LXXXVIII
N'ajoute pas des noces nouvelles à tes premières noces, ni de nouvelles douleurs à tes premières calamités.
Ne montre point à tes enfants un visage sévère ; que ta douceur gagne leuramour. S'ils font quelque faute,
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fais-les corriger par leur tendre mère, fais-les reprendre par les plus anciens de ta famille et par de respectables vieillards.
Ne souffre pas que tes fils soient frisés comme de jeunes filles, et qu'ils laissent mollement flotter sur leurs épaules les boucles de leurs cheveux. C'est aux femmes que sied bien le soin de leur chevelure ; cette vanité est indigne de Thomme.
Tes enfants ont-ils reçu le dangereux avantage de la beauté? veillesur tes filles, défends-les des attaques de la fureur licencieuse. Que des clefs te répondent de la couche de tes filles; ne permets pas qu'avant le mariage leurs attraits soient aperçus hors du seuil de ta porte. C'est une garde difiîcileque celle de la jeunesse unie à la beauté.
Aime ta famille, et fais-y régner la concorde. Respecte les cheveux blancs, cède la place à la vieillesse, et ne lui dispute jamais les honneurs qui sont dus à cet âge vénérable. Rends au sage vieillard tous les hommages que ton père recevrait de toi.
Ne prive pas les ministres des autels de la portion de» victimes qui doit leur appartenir.
4i8 SIIfTENCBS DE PHOCTLIDB.
Accorde à tes domestiques une nouriture saine et suffisante. Tu veux qu'ils te chérissent, ne leur refuse pas ce qu'ils ont droit d'attendre de toi. N'abuse pas du pouvoir que la fortune t'a donné sur eux, et n'ajoute pas de nouvelles peines à leurs maux , un nouvel avilisement à leur humiliation. N'accuse pas l^èrement auprès de son maître un domestique étranger.
XÇV.
Ton valet est-il prudent? ne rougis pas de prendre ses conseils.
XÇVI.
Ton âme est-elle saine ? Ton corps sera toujours pur.
Telles sont les lois de la justice : conformes-y ta conduite, le bonheur t'acompagnera jusqu'à la dernière vieillesse.
DES SAGES DE LA GRÈCE
DES SAGES DE LA GRÈCE
On a de tout temps abusé des mots. La force , et le courage qu^elIe inspire , constituèrent chez les Romains ce qu'ils appelèrent vertu. Un chanteur habile obtient dans l'Italie moderne le titre de vertueux. On serait tenté de croire que les Grecs furent plus sensés ; ils appelaient sage le mortel éclairé qui se mettait au dessus du vulgaire par des connaissances alors peu communes dans Tart de gouverner ses semblables : mais on ne sait plus que penser quand on les voit décorer de ce beau titre un tyran cruel.
Le vrai sage , peu connu , peu curieux de se faire connaître , jouit de sa vertu , et n'affecte pas de montrer les larmes qu'il répand sur les vices et les malheurs de l'humanité : il a fait le bien en silence ; il a mérité des amis , et ne s'est pas fait un parti ; il vit et meurt dans l'obscurité.
S'il a de grands talents , s'il veut les rendre utiles , il emporte souvent an tombeau la douleur d'avoir perdu le fruit de son zèle : ses ingrats contemporains n'ont payé ses travaux que de leur haine ; il aura des autels dans le cœur de leurs descendants.
On ne s'accorde pas sur le nombre des sages de la Grèce. Quelquesuns n'en ont admis que quatre, d'autres en ont porté le nombre jusqu'à dix-sept : on a même quelquefois compris entre eux Anacbarsis, qui n'était pas Grec, et ce fameux donneur qui éprouva dans une caverne un sommeil de cinquante-sept ans. Youlait-on faire entendre qu'il faut aller chercher la sagesse dans le pays des fables?
Nous suivrons l'opinion commune, qui n'admet que sept sages.