'eu que les rois témoignent d'ordinaire avoir de l'obligation à ceux qui demeurent dans le devoir et dans leur obéissance, il arrive, au contraire, que ceux qui subsistent dans le service de Dieu lui en sont eux-mêmes infiniment redevables.
Ce ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur, qui méritent, et qui soutiennent les peines et du corps et de Tesprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier : peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre, (ilct., 14, 21.) Cela doit consoler ceux qui en sentent, puisque, écant avertis que le chemin du del .qu'ils cherchent en est rempli, ils doivent se rqouir de rencon-
isa
PENSÉES DE PASCAL
trer des marques qo'ils sont dans le véritable chemin. Mais ces peines-là ne sont pas sans plaisirs, et ne sont jamais surmontées que par le plaisir. Car de inéme que ceux qui quittent Dieu pour retourner au monde ne le font que parcequlls trouvent plus de douceurs dans les plaisirs de la terre que dans ceux de l'union avec Dieu, et que ce charme victorieux les entraîne, et, les foisant repentir de leur premier choix , les rend des pémienu du (Uable^ selon la parole de Tertullien : de même on ne quitteroit jamais les plaisirs du monde pour f^robrasser la croix de Jésus-Christ, si on ne trouvoit plus de douceur dans le mépris , dans la pauvreté, dans le dénuement et dans le rebut des hommes, que dans les délices du péché. Et ainsi, comme dit Tertullien, il ne faut pas crùvre qae la vie des Chrétiens soit une vie de tristesse. On ne quitte les plaisirs que pour d'autres plus grands. Priez toujours^ dit saint Paul, rendez grâces toujours, réjouissez-vous Un^ours. (/ Thess.,S, 16, 17, 18. ) C'est la joie d*avoir trouvé Dieu , qui est le principe de la tristesse de l'avoir offensé, et de tout le changement de vie. Celui qui a trouvé un trésor cbns un champ en a une telle joie, selon Jésus- Christ, qu'elle lui fait vendre tout ce qu'il a pour Tacheter. (Matth., 13, 44.) Les gens du monde ont leur tristesse ; mais ils n'ont point cette joie que le monde ne peut donner, ni ôter, dit Jésus-Christ même. (Joan., 14, 27 et 16, 22. ) Les bienheureux ont cette joie sans aucune tristesse ; et les Chrétiens ont cette joie mêlée de la tristesse d'avoir suivi d'autres plaisirs, et de la crainte de la perdre par l'attrait de ces autres plaisirs qui nous tentent sans relâche. Ainsi nous devons travailler sans cesse à nous conserver celte crainte, qui conserve et modère notre joie; et, selon qu'on se sent trop emporter vers l'un, se pencher vers l'autre pour demeurer debout. Souvenez-vous des biens dans les jours d'affliction , et souvenezvous de l'affliction dans les jours de réjouissance, dit l'Écriture (Ecd., 11, 27. ), jusqu'à ce que la promesse que Jésus-Christ nous a faite de rendre sa joie pleine en nous, soit accomplie. Ne nous laissons donc pas abattre à la tristesse , et ne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolation.
La véritable piété, qui ne se trouve parfaite que dans le del, est si pleine de satisfactions, qu'elle en remplit et l'entrée , et le progrès, et le couronnement. C'est une lumière si édatante, qu'elle rejaillit sur tout ce qui lui appartient. S'il y a quelque tristesse mêlée, et sur-tout à l'entrée, c'est de nous qu'elle vient, et non pas de la vertu ; car ce n'est pas l'efCet de la piété qui commence d'être en nous, mais de l'impiété qui y est encore. Otons l'impiété, et la joie sera sans mélange. Ne nous en prenons donc pas à la dévotion, mais à nousmêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction.
Le passé ne doit point nous embarrasser, puisque nous n'avons qu'à avoir regret de nos fautes ; mais l'avenir doit encore moins nous toucher, puisqu'il n'est point du tout à nùtn égard, et que nous n'y arriverons peut*étre jamais. Le présent est le seul temps qui est véritablement à nous, et dont nous devons user selon Dieu. C'est là où nos paisées doivent être principalement rapportées. Cependant le monde est si inquiet , qu'on ne pense presque jamais à la vie présente et à l'instant où l'on vit, mais à celui où l'on vivra.. De sorte qu'oo est toujours en état de vivre à l'avenir, et jamais de vivre maintenant. Notre Seigneur o'a pas voulu que notre prévoyance s'étendit plus loin que le jour où nous sommes. Ce sont ks bornes qu'il nous fait garder, et pour Mtre salut, et pour notre propre repos.
On se corrige quelquefois mieux par la vue du mal que par l'exemple du bien ; et il est bon de s'accoutumer à prgfiter du mal , puisqu'il est si ordinaire, au lieu que le bien est si rare.
Dans le treizième chapitre de saint Marc, JésusrChrist fait un grand discours à ses apôtres sur son dernier avènement : et comme tout ce qui arrive à l'Église arrive aussi à chaque chrétien en particulier, il est certain que tout ce chapitre prédit aussi bien l'état de
SECONDE PARTIE, ART. XVll. 153
rien. Ses seoUments sur i'homîcîde voloDUiirc
le personne qui, en se convertissant , it le vieil homme en die» que rëlat de ers entier qui sera détruit pour iaire à de nouveaux cieux et à une nouvelle , comme dit rÉcriture. (IIPier., 3, 13.) édiction qui y est contenue de la ruine du e réprouvé» qui figure la ruine de me réprouvé qui est en chacun de nous» it il est dit qu'il ne sera laissé pierre sur I» marque qu*il ne doit être laissé aucune
0 du vieil homme; et ces effroyables » civiles et domestiques représentent si e trouble intérieur que sentent ceux qui anent à Dieu» qu'il n'y a rien de mieux
etc.
Saint-Esprit repose invisiblement dans les es de ceux qui sont morts dans la grâce iu , jusqu'à ce qu'il y paroisse visiblement a résurrection ; et c'est ce qui rend les redes saints si dignes de vénération. Car n'abandonne jamais les siens» non pas dans le sépulcre » où leurs corps» quoique aux yeux des hommes» sont plus vivants t Dieu » à cause que le péché n'y est plus :
1 qu'il y réside toujours durant cette vie» «ns quant à sai racine : car les fruits du n'y sont pas toujours; et cette nialheuracine, qui en est inséparable pendant la lit qu'il n'est pas permis de les honorer puisqu'ils sont plutftt dignes d'être haïs. XMir cela que la mort est nécessaire pour ier entièrement cette malheureuse racine ; t ce qui la rend souhaitable.
xxxin.
élus ignoreront leurs vertus» et les réis leurs crimes. Seigneur, diront les uns lutres» quand vous avons -nous vu avoir île. (Matth.» 25» 37» 44.) s-Christ n a point voulu du témoignage nous» ni de ceux qui n'avoient pas voca.lais de Dieu et de Jean-Baptiste.
léfauts de Montaigne sont grands. Il est 3 mots sales et déshonnétes. Cela ne vaut
et sur la mort sont hombles. U inspire une nonchalance du salut » sans crainte et sans repentir. Son livre n'étant point bit pour porter à la piélé » il n'y étoit pas obligé : mais on est toujours obligé de ne pas en détourner. Quoi qu'on puisse dire pour excuser ses sentiments trop libres sur plusieurs choses» on ne sauroit excuser en aucune sorte ses aeniiments tout païens sur la mort; car il âiut renoncer à toute piété» SI on ne veut au moins mourir chrétiennement : or» il ne pense qu'à mourir lâchement et mollement par tout son livre.
Ce qui nous trompe » en comparant ce qui s'est passé autrefois dans TÉglise à ce qui s'y voit maintenant» c'est qu'ordinairement on regarde saint Athanase » sainte Thérèse et les autres saints» comme couronnés de gloire. Présentement que te temps a éclairci les choses, cela pareît véritablement ainsi. Hais au temps que l'on persécutoit ce grand saint» c étoit un homme qui s'appeloit Athanase ; et sainte Thérèse» dans le sien » étoit une religieuse comme les autres. ÉUe éloit un homme contme nous, et sujet aux mêmes passions que nous » dit l'apôtre saint Jacques(JAGQ., 5, 17), pour désabuser lesChréttens de cette fausse idée qui nous fait rejeter l'exemple des saints , comme disproportionné à notre état : c'étoient des saints » disons-nous , ce n'est pas comme nous.
A ceux qui ont de la répugnance pour fa religion» il fout commencer par leur montrer qu'elle n'est point contraire à la raison ; ensuite» qu'elle est vénérable » et en donner du respect ; après» la rendre aimable, et faire souhaiter qu'elle fût vraie ; et puis » montrer par les preuves incontestables qu'elle est vraie ; faire voir son antiquité et sa sainteté par sa grandeur et par son élévation , et enfin qu'elle est aimabie<» parcequ'elle promet le vrai bien.
Un mot de David » ou de Moïse» comme celui-ci» Dieu circoncira les cours {Dent. , 30, (i) , fait juger de leur esprit. Que tous les autres discours soient équivoques , et qu'il soit incer-
PENSÉES DE PASCAL
tain s'ils sont de philosophes ou de chrétiens , un mot de€ett6 nature détermine tout le reste. Jusque-là l'ambiguïté dure, mais non pas après. De se tromper en croyant vraie la religion chrétienne » il n'y a pas grand*chose à perdre. Mais quel malheur de se tromper en la croyant fausse!
xxxvn.
Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu : et, au contraire,^ rien n'est si difficile selon le monde que la vie religieuse; rien n'est plus facile que de la passer selon Dieu : rien n'est plus aisé que d'être dans une grande charge et dans de grands biens selon le monde ; rien n'est plus diflfidie que d'y vivre selon Dieu, et sans y prendre de part et de goût.
xxxvin.
L'ancien Testament contenoit les figures de la joie future , et le nouveau contient les moyens d'y arriver. Les figures étoient de joie, les moyens sont de pénitence; et néanmoins l'agneau pascal étoit mangé avec des laitues sauvages, cum amariludinibus {Exod, , 12, 8, ^x Hebr,)^ pour marquer toujours qu'on ne pouvoit trouver la joie que par l'amertume.
Le mot de Galilée , prononcé comme par hasard par la foule des Juifs , en accusant Jésus- Christ devant Pilate (Luc , 23 , 5) , donna sujet à Pilate d'envoyer Jésus-Clirist à Hérode , en quoi fut accompli le mystère , qu'il devoit être jugé par les Juifs et les Gentils. Le hasard en apparence fut la cause de l'accomplissement du mystère.
Un homme me disoit un jour qu'il avoit grande joie et confiance en sortant de confession ; un autre me disoit qu'il étoit en crainte. Je pepsai sur cela que de ce^s deux on en feroit un bon , et que chacun manquoit en ce qu'il n'avoit pas le sentiment de lautre.
11 y a plaisir d'être dans un vaisseau battu de
l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. Les persécutions qui travaillent l'Église sont de cette nature.
L'histoire de l'Église doit être proprement appelée Yhùtoire de la vériU.
XLH.
Gomme les deux sources de nos péchés sont l'orgueil et la paresse , Dieu nous a découvert en lui deux qualités pour les guérir : sa miséricorde et sa justice. Le propre de la justice est d'abattre l'orgueil ; et le propre de la miséricorde est de combattre la paresse en invitant aux bonnes œuvres , selon ce passage : La mîséricorde de Dieu invite à la pénitence {Ram,jif 4); et cet autre des Ninivites : Faisons pénitence pour voir s'il nauroit point pitié de nous. (Joif., 3,9.) Ainsi , tant s'en faut que la miséricorde de Dieu autorise le relâchement, qu'il n'y a rien , au contraire , qui le combatte davantage; et qu'au lieu de dire : S'il n'y avoit point en Dieu de miséricorde, il faudroit faire toutes sortes d'efforts pour accomplir ses préceptes; il faut dire , au contraire , que c'est parcequ'il y a en Dieu de la miséricorde , qu'il faut fhire tout ce qu'on peut pour les accomplir.
XLffl.
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Tout ce qui est au monde est de la chair, ou concupiscence des yeux , ou o^ gueil de la vie ( l Joan. , â , 16), lilndo sentiendi, Ubido scietidi, libido dominandi. Malheureuse la terre de malédiction que jo;^ trois fleuves de feu embrasent plutôt qu'ils n'arrosent! Heureoi ceux qui , étant sur ces fleuves , non pas plongés, non pas entraînés, mais immobUement affermis; non pas debout, mais assis dans une assiette basse et sûre, dont ils né se relèvent jamais avant la lumière, mais, après s'y être reposés en paix , teudent la main à celui qui doit les relever, pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Jérusalem , où ils n'auront plus à craindre les attaques de l'orgueil; et qui pleurent cependant, non pas de voir écouler toutes les choses périssables , mais dans le souvenir de leur chère patrie, de la Jérusalem céleste, après laquelle ils soupirent sans .cesse dans la longueur de leur exil !
SECONDE PARTIE, ART. XVII
XUV.
Un mirade, dit-on , affermiroit ma croyance. On parie ainsi quand on ne le vmt pas. Les raisons qui, étant vues de loin , semblent borner notre voe, ne la bornent plus quand on y est arriyë. On commence à voir an-delà. Rien n'arrête la Yolubilité de notre esprit. Il n'y a point, dit-on, de règle qui n'ait quelque exception, ni je Téritë si générale qui n'ait quelque face par 311 eDe manque. Il suffit qu'elle ne soit pas absoloment universeDe pour nous donner prétexte l'appliquer l'exception au sujet présoit , et de lire : Cela n'est pas toujours vrai ; donc il y a les cas où cela n'est pas. Il ne reste plus qu'à nontrer que celuî-d en est ; et 3 faut être bien nabdroit , si on n'y trouve quelque jour.
La charité n'est pas un précepte figuratif. Dire que Jésus^Cbrist, qui est venu ôter les igures pour mettre la vérité , ne soit venu que xHur mettre la figure de la charité , et pour eu ^ter la réalité qui éurit auparavant : cela est lorribie.
Combien les lunettes nous ont-elles découert d*étres qui n'étoient point pour nos phQoiH)hes d'auparavant! On attaquoit franchement Ecriture sainte sur le grand nombre des étoiles, Q disant : Il n'y en a que mille vingt-deux ; ODS le savons.
L'homme est ainâ fait , qu'à force de lui dire
l'ii est an sot, il le croit; et à force de se le
reàsoi^méme, on se le fUt croire. Car l'homme
it lui seul une conversation intérieure, qu'il
iporte de bien régler : Corrumpunt mores bo-
^colioqma mala. (/ Cor.^ 15, 33.) U faut se
air en silence autant qu'on peut, et ne s'en-
Henir que de Dieu ; et ainsi on se le persuade
MM-méme.
XLVni.
Quelle diHërence entre un soldat et un char- «x , quant à l'obéissance? Car ils sont égalent <Âéissants et dépendants, et dans des irdoes également pénibles. Mais le soldat es- "e toujours devenir maître , et ne le devient
jamais ( car les capitaines et les princes mêmes sont toujours esclaves et dépendants); mais il espère toujours l'indépendance, et travaille toujours à y venir ; au lieu que le chartreux firit vœu de ne jamais être indépendant. Ils ne difltèrent pas dans la servitude perpétuelle que tons deux ont toujours , mais dans l'espérance que l'un a toujours, et que l'autre n'a pas.
La pnqpre volonté ne se satisferoit jamais quand elle auroit tout ce qu'elle souhaite ; mais on est satisfait dès Tinstant qu'on y renonce. Avec elle , on ne peut être que malcontent ; sans elle , 00 ne peut être que content.
La vraie et unique vertu est de se hair, car (m est haïssable par sa concupiscence ; et de chercher un être véritablement aimable , pour l'aimer. Mais comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit en nous, et qui ne soit pas nous. Or, il n'y a que l'Être universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous (Luc, 17, 21 ); le bien universel est en nous, et n'est pas nous.
n est injuste qu'on s'attache à nous , quoiqu'on le fosse avec plaisir et volontairement. Nous tromperons ceux à qui nous en ferons nattre le désir; car nous ne sommes la fin de personne , et nous n'avons pas de quoi les satisfaire. Ne sommes-nous pas prêts à mourir '?£t ainsi l'objet de leur attachement mourroit. Comme nous seripns coupables de faire croire une fausseté, quoique nous la persuadassions doucement , et qu'on la crût avec plaisir, et qu'en cela on nous fît plaisir : de même nous sommes coupables , si nous nous faisons aimer, et si nous attirons les gens à s'attacher à nous. Nous devons aveiiir ceux qui seroient prêts à consentir au mensonge qu'ils ne doivent pas le croire , quelque avantage qui nous en revint. De même nous devons les avertir qu'ils ne doivent pas s'attacher à nous ; car il faut qu'ils passent leur vieà plaire à Dieu, ou à le chercher.
> Tout en suÎTaiit scnipiileiuement le texte , je crois dcyoir relever cette faute d'expression. Pritt à mowrir signifle préparés, disposés à la norl. La pensée même de l'auteor indiqne que ce n'est pas là ce qu'il a touIu dire. H faudroit donc lire ici : ne sommu^ou* pat prés de mourir? Ce qui signifie , en d'autres termes : Notre Tic est si courte, et stijette à tant d'accidents, que nous ne pouvons Jamais re^garder la mort comme fort éloigliée. iNoU de i'édU, de 1 823.)
PENSÉES DE PASCAL
C'est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités et dans les cérémo* nies; mais c*est être superbe de ne vouloir pas
s'y soumettre.
Toutes les religions et toutes les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour {>[uide. Les seuls Chrétiens ont été astreints à prendre leurs règles hors d'eux-mêmes, et à s'informer de celles que Jésus-Christ a Imssées aux anciens pour nous être transmises. Il y a des gens que cette contrainte lasse. Ils veulent avoir, comme les autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations. C*est en vain que nous leur crions, comme les prophètes faisoient autrefois aux Juifs : Attez au milieu de l'Église; informez' vousdei lois que les anciens lui ont laissées, et suivez ses sentiers. Ils répondent comme les Juifs : Nous ny marcherons pas : nous voulons suivre les pensées de notre cœur, et être comme les autres peuples.
LU
11 y a trois moyens de croire : la raison, la coutume et l'inspiration. La religion chrétienne, qui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration : ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume; au contraire, il faut ouvrir son esprit aux preuves par la raison, et s'y conformer par la coutume ; mais elle veut qu'on s'offre par l'humiliation aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ut non evacuetur crux Christi, (/ Cor, ,1,17.)
Liir.
Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par un faux prûatcipe de conscience.