CCXI
n y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles , qu'on ne chante qu'un certain temps ".
La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu'ils ont , ou par leur fortune.
L'amour de la gloire , la crainte de la honte , le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode et agréable , et lenvie d*abaisser les autres, sont souvent les causes de cette valeur, si célèbre parmi les hommes.
La valeur est dans les simples soldats un
métier périlleux qu'ils ont pris pour gagner
leur vie.
La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont deux extrémités où Ton arrive rarement. L'espace qui est entre deux est vaste , et contient toutes les autres espèces de cou-
t var. II y a des gens qui ressemblent aux TandeTiDei , qne tout le monde chante un oertainiemps, <|uelqne Mes et dégôft-
tanU qn'ita soient ( 1665— n* ass. )
MAXIMES
rage. Il n'y a pas moins de difFérence entre elles qu'entre les visages et les humeurs. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'one action, et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa dur^e. Il y en a qui sont contents quand ils ont satisfit à rhonneur du monde, et qui font fort peu de chose au-delà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de leur peur. D'autres se laissent quelquefois entraîner à des terreurs générales ; d'autres vont à la charge parcequ'ils n'osent demeurer dans leurs postes. Il s'en trouve à qui Thabitude des moindres périls affermit le courage , et les prépare à s'exposer à de plus grands. |1 y en a qui sont braves à coups d'épée, et qui craignent les coups de mousquet ; d'autres sont assurés aux coups de mousquet , et appréhendent de se battre à coups d'épée. Tous ces courages de différentes espèces conviennent en ce que la nuit augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, elle donne la liberté de se ménager, U y a encore un autre ménagement plus général : car on ne voit point d'homme qui fosse tout ce qu'il seroit capable de iaire dans une occasion , s'il étoit assuré d'en revenir ; de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose de la valeur.
La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu'on seroit capable de faire devant tout le monde s
ccxvn.
L'intrépidité est une force extraordinaire de Tame , qui l'élève au-dessus des troubles , des désordres et des émotions que la vue des grands périls pourroit exciter en elle; et c'est par cette force que les héros se maintiennent en un état paisible, et conservent l'usage libre de leur l'aison dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles.
*ccxvni.
L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu.
» rar. La pure Talcur (•'il y en âToit) seioit de faire san» témoiiM. etc. (1665— ii« 229.)
La plupart des hommes s'exposent assez dans la guerre pour sauver leur honneur ; mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils s'exposent.
La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font souvent la valeur des hommes et la veitu des femmes '.
On ne veut point pei*dre la vie, et on veut acquérir de la gloire : ce qui fait que les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour éviter la mort, que les gens de chicane n'en ont pour conserver leur bien.
Il n'y a guère de personnes qui , dans le premier penchant de l'âge, ne fassent connoître par où leur corps et leur esprit doivent défaillir.
• CCXXIII.
n est de la reconnoissance comme de la bonne fDi des marchands : elle entretient le commerce ; et nous ne payons pas parcequ'il est juste de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous prêtent.
Tous ceux qui s'acquittent des devoirs de la reconnoissance ne peuvent pas pour cela se flatter d'être reconnoissants.
Ce qui fait le mécompte dans la reconnoissance qu'on attend des grâces que l'on a faites , c'est que Torgueil de celui qui donne, et l'orgueil de celui qui reçoit, ne peuvent convenir du prix du bienfait.
* nam la première édition, La Rochefoucauld n'avoil étendu ce raisonnement à la vertu des fcmmos.
DE LA ROCHEFOUCAULD
p grand empressement qu'on a de s'acl'une obligation, est une espèce d'ingra-
ccxxvn.
ens heureux ne se corrigent guère ; ils ;oujours avoir raison , quand la fortune leur mauvaise conduite.
ccxxvni.
ueil ne veut pas devoir , et Tamourne veut pas payer.
len que nous avons reçu de quelqu'un je nous respections le mal qu'il nous
n'est si contagieux que l'exemple, et I bisons jamais de grands biens ni de maux qui n'en produisent de semblables.
QÎtons les bonnes actions par émulation, oauvaises par la malignité de notre naue la honte retenoit prisonnière , et que Je met en liberté.
une grande folie de vouloir être sage
jL
que prétexte que nous donnions à nos >ns, ce n'est souvent que l'intérêt et la ]ui les causent.
ccxxxm.
idans les afflictions diverses sortes d'hyi. Dans l'une , sous prétexte de pleui*er e d'une personne qui nous est chère, >us pleurons nous-mêmes ; nous regretbonne opinion qu'elle avoit de nous; leurons la diminution de notre bien, de )laisir, de notre considération. Ainsi les ont riionneur des larmes qui ne coulent
L« bien qu'on nom a fait vent que nous mpoctions le Poo nous fait après. (f({63— n» 245. ) ~ Le birn que
MM rern vent que noos respections le mal qu'on -nous
que pour les vivants. Je dis que c'est une espèce d'hypocrisie, à cause que dans ces sortes d'afflictions on se trompe sqi-même. Il y a une autre hypocrisie qui n'est pas si innocente, parcequ'elle impose à tout le monde : c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. Après que le temps, qui consume tout, a fait cesser celle qu'elles avoient en effet, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader, par toutes leurs actions, que leur déplaisir ne finira qu'avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d'ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à b gloire, elles s'efforcent de se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable affliction. Il v a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement. On pleure pour avoir la réputation d'être tendre; on pleure pour être plaint; on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas.
C'est plus souvent par orgueil que par défaut de lumières, qu'on s'oppose avec tant d'opiniâtreté aux opinions les plus suivies : on trouve les premières places prises dans le bon parti , et on ne veut point des dernières.
Nous nous consolons aisément des disgrâces de nos amis, lorsqu'elles servent à signaler notre tendresse pour eux.
Il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bonté, et qu'il s'oublie lui-même lorsque nous travaillons pour l'avantage des autres. Cependant c'est pi*endre le chemin le plus assuré pour arriver à ses fins; c'est prêter :\ usure, sous prétexte de donner : c'est enfin s'acquérir tout le monde par un moyen subtil et délicat '.
< ;'ar. Qui considérera superficieUcnirnl lou^lcs effets de la
* ccxxxvn.
MAXIMES
unes est retenue par la crainte ou par la ra
Nul ne mérite d'^re loué de sa bonté , s*il n*a pas la force d*étre méchant. Toute autre bonté n*est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté.
* ccxxxvm.
II n*est pas si dan{][ereuK de faire du mal à la plupart des hommes ^ que de leur faire trop de bien.
Rien ne flatte plus notre or{fueil que la confiance des grands, parceque nous la regardons comme un effet de notre mérite , sans oonsidérer qu*elle ne vient le plus souvent que de vanité ou d'impuissance de garder le secret *.
On peut dire de Fagrément séparé de la beauté, que c'est une symétrie dont on ne sait point les règles , et un rapport secret des traits ensemble et des traits avec les couleurs et avec lair de la personne.
ccxu.
La coquetterie est le fonds de l'humeur des femmes; mais toutes ne la mettent pas en pratique, parceque la coquetterie de quelques
bonté qui nous fait sortir hors de nous-mêmes . et qui nous immole continuellement à Tayantage de tout le monde , sera tenté de croire que lorsqu'elle agit , ramour-propre s'oublie et s'abandonne lui-même , ou se laisse dépouiller et appauvrir sans s'en apercevoir. De sorte qu'il semble que l'amour^ropre soit la dupe de la bonté : cependant c'est le plus utile de tous les moyens dont l'amour-propre se sert pour arriver à ses fia^i ; c'est un chemin dérobé par où il revient à lui-mémaplus-riche et plus abondant . c'est un désintéressement qu'il met à une furieuse usure, c'est enfin un ressort délicat avec lequel il réunit , il dispose et tourne tous les hommes en sa faveur. ( 1665 ~ n» 230. )
> yar. Rien ne nous platt tant que la confiance des grands et des personnes considérables par leurs emplois . par leur esprit, ou par leur mérite; elle nous fait sentir un plaisir exquis, et élève merveilleusement notre orgueil , parceque nous la regardons comme un effTet de notre fidélité ; cependant nous serions remplis de confusion , si nous considérions l'imperfection et la bassesse de sa naissance , car elle vient de la vanité , de l'envie de parler . et de l'impuissance de retenir le secret : de sorte / qu'on peut dire que la confiance est conrnie un relâchement de l'ame causé par le nombre et par le poids des choses dont elle estpleine. (1663 — n« 253.)
CCXLH.
On incommode souvent les autres, • on croit ne les pouvoir jamais incommo(
CCXLin.
Il y a peu de choses impossibles d mêmes ; et l'application pour les faire r nous manque plus que les moyens.
La souveraine habileté consiste àbiei noître le prix des choses.
C'est une grande habileté que de sav( cher son habileté *.
Ce qui paroit généro^té n'est souvent q ambition déguisée qui méprise de petits rets , pour aUer à de plus grands ^.