‹ Moralistes grecsChapitre 53 sur 81 · MA>(LEL · texte numérisé non relu

MA>(LEL

dente, prends de l'eau fratche dans ta bouche, rejette-la aussitôt sans Tavaler » et ne le dis à personne. I

État et caractère de Tignorant : il n'attend jamais de lui-même son bien ou son mal , mais des choses qui sont hors de lui. État et caractère du philosophe; il n'attend que de lui-même tout son bien et tout son mal.

LXXIU.

Signes par lesquels on connaît qu'un homme fait des progrès dans l'étude de la sagesse : il ne blâme ni ne loue personne , il ne se plaint de personne; il n'accuse personne : il ne parle point de lui comme s'il était un homme important, ou qu'il sût quelque chose : s'il rencontre quelque obstacle qui retarde ou empêche l'exécution de ses projets , il ne s'en: prend qu'à lui-même : si quelqu'un le loue , il se moque en secret de cet adulateur : si on le reprend, j il ne se justifie pas ; mais , comme les convalescents, il se tâte et s'observe, de peur d'interrompre ce commencement de guérison avant que sa santé soit entièrement rétablie : il est le maître absolu de ses desirs ; il n'a d'aversion que pour ce qui est contraire à la nature des choses qui dépendent de nous : il ne souhaite rien avec trop d'empressement : si on le traite d'imbécile et d'ignorant , il ne s'en met pas en

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peine : enfin il se défie de jlui-méme , comme d'un ennemi et d'un homme qui lui tend sans cesse des pièges.

Si quelqu'un se vante d'entendre et d'expliquer les ouvrages de Chrysippe, dis en toi-même : Si Chrysippe eût écrit avec moins d'obscurité, cet homme n'aurait donc rien dont il pût se glorifier. Mais moi , quel est mon but? de connaître la nature pour la suivre. Je demande donc quel est son meilleur interprète. On me dit que c'est Chrysippe. Je l'achète. Mais je ne l'entends point. Je cherche alors quelqu'un qui me l'explique. Jusqu'ici il n'y a pas un grand mérite à tout cela. Quand j'ai trouvé cet interprète , il me reste à mettre en pratique les préceptes du philosophe ; c'est la seule chose dont on puisse me louer. Car si je me contente d'admirer l'explication des livres de Chrysippe, je ne suis qu'un simple grammairien , et non un philosophe ; avec cette différence, que j'explique Chrysippe au Keu d'Homère. Lors donc que quelqu'un me propose de lui expliquer Chrysippe, je suis bien plus honteux de ne pas montrer des actions conformes à ses préceptes, que de ne pas entendre ses écrits.

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Demeure fidèle à ces maximes et observe-le comme des lois que tu ne peux violer sans impiété Ne te mets pas en peine de tout ce qu'on dira su ton compte ; car cela ne dépend pas de toi.

Jusques à quand difFéreras-tu de mettre en prati que ces grandes leçons , et d'obéir en tout à la voi de la raison? Tu viens d'entendre les maximes qu doivent régler ta vie , tu leur as donné ton consente ment ; quel nouveau maître attends-tu donc encor pour commencer à réformer tes mœurs? Tu n'e plus un enfant , mais un homme fait. Si tu persiste dans l'indolence et l'inaction , si tu renvoies d'ui jour à l'autre le soin de te corriger , si tu ajoute délais sur délais , résolutions sur résolutions, tu vivras et mourras comme un ignorant , sans t' apercevoir que tu n'as fait aucun progrès dans l'étude de l sagesse.

Commence donc dès aujourd'hui à vivre en homm qui tend à la perfection , et qui a déjà fait quelque pas dans la carrière. Que tout ce qui te paraîtra très beau et très-bon soit pour toi une loi inviolable. Si I douleur ou la volupté, la gloire ou l'infamie s'offrent i toi, souviens-toi que c'est alors le moment du com bat, que la barrière s'ouvre, que les jeux olympique

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t'appellent , qu'il n'est plus temps de reculer , enfin que ton avancement ou ta ruine , dépend du gain ou de la perte de la victoire. C'est ainsi que Socrate est parvenu à ce haut degré de sagesse où on Ta vu, en avançant toujours vers ce but , sans perdre un seul pas, et en n'écputant jamais que la droite raison. Pour toi , quoique tu ne sois pas encore Socrate , tu dois pourtant vivre comme l'ayant choisi pour modèle.

La première et la plus nécessaire partie de la philosophie est celle qui traite de la pratique des préceptes ; par exemple , de l'obligation de ne point mentir. La seconde a pour objet les démonstrations, c'est-àdire les raisons pour lesquelles il ne faut point mentir. La troisième donne la preuve de ces démonstrations, et en détermine la nature : comme, par exemple, ce qui en a fait la force et la certitude ; ce que c'est que démonstration , conséquence , opposition , vérité , fausseté. Cette troisième partie est nécessaire pour la seconde , et la seconde pour la première : mais la première est la plus nécessaire de toutes , et celle où l'on doit s'arrêter davantage. Nous renversons cet ordre, nous nous arrêtons particulièrement à la troisième ; elle consume seule notre temps et nos soins, et nous négligeons entièrement la première : nous mentons sans scrupule ; mais nous sommes toujours prêts à prouver, par de sohdes raisons, qu'il ne faut pas mentir.

5S0 MANUEL d'ÉIM€TÈTB.

En toute occasion, aie toujours présente à la mémoire cette prière : u Grand Jupiter, et vous» puisr- D santé Destinée, conduisez-moi partout où vous » avez arrêté dans vos décrets que je dois aller ; je » suis prêt à vous suivre constamment : en effet , » quand je m'obstinerais à vous résister, il faudrait » toujours vous suivre malgré moi. »

Souviens-toi de plus que : « Celui qui cède à la » nécessité est véritablement sage, et habile dans la D connaissance des secrets des dieux. »

Enfin, dis avec Socrate : « Cher Criton, si les dieux » l'ont ainsi résolu, que leur volonté s'accomplisse: » Anytus et Mélitus peuvent bien me faire mourir , » mais ils ne sauraient me nuire. »

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