‹ Moralistes grecsChapitre 61 sur 81 · XXIII. I · texte numérisé non relu

XXIII. I

L'oi^ueilleux se vante, s'élève, etveut en imposer. Sait-il comment le jour finira jx)ur lui? Sait-il dans quel état la nuit va le trouver? j

L'homme est abattu par la vieillesse, il Test par 11 fièvre, mais bien plus encore par la pauvreté. Celi qu'elle accable ne peut plus parler, ne peut plus agir ses mains et sa langue même sont enchaînées.

DK THÉOGNIS. 571

Qui sait mettre des bornes à sa fortune? Celui qui l)05sè(lo le plus de richesses veut au moins les doubler. Quijamais pourra satisfaire tant degens qui tous ont le même désir? C'est Tamour des richesses qui cause la folie des hommes et leur perversité,

On n'achèterait pas de bestiaux sans les bien exaniiner, ni un cheval sans savoir qu'il descend d'une race généreuse ; et Ton voit un honnête citoyen recevoir pour épouse une méchante femme, née d'un indigne père. N'en soyez pas surpris; elle lui apporte beaucoup d'or. Voyez-vous une femme refuser \m homme méprisable s'il a de grands biens? Non ; elle aime bien mieux entendre dire qu'elle est l'épouse d'un homme opulent que d'un homme vertueux. On n'estime que les richesses. Le sage prend une femme dans une famille corrompue; le méchant dans une famille vertueuse : la fortune confond toutes les races, et cet odieux mélange aliâtardit l'espèce humaine.

XWIl.

Voyez cet homme injuste et ambitieux : il nYst animé que de l'amour du gain. Toujours il est prêt à se parjurer, toujours à fouler aux pieds la justice.

573 SK?tTfiNCES

Vous êtes ébloui de l'éclat qui renvironne, sa fortune vous en impose; attendez sa fin. Le ciel est juste, quoique sa justice se cache quelquefois à Tœii peu clairvoyant des mortels. Gardez-vous de croire que riiomme qu'on envie soit toujours heureux : il paiera la dette de son crime ; elle sera poursuivie du moins sur le plus cher de ses fils. Insensé ! tu oses murmurer contre les dieux trop lents à punir le coupable! Ne vois-tu pas la mort assise sur ses lèvres; et prête à le frapper?

xxvin.

Un exilé n'a plus d'amis, et ce malheur est bien plus cruel quefexil.

Vous élevez avec soin vos enfants, vous faites votre étude de tout ce qui peut leur être utile, vous détruisez pour eux votre fortune, pour eux vous vous soumettez à mille douleurs. Quelle sera votre récompense? de la haine, des imprécations. Ils détesteront leur père ; ils demanderont aux dieux sa mort. ; il deviendra pour eux le plus importun des parasites.

Où trouver Thomme ferme et courageux qui ose lutter contre le flot auquel tous les autres se laissent emporter , qui ait également la pudeur dans le cœur et sur les lèvres , et que l'appât du gain ne puisse jamais engager dans la honte?

BE TUÉOGNïS. 575

- Ta fortune vient d'être renversée : va, tu n'as plus iVamis; ton frère même ne te connaîtra plus.

Le silence est, pour le grand parleur, un supplice cruel, et le babillard ignorant est, pour ceux qui Técoutent un pesant fardeau : on le hait sans pouvoir l'éviter, et c'est une amertume qui empoisonne les délices de tous les festins.

Insensés avec les fous , justes et sages avec les amis de la sagesse et de l'équité , nous prenons le caractère de ceux qui nous environnent.

Dans la société, sois prudent. Que le secret qui t'est confié reste enseveli dans ton cœur; oublie môme que tu l'as entendu.

Pauvre , mais vertueux , je vois des méchants qui nagent dans la prospérité : qu'ils gardent leur par-

lag(* , jtî ne veux pas clianger avec eux. Je suis maître (le eonserver uia vertu : ils ne le sont pas de fixer la fortune.

L'àme du sage est toujours constante : elle lutte avec un courage égal contre le malheur et contre la prospérité.

Crains de l'exposer, pour une faute légère , à perdre ton ami ; garde-toi d'écouter le calomniateur qui Taccuse. Les dieux seuls sont exempts de faire des fautes; sans l'indulgence , l'amitié ne peut plus exister.

Tu embrasses un exilé, tu fondes ton espoir sur sa reconnaissance : quand il lui sera permis de retourner dans sa patrie , tu ne retrouveras plus en lui le même homme.

Page 1