XXXIX
Ne vous hâtez jamais trop ; marchez d'un pas tranquille dans la voie moyenne : c'est elle qui conduit à la vertu.
Quoi ! dit l'infortuné', il est donc arrêté par les destins impitoyables que je ne serai jamais vengé des
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scélérats dont la violence m'a tout ravi. Dépouillé par eux et réduit à la honteuse nudité ; je serai donc encore obligé , pour me soustraire à leurs coups , de traverser les fleuves profonds et les torrents impétueux! Le ciel me refusera le spectacle de leurs larmes! Jamais je ne m'abreuverai de leur sang impur !... Malheureux! tu blasphèmes. Tu as joui du bien, supporte le mal avec courage. Le ciel t'a fait connaître Tune et Tautre fortune , apprends à te soumettre. De la prospérité, tu es tombé dans le malheur : ne te défie pas -des dieux; du malheur, peut-être, ils vont t'éleverà la prospérité. Mais épargne-toi surtout des plaintes vaines : tu trouverais tous les cœurs insensibles à ton infortune.
Crains Tennemi qui cherche à te rassuper par de douces paroles : si tu te remets dans ses mains , il ne consultera plus que la vengeance , et rien ne pourra le désarmer.
Quel esprit anime donc mes concitoyens? je leur serais odieux en faisant le mal ; en faisant le bien , je ne puis leur plaire.
Tu étais mon ami , et tu as fait des fautes : ce n'est pas moi qu'il en faut accuser; tu avais trouve un bon ami, mais tu avais reçu une mauvaise tête.
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Tu ne laisseras pas à tes enfants d'héritage plus précieux que cette pudeur qui accompagne toujours la vertu.
11 serait à souhaiter pour bien des hommes qu'ils ne fussent jamais nés , que leurs yeux n'eussent jamais vu la clarté du soleil. Que leurs jours n'ont-ils été tranchés du moins dès leurs premières années ! que n'ont-ils été livrés en naissant au repos de la mort!
Si de bons préceptes pouvaient donner un bon esprit, nous verrions les enfants se former sur les principes de leurs pères , et le sage n'aurait pas à rougir de ses indignes fils : mais c'est perdre ses leçons que de vouloir changer le cœur des méchants.
Quel est donc l'insensé qui veut prendre mon esprit sous sa garde , et qui ne songe pas même à observer le sien?
Il est aisé de mener une vie commune sans faire beaucoup de bien , sans avoir à se reprocher beau-
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coup de mal. Mais c'est en combattant contre les obstacles qu'on parvient à la gloire. Ne crois pas cependant l'obtenir sans mesurer tes forces , et crains d'entreprendre avec un fol enthousiasme ce que tu es incapable d'exécuter.
Étudie les inclinations et les désirs de ceux que tu pratitjues ; apprends à t'y conformer! Ton ami veut te quitter , ne le force pas à rester auprès de toi ; il voudrait rester , ne l'engage pas à sortir; il dort , ne trouble pa^ son sommeil ; ne l'engage pas à dormir, quand il a dessein de veiller. Rien n'est plus insupportable que la contrainte.
Cher et malheureux ami , après avoir franchi la vaste étendue des mers, tu viens , dépouillé de tout, dans les bras d'un ami qui n'a rien. Je te prodiguerai du moins, dans mon infortune, ce que les dieux m'ont laissé de meilleur. Tu m'aimes , et je ne te dirai pas : Viens t' asseoir avec moi ; et je te cacherais le peu que je possède! Je n'irai point ailleurs cher- * cher de quoi te recevoir , mais ce que j'ai est à toi. Si Ton te demande comment je vis, réponds que je me soutiens avec peine, mais qu'enfin je me soutiens; que je suis trop pauvre pour secourir un grand nombre de malheureux, mais que je ne repousse pas l'ami qui se réfugie dans mon sein.
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Heureux qui peut dire : 0 ma jeunesse désormais écoulée, ô fâcheuse vieillesse qui t'approche, jamais vous ne m'avez vu , vous ne me verrez jamais trahir un ami fidèle ; jamais vous ne trouverez rien de vil dans mon cœur! Il est satisfait ce cœur, et je puis me livrer san& trouble et sans remords à k joie des festins, quand mes oreilles sont frappées du doux son de la flûte, et quand mes doigts pincent les cordes harmonieuses delà lyre.
LU
Vois cette tète penchée , ce col tors , ces regards obliques, et reconnais Tâme ignoble et fausse d'un f'sclave.