‹ Moralistes grecsChapitre 64 sur 81 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

J'ai perdu ma fortune par la confiance ; c'est par la défiance que j'en ai sauvé les débris : mais il est bien difficile de n'être pas trop défiant, ou confiant àl l'excès.

Liqueur douce et funeste, présent de Bacchus, jeté loue et condamne. Je ne puis ni t'estimer ni te haïr : tu fais le bien, tu fais le mal. Qui pourra te mépriser? et quel sage osera te célébrer? O mes amis ! goûtez modérément de ce vin que produisent les vignes de Taygète, ces vignes que planta sur le penchant de la colline le vieux Théotime, chéri des dieux : le triste souci fuira de vos cœurs, vous y sentirez pénétrer la douce gaieté.

Tu es juste ; que ta vertu fasse ta récompense et ta félicité. Les uns diront du bien de toi, les autres en parleront mal. Le sage doit s'attendre à l'éloge, il doit s'attendre à la satire ; et le plus heureux des mortels est celui dont on s'occupe le moins.

Puisse l'abondance et la paix régner dans ma patrie ! Puissé-je sans crainte me livrer avec mes amis aux plaisirs innocents de la table! Puisse mes yeux ne voir jamais Thorreurdes combats! Si la guerre n'intéresse pas ti^ patrie, n écoute pas la voix tonnante du héraut qui t'appelle aux armes : mais si Tétat est attaqué, si reonemi s'approche, si tu entends déjà les hennisfiements des chevaux aux pieds légers apprends que tu ne peux sans opprobre refuser ton sang a tes concitoyens.

XCH.

Tout mortel a fait du bien, tout mortel a fait du mai ; nul ne peut se vanter d'être parfaitement sage.

xaii.

Qu'un homme évite la dépense, qu'il ne soitocmpé que du soin d'amasser, on vante sa prudence, i'il nous était donné de prévoir le terme de nos jours, •i nous savions combien de temps il nous reste encore ivant de descendre dans la demeure du Pluton, il erait raisonnable que celui qui aurait le plus de emps à vivre, fit de plus grandes épargnes pour ce [ui lui resterait de jours. Mais, hélas! et c'est ce qui a'afflige, nous sommes loin de cette connaissance, e me tourmente, et ne sait comment sortir de ma

lK?rplexit<». Placé dans un carrefour, plusieurs chemins s'offrent (levant moi ; lequel dois-je choisir? Tourmenterai-je ma vie, contenta me tout refuser? Vivrai-je dans les délices, heureux du plaisir de ne rien faire? J'ai connu un homme riche; il s'épargnait jusqu'à la nourriture. Pendant qu'il amassait pour vivre, lamortestvenuelesurprendre. Il s'était épuisé de travail ; jamais il n'avait fait de bien à personne : des inconnus ont envahi ses trésors. J'en ai vu un autre qui se livrait aux plaisirs de la table. Je mène, disait-il, une vie délicieuse. Pendant qu'il parlait, ses richesses se trouvèrent dissipées. II implore aujourd'hui l'assistance de ses amis, et ne trouve que des cœurs impitoyables.

Savez-vous ( e qu'il faut faire , mon cher DamcH clés.? Réglez votre dépense sur vos moyens. Poin^ de dissipation point d'épargne sordide. Ainsi vous! travaillerez , et ce ne seront pas les autres qui re-| cueilleront le fruit de vos peines : ainsi vous ne mendierez pas les secours des hommes durs qui vous réduiraient en servitude. Ménagez pour votre vieillesse ; les richesses sont alors bien nécessaires : ménagez même quekjue chose qui restej après vous ; car il ne se versera pas de larmes à votre enterrement, si vous ne laissez pas de quoi| les payer.

Von d hommes réunissent le mérite et la lïoanté:

BE THÉOGMS. 59 i

ce n'est pas un faible avantage de rassembler ces deux présents des cieux.

XGVI.

Tu as reçu un grand bienfait , et tu n'as montré que de l'ingratitude : retombe dans le même besoin, et retourne chez ton bienfaiteur.

J'ai bu dans cette fontaine ; l'eau m'en paraissait douce et l'impide : elle s'est troublée ; j'irai puiser <lans une autre source.

Avant de louer un homme , prends le temps de le bien connaître ; étudie ses inclinations , son caractère , ses mœurs. Il est des gens qui ne sont que fard ; habiles à cacher leur naturel pervers , ils ont une âme et un visage qu'ils savent prendre dans r occasion.

Jeune et brillant encore de toutes les fleurs du bel lige, profite bien de tes avantages, et livre ton âme à la vertu : les dieux ne te permettront pas de parcourir deux fois la carrière de la jeunesse. Les humains ne peuvent se soustraire à la mort : la vieillesse vient saisir leur tête de ses mains pesantes, elle leur reproche le temps vainement écoulé.

59â se?îtem:ks

Heureux et trop heureux qui , sans connaître enclore les peines de la vie, descend dans le noir asile des morts ! Heureux qui n'a pas eu le temps d'apprendre à redouter les pièges de la haine ; qui n'a pas assez vécu pour étudier Tâme douteuse de ses amis , et pour sonder les profonds replis de leurs (?œurs !

Les richesses cachent le vice ; et la pauvreté, la vertu.

eu.

Insensés ! nous pleurons les morts ! versons plutôt des larmes sur la fleur de la jeunesse qui se flétrit.

cm.

0 mon âme , âme insensée , h\re-toi donc à la joie ! Bientôt d'autres niortels vont me succéder , et je serai enseveli sous la terre.

GIV.

Si mon eimemi est homme de bien , je me gardrivai d'en, dire du mal : je ne louerai jamais le mérbant qui ni aime.

DB irufiOGNis., 595

O Plutus, le plus beau, le plus désirable des dieux, avec toi je puis faire le mal, je serai toujours hoanête homme.

Dans la joie des festins , j'oublie la pauvreté qut abat le cœur , je méprise le méchant dont la langue envenimée me poursuit : mais je gémis encore sur ma jeunesse , cette aimable jeunesse qui n'est plus ; je, verse des larmes sur la vieillesse qui me menace.

Riche , tu m'as reproché ma misère : les dieux ,. peut-être, m'enverront aussi des richesses.

CYUK

L'espérance est la seule divinité favorable qui soit restée parmi les humains. Les autres nous ont abandonnés , et sont montées sur l'Olympe. La Bonne Foi , la plus grande des immortelles , nous a délaissés : la Tempérance s'est retirée avec elle ; les Grâces ont fui loin de la terre. Il n'est plus de serment sacré , plus de mortel qui révère les dieux , plus de piété , plus de droits , plus de justice. Mais l'homme tant qu'il respire encore , tant qu'il voit la lumière du soleil , jouit des bienfaits de l'Espérance. Qu'il invoque les dieux , qu'il brûle en leur honneur les

394 SENTKNG^

cuisses brillantes des victimes ; mais que TEspérance reçoive les premiers et les derniers de ses sacrifices.

Je n aime, je ne désire pas les richesses. Puissé-je, vivant de peu , n'éprouver jamais les maux qui accompagnent la misère !

ex.

Il est indifférent après la mort d'être étendu sur des tapis ou sur des ronces , sur la roche ou sur lo duvet. Je ne dcsîre pas des biens que je ne pourrai sentir. Eh ! que nrimporle, après mon trépas, d'être couché dans la tombe des rois ?

Les œuvres du juste sont saintes, ses paroles sont sacrées : les vents emportent avec eux les paroles du méchant.

11 est diflicile de tromper celui qui nous veut du mal ; il est bien facile dVn imposer à l'àme confiante d'un ami.

DE PHOCYLIDE.

NOTE SUR PHOCYLIDE.

Phocyiide parut un peu plua tard que Théognis, et le copia quelquefois : il composa des poèmes héroïques, des élégies, des sentences morales ; il ne nous reste que quelques-unes de ces dernières.

n les a écrites en y ers comme Théognis ; mais il n'a pas, comme loi, revêtu ses pensées des ornements de la poésie ^ ; il n*a pas même cherché à les rendre piquantes par un tour ingénieux. C'est un législateur qui prescrit à Thomme ses devoirs ; il fait parler l'austère raison, et dédaigne de Tembellir. On a besoin d'art pour persuader; il est inutile quand on ordonne, et Phocyiide ordonne toujours. Il ne donne pas des avis, des leçons, mais des préceptes.

' Il n'a cl« luoins «niprunlc ilc 1m poëtic qut les deux cemparniiuMM dt la feiirmi «t de l'aboilU.

DE PHOCYLIDE.

Ne contracte pas de mariage furtif et scandaleux ne te livre pas à des amours infâmes.

Ne trame point de ruses , ne trempe point tes mains dans le sang.

ni.

Sache vivre de ce que tu as justement acquis ; méprise les richesses que procure l'iniquité. Content de ce que tu possèdes , ahstiens-toi de ce qui ne t'appartient pas.

ÏV.

Dans tout ce que tu dis , sois l'interprète de la vérité ; ne permets pas à ta houche le mensonge.

Que tes premiers respects soient pour les dieux ,

les seconds pour tes parents ; accorde à chacun ce qui lui est dû sans jamais te laisser corrompre.

Ne rebute point le pauvre. Que tes jugement^ soient dictés parla justice. Si tes jugements sont iniques , tu seras jugé par Dieu même à ton tour.

VIÏ.

Aie le faux témoignage en horreur. Que ta langue soit Torgane de Téquité.

YIII.

Respecte la virginité ; conserve toujours la bonne foi.

Tiens scrupuleusement la balance égale ; ne la laisse pencher d'aucun côté.

Crains en tout les extrêmes. En quelque chose que ce soit , la beauté résulte de la justesse des proportions.

Si tu prêtes un faux serment, ton ignorance même

DE PHOCYLIPE. 401

aete servira pas d'excuse. Quel que soit le parjure, la haine de Dieu le poursuit.

N'enlève pas les semences du laboureur : tout ravisseur est l'objet de l'exécration publique.

Ne retiens pas la récompense de l'homme laborieux; garde-toi d'opprimer le pauvre.

Que ton jugement conduise ta langue : ensevelis ton secret dans ton sein.

Non content d'être juste, ne permets pas l'injustice.

Donne à l'instant au malheureux ; ne lui dis pas de revenir le lendemain, et souviens-toi que c'est à pleines mains qu'il faut donner à l'indigent.

Sers de guide à l'aveugle , ouvre ta maison à l'exilé.

403 S£I<ITENC£S

Toute navigation est incertaine : prends pitié du malheureux qui a fait naufrage.

Présente la main à cefui qui tombe : sauve l'infortuné qui ne peut trouver d'appui. La douleur est commune à tous les hommes , la vie est une roue , et la félicité n'a rien de stable.

Si tu possèdes des richesses , partage-les avec le malheureux , et que l'indigence reçoive sa part de ce que Dieu t'a prodigué .

Puissent tous les hommes n'avoir qu'un sentiment, une fortune , une vie !

Ceins l'épée pour te défendre , et non pour frapper : et plût à Dieu que tu n'eusses jamais besoin de t'armer même pour une juste cause! car-tu ne peux donner la mort à l'ennemi, que tes mains ne soient souillées.

DB PHOCTLIDI. '403

XXUI.

Ne traverse pas le champ de ton voisin , et respecte son héritage. En tout , la modération est belle ; en tout , la transgression est condanmable.

Respecte dans la campagne le fruit qui n'est pas encore mûr.

Accorde aux étrangers les mêmes égards qu'à tes concitoyens. Nous sommes tous également soumis à l'infortune , et la terre elle-même n'offre point à l'homme un sûr appui.

L'avarice est la mère de tous lescrimes. C'est l'or qui conduit et qui égare les hommes. Funeste métal! que tu es un guide infidèle î Toi seul causes notre perte ; par toi seul tout est renversé. Plût aux dieux que tu ne fusses pas devenu pour nous un mal nécessaire ! c'est à toi que nous devons les combats, les rapines, les massacres : par toi , les pères ne trouvent que de la haine dans le cœur de leurs enfants , par toi , les frères deviennent les ennemis de leurs frères.

404 SllfTSIGIS

N'aie point un sentiment dans ton cœur, un autre sur tes lèvres. Ne ressemble pas au caméléon * , qui change de couleur comme de place.

• XXVIIÏ.

L*homme volontairement injuste est atroce. Je n'ose en dire autant de celui qui obéit à là nécessité : mais sonde bien le cœur du mortel que tu vois agir.

Ne t'enorgueillis ni de tes richesses , ni de ta force, ni de ta sagesse. Dieu seul est sage , seul il est riche et puissant.

Compatis aux malheureux ; ne sois pas ébloui de Téclat des grandeurs. L'excès du bien même est funeste aux mortels : plongés dans les délices, ils recherchent de nouvelles voluptés. La trop grande richesse conduit à l'orgueil et produit l'insolence; la chaleur du sang dégénère en manie : la colère est un

Ml y a dans Toriginal : Ne ressemble point au polype, etc., parce que les anciens croyaient que le polype de mer, lorsqu'il se voyait menacé de quelque danger, prenait la couleur de la roche à laquelle il s'était attaché.

DB PHOCTLIDE. 40S

mouvement passager; mais, exaltée, elle devient fureur.

Que les maux qui sont passés ne troublent point ton âme : il est impossible que ce qui est fait ne le soit pas.

Sache commander à ta main et mettre un frein à ta colère. Trop souvent celui qui frappe devient meurtrier malgré lui.

L'émulation des hommes honnêtes est louable : celle des méchants est funeste.

L'audace est pernicieuse dans les méchants ; elle est d'un grand secours à ceux qui veulent faire le bien.

L'amour de la vertu est honnête : l'amour charnel ne conduit qu'à la honte.

L'hompe d'un caractère aimable et doux fait le bonheur de ses concitoyens.

406 smTBifcis

N'envie pas le bonheur de tes égaux : ils ont des défauts; n'aie que de Tindulgence. C'est la félicité des dieux de ne pas connaître l'envie. La lune n'est i pas jalouse de la clarté plus brillante du soleil ; la terre, contente de sa place, n'ambitionne pas la hauteur des cieux ; les fleuves ne disputent pas de grandeur avec les mers : tout est uni dans la nature par une concorde éternelle. Si la discorde se mettait parmi les dieux, le ciel serait renversé.

Mange, bois, parle avec mesure. Conserve en tout la modération ; en tout, évite l'excès.

Fuis toute action honteuse, et conserve la tempérance. Ne suis point de dangereux exemples, et ne repousse l'injustice que par Téquité.

La persuasion produit les plus grands biens; les querelles et les plaintes n'engendrent que des plaintes nouvelles.

Ne crois pas légèrement : considère d'abord quel est le but de celui qui te parle.

D£ PHÔCYLIDK. 407

Il est beau de l'emporter en beaucoup de choses même sur ceux qui font le bien.

Il vaut mieux offrir à Tinstant à son hôte une table frugale, que de le faire attendre pour lui donner, peut-être à contre-cœur, un repas splendide.

Ne sois pas pour le pauvre un créancier rigoureux.

N'enlève point à la fois tous les oiseaux du nid : respecte au moins la mère pour avoir encore des petits.

Ne permets point à l'ignorant de remplir les fonctions de juge.

Il n'appartient qu'au sage d'enseigner la sagesse , ^t qu'à l'artiste de prononcer sur l'art.

408 SKIfTlDICES

L'ignorant est incapable d'entendre les choses élevées ; on n'est propre à rien quand on n'a pas cultivé son esprit.

N'attire pas dans ta société de flatteurs parasites : ils n'aiment que la bonne chère, achètent un bon repas par leurs lâches caresses , se piquent aisément , et ne sont jamais satisfaits.

Ne mets pas ta confiance dans le peuple, il est toujours inconstant : le peuple , le feu et l'eau ; ne peuvent être domptés.

Conserve la modération même dans les sacrifices que tu offres aux dieux.

LU

Accorde un peu de terre aux morts privés de sépulture , et ne trouble point la paix des tombeaux. Ne montre point au soleil ce qui doit être caché , et n'attire pas sur ta tète la vengeance divine.

DK PHOCTLIDE. 40U

Sera-t-il permis à rhomme de dissoudre ce qui fut lié par le créateur? Nous croyons qu'un jour les reliques des morts sortiront de la tombe, reparaîtront à la lumière, et seront mises au rang des dieux. Dans les cadavres pourrissants , les âmes restent incorruptibles; car Tesprit est Timage de Dieu, qui ne fait que le prêter aux mortels. C'est de la terre que nous recevons nos corps ; ils doivent se résoudre en terre, et ne seront plus qu'une vile poussière : Tesprit sera rendu à Tair pur dont il est formé * ?

N'épargne pas tes vaines richesses; souviens-toi que tu es mortel. Jouirons-nous de nos richesses dans les enfers? Y porterons-nous nos trésors?

Tous les morts sont égaux , et Dieu commande aux âmes. Tous seront reçus dans les demeures éternelles, tous auront une commune patrie , et les mêmes lieux attendent et les pauvres et les rois.

Mortels, nous avons peu de temps à vivre; quel-

' Tout ce que les anciens avaient pu faire pour se former une idée de la spirîtualité de Tâme était d« la comparer au feu, mens ignea, ou au souffle, pneumaf apirttus, anima.

ques instants nous sont accordés. Mais Tâme n'éprouvera pas la vieillesse , et jouira d'une éternelle vie.

Ne te laisse pas accabler par le malheur, ni transporter par les événements heureux. Il faut se défier souvent dans la vie de ce qui paraît le plus assuré.

Apprends à te conformer aux circonstances, et ne souffle pas contre le vent. Un instant amène la douleur , un instant amène la consolation.

La raison est une arme plus pénétrante que le fer.

Dieu a distribué des armes à tout ce qui existe. L'oiseau a reçu la vitesse , et le lion la force , le taureau se défend par ses cornes, et Tabeille par son aiguillon : la raison est la défense de l'homme.

La sagesse est inspirée par Dieu même ; rien n'est supérieur à la raison qu'elle conduit. L'homme qui

Dl PHOCYLIDE. 411

n'a que de la force ne peut se mesurer avec le sag«. C'est la sagesse qui règle les travaux du laboureur , c'est elle qui régit les cités, elle qui dompte les mers.

Ne te pique pas d'une ambitieuse et bruyante éloquence : ne cherche pas à briller par tes discours , mais à les rendre utiles.

C'est se rendre coupable que de cacher un scélérat et de procurer au crime Fimpunité. Dévouer le méchant à la haine , voilà notre devoir : vivre avec des criminels, c'est s'exposer à mourir avec eux.

Ne reçois point en dépôt le butin du brigand. Celui qui vole et celui qui récèle sont coupables du même crime.

Use sobrement de ce que tu possèdes , et , par de folles profusions , ne te condamne pas toi-même à l'indigence.

Ne rassemble pas en plus grand nombre que tu

n'en peux nourrir de ces animaux qui aident l'homme à tirer de la terre sa subsistance.

Distribue à chacun la portion qui lui est due ; rien n'est préférable à Téquité.

Remets dans son chemin le voyageur qui s'égare ; arrache à la fureur des flots le malheureux qu'ils vont engloutir.

Relève même le cheval de ton ennemi mortel qui est tombé sur la route. Il est bien doux d'acquérir un ami sincère dans la personne de son ennemi.

Ne compose pas de poison , ne consulte pas de livres de magie.

Coupe le mal dans sa racine ; guéris la plaie avant qu'elle soit envenimée.

Ne mange point l'animal égorgé par d'autre» ani-

DB PHOCYLIDE. il 5

maux; abandonne aux chiens ces restes impurs. C'est aux bétes féroces à se dévorer mutuellement.

LXXm.

Respecte la pureté des tendres vierges, ne leur prends pas même la main avec violence.

Lorsque la guerre s'allume, fuis les querelles elles dissensions.

Ne te nourris pas des restes d'une table étrangère. Dois à toi-même ta subsistance, et ne l'achète pas au prix de l'ignominie.

Ne verse pas tes bienfaits sur les méchants ; c'est semer sur les vagues de la mer.

Travaille : tu dois payer ta vie partes travaux. Le paresseux fait un vola la société.

N'as-tu pas appris de métier? va donc bêcher la

terre. Donne-toi de la peine, tu ne manqueras pas de travaux. Veux-tu te livrer à la navigation? les mers te sont ouvertes. Veux-tu trouver des occupations champêtres? les campagnes sont assez vastes.

Sans le travail, rien n'est facile à Thomme, ni même aux immortels : le travail ajoute encore à la vertu.

Lorsque les fruits des campagnes dépouillées par le tranchant de lafaucilleviennentde récompenser les travaux du laboureur, les fourmis quittent leurs demeures souterraines, et reparaissent, chassées de leurs retraites par le besoin; elles recueillent les grains d'orge ou de froment abandon nés dans lesguérets, et la fourmi qui traîne sa charge avec peine est suivie d'une autre fourmi chargée d'un semblable fardeau. Ce peuple, faible à la fois et laborieux, ne se laisse pas vaincre par la fatigue, et ramasse pour l'hiver les bienfaits e l'été.

Fille de l'air, la diligente abeille ne se livre pas à des travaux moins assidus. Elle choisit pour son atelier la fente d'une roche ou le creux d'un chêne antique. C'est là qu'elle dépose le suc précieux qu'elle a

DE PHOCTLIDB. 415

recueilli de mille fleurs : elle en forme des palais innombrables de cire ; elle en distille Je miel le plus délicieux.

Ne garde pas le célibat si tu ne veux pas finir tes jours dans l'abandon. Rends à la nature ce que tu lui dois : tu as été engendré tu dois engendrer à ton tour.

Ne prostitue pas l'honneur de tafemme ; n'imprime pas une tache flétrissante à tes enfants. Dans le lit d'un adultère naissent des enfants qui ne se ressemblent pas.

Respecte les secondes noces de ton père ; que le lit de sa nouvelle épouse soit sacré pour toi. Révère-la comme ta mère, dont elle a pris la place.

Ne t'abandonne pointa des amours effrénées. Non, l'amour n'est point un dieu ; il est de toutes les passions la plus dangereuse et la plus funeste. Mais chéris la compagne de ton sort. Quelle douceur, quelle félicité, quand une sage épouse est aimée de son époux jusqu'à la dernière vieillesse, quand il lui rend toute la tendresse qu'elle lui prodigue, quand

4i6 SENTENCES

les querelles n'ont jamais divisé ce couple heu-

reux

Abstiens-toi de toute union charnelle qui ne soit pas précédée d'un contrat, et qui ne soit fondée que sur la violence ou la séduction.

Ne crains pas moins d'épouser une méchante femme ; et que l'appât d'une funeste doit ne te rende pas l'esclave d'une épouse indigne de toi. Imprudents que nous sommes I on nous voit courir toutes les maisons d'une ville pour nous procurerdes coursiers de race généreuse, des taureaux vigoureux, et des chiens ardents à la chasse : mais nous ne prenons aucune peine pour trouver nne femme vertueuse. Les femmes, non moins éblouies par l'éclat de l'or, ne refusent pas de riches et méprisables époux.

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