‹ Moralistes françoisChapitre 57 sur 309 · LIT · texte numérisé non relu

LIT

Les Juifs , qui ont été appelés à dompter les nations et les rois , ont été esclaves du péché ; et les Chrétiens, dont la vocation a été à servir et à être sujets, sont les enfants libres.

Est-ce courage à un homme mourant d'aller.

dans la foiblesse et dans Fagonie, affronter ai Dieu tout-puissant et étemel?

Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger.

Lvn.

La bonne crainte vient de la foi ; la fiiusse crainte vient du doute. La bonne crainte porte à Tespérance, parceqiji'elle naît de la foi, et qu'on espère au Dieu que l'on croit : la mauvaise porte au désespoir, parcequ'on craint le Dieu auquel on «'a point de foi. Les uns craignent de le perdre, et les autres de le trouver.

LYin.

Salomon et Job oni le mieux connu la misère de l'homme, et en ont le mieux parlé : l'un le plus heureux des hommes , et l'autre te plus malheureux ; Tun connoissant la vanité des plaisirs par expérience , l'autre la réaUté des maux.

Les païens disoient du mal d'Israël , et le prophète aussi : et tant s'en fiaiut que les Israélites eussent droit de lui dire : Vous parlez comme les païens ; qu'il fait sa plus grande force sur ce que les païens parlent comme lui. (Ézécbiel.)

Dieu n'entend pas que nous soumettions notre croyance à lui sans raison , ni nous assujettir avec tyrannie. Hais il ne prétend pas aussi nous ren« dre raison de toutes choses; et pour acoordei ces contrariétés, il entend nous faire voir clairement des marques divines en lui, qui nous eon vainquent de ce qu'il est, et s'attirer autorité par des merveilles et des preuves que nous n< puissions refuser; et qu'ensuite nous croyions sans hésiter les choses qu'il nous enseigne quanc nous n'y trouverons d'autre raison de les refuser, sinon que nous ne pouvons par nous-mémc! connoltre si elles sont ou non.

Il n'y a que trois sortes de personnes : les uu

SECONDE PARTIE, ART. XVII

rent Dieu Fayant trouvé ; les autres qui ûent à le chercher ne Tayaut pas encore ; et d'antres enfin qui vivent sans le cherravoir trouvé. Les premiers sont railes et heureux ; les derniers sont fous et reux ; ceux du milieu sont malheureux »nnables.

LXn.

Iiommes prennent souvent leur imaginaur leur cœur ; et ils croient être converqu'ik pensent à se convertir, lison agit avec lenteur, et avec tant de de principes différents qu'elle doit avoir s présents , qu*à toute heure elle s*assousUe s'égare, faute de les voir tous à-lan'en est pas ainsi du sentiment; il agit nstant, et toujours est prêt à agir. Il feut iprès avoir connu la vérité par la raison , de la sentir, et de mettre notre foi dans ment du coeur ; autrement elle sera touicertaine et chancelante, oeur a ses raisons que la raison ne conint : on le sent en mille choses. C'est le ;ui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce st que la foi parfaite , Dieu sensible au

Lxm.

l de l'essence de Dieu que sa justice soit aussi -bien que sa miséricorde : cepenjustice et sa sévérité envers les réprouenoore moins étonnante que sa miséri-* invers les élus.

mme est visiblement fiadt pour penser : ute sa dignité et tout son mérite. Tout oir est de penser comme il faut ; et Torta pensée est de commencer par soi , par eur et sa fin. Cependant à quoi pensons le monde? Jamais à cela; mais à se ', & devenir riche, à acquérir de la rén , à se faire roi, sans penser à ce que le d'être roi et d'être homme, eosée de l'homme est une chose admirasa nature. Il laUoit qu'elle eût d'étranges pour être méprisable. Mais elle en a de

grande par sa nature ! qu'elle est basse par ses

défauts !

S'il y a un Dieu , il ne faut aimer que luf , et non les créatures. I^ raisonnement des impies , dans le livre de la Sagesse , n'est fondé que sur ce qu'ils se persuadent qu'il n'y a point de Dieu. Cela.posé, disent-ils, jouissons donc des créatures. Hais s'ils eussent su qu'il y avoil un Dieu, ils eussent conclu tout le conti*aire. Et c'est la conclusion des sages : Il y a un Dieu , ne jouissons donc pas des créatures. Donc tout ée qui nous incite à nous attacher à la créature est mauvais, puisque cela nous empêche, ou de servir Dieu si nous le connoissons, ou de le chercher si nous l'ignorons. Or, nous sommes pleins de concupiscence : donc nous sommes pleins de mal; donc nous devons nous hair nous-mêmes , et tout ce qui nous attache à autre chose qu'à Dieu seul.

Quand nous voulons penser à Dieu , combien sentons-nous de choses qui nous en détournent , et qui nous tentent de penser ailleurs !^out cela est mauvais , et même né avec nous.

Lxvn.

n est foux que nous soyons dignes que les autres nous aiment : il est injuste que nous le voulions. Si nous naissions raisonnables , et avec quelque connoissance de nous-mêmes et des autres, nous n'aurions point cette inclination. Nous naissons pourtant avec elle : nous naissons donc injustes ; car chacun tend à soi. Cela est contre tout ordre : il faut tendre au général; et la pente vers soi est le commencement de tout désordre, en guerre , en police, en économie, etc.

Si les membres des communautés naturelles' et civiles tendent au bien du corps, les communautés elles-mêmes doivent tendre à un autre cor|i^ plus général.

Quiconque ne hait point en soi cet amourpropre et cet instinct qui le porte à se mettre au-dessus de tout, est bien aveugle, puisque rien n'est si opposé à la justice et à la vérité.

ue rien n'est plus ridicule. Qu'elle est | Car il est faux que nous méritions cela ; et il est

158 PENSÉES DE PASCAL

injuste el impossible d*y arriver » puisque tous demandent la même chose. C'est donc une nuinifeste injustice où nous sommes nés , dont nous ne pouvons nous défendre , et dont il fiaiut nous déiîiire.

Cepend^Vit bulle autre religion que la chrétienne n'a remarqué que ce fût un péclié, ni que nous y fussions nés, ni que nous fussions obligés d y résister , ni n*a pensé à nous en donner les remèdes.

Lxvin.

n y a une gu^re intestine dans Thomme entre la raison et les passions. 11 pourroit jouir de quelque paix., s'il n'avoit que la raison sans passions, ou s'il n'avoit que les passions sans raison. Maisayant J'un et l'autre » il ne peut être sans guerre , ne pouvant avoir la paix avec l'un qu'il ne soit en guerre avec l'autre. Ainsi il est toujours divisé, et contraire à lui-même.

Si c'est un aveuglement qui n'est pas naturel , de vivre sans chercher ce qu'on est , c'en est encore un bien plus terrible, de vivre mal en croyant Dieu. Tous les hommes presque sont dans l'unpou dans l'autre de ces deux aveuglements.

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