‹ Moralistes grecsChapitre 67 sur 81 · SOLON · texte numérisé non relu

SOLON

Les anciens nous apprennent que Solon descendait de Codras, dernier roi d'Athènes. La noblesse athénienne ne méprisait pas le commerce : il s'y livra. Ses mœurs n'étaient pas austères. Un homme qui, de nos jours, imiterait sa vie molle et délicate, qui ferait des vers aussi licencieux, et qui montrerait les mêmes goûts dans ses amours, n'obtiendrait pas généralement la réputation de sage. «

Il ne se livra point à la physique, qui ne consistait alors qu'en de vaines spéculations, et qui négligeait l'observation et l'expérience. La partie de la morale qu'on a depuis appelée politique, fit le seul objet de ses études.

Les Athéniens gémissaient sous les lois de Dracon, qui punissaient | indifféremment de mort toutes les fautes ; ou plutôt ils vivaient dansj l'anardiie, parce que des lois atroces ne trouvent pas d'exécuteurs. Solon fut choisi pour donner de nouvelles lois à sa patrie.

Il ne chercha ni à flatter ceux qui lui avaient procuré cet auguste emploi, nia plaire aux hommes puissants. Cependant sa législation! ne put échapper à la critique^ et lui-même n'en était pas satisfait, i u Je n'ai pas donné aux Athéniens, disait-il, les meilleures de« lois : |

DIS SAGES DE LÀ GHÈCK. 425

V Diais je leur ai donné les meilleures lois qu^ils fussent capables de -n recevoir, n

Tout le monde sait le mot d^Anacharsis : a A quoi t'occapes-to, » mon cher Solon? Ne sais-tu pas que les lois sont des toiles d*arai-

V gnées? les faibles s'y prennent ; le puissant les déchire. »

On loi reproche d'avoir trop favorisé le peuple : c'est qu'il l'aimait ; c'est qu'il voyait avec douleur combien les hommes puissants ont de moyens d'opprimer le pau-vre, et combien le pauvre en a peu de se défendre.

Il est certain qu'il donna un grand pouvoir au peuple en le rendant juge en dernier ressort de toutes les causes : et plus encore, en faisant ses lois si obscures, qu'il fallait sans cesse recourir au peuple pour les interpréter.

Il donna ses lois 594 ans avant l'ère vulgaire, et mourut à l'âge de quatre-vingts ans. Il s'était flatté d'assurer pour toujours la liberté de ses concitoyens; et il eut la douleur de voir Pi8i8trate5 son ami, son parent, usurper la tyrannie.

GHILON.

Chilon de Lacédémone fut revêtu de la dignité d'éphore, ôâô ans avant notre ère. Ses jugements furent toujours dictés par la justice^ et il se reprocha toute sa vie de l'avoir fait éluder une fois. Un de ses amis s'était rendu coupable ; il eut le courage de le condamner, mais il lui conseilla d'appeler de son jugement. Telle est la faute qu'il ne pouvait se pardonner ; il est absout partons les cœurs sensibles.

Son éloquence était celle de son pays; toujours forte^ toujours renfermée dans peu de paroles.

II mourut de joie en embrassant son fils, qui, dans les jeux olympiques, venait d'être vainqueur au combat du ceste.

PITTAGUS.

Pittacus, de Mitylène, dans l'île de Lesbos, défit et chassa le tyran Mélanchre qui opprimait sa patrie. Élevé lui-même à la souveraineté

424 DBS SAGES DE LA GRÈCE

par le vœu de ses concitoyens, il conserva dix ans la puissance poar assurer leur bonheur, abdiqua de lui-même, et leur rendit la liberté. 11 battit les Athéniens, et tua de sa main leur général.

Il écrivit un ouvrage en prose sur les lois, et composa un grand nombre de vers. Il préférait aux grandeurs et à la fortune les dou' ceurs de la médiocrité, et renvoya un riche présent que lui faisait Ciésus.

Né dans l'obscurité, il eut la faiblesse d^épouser une femme d'une haute noblesse, qui le rendit malheureux par son orgueil.

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