SOLON
Les courtisans ressemblent à ces jetons dont on se sert pour compter ; ils changent de valeur au gré de celui qui les emploie.
Bien des méchants s'enrichissent, bien des hommes vertueux languissent dans la misère. Voudrais-je donner ma vertu pour les trésors du méchant ? Non, sans doute : je puis consei*ver mon cœur dans toute sa pureté ; les richesses changent tous les jours de maîtres.
Ne donne pas à tes amis les conseils les plus agréables, mais les plus avantageux.
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Soluii avait perdu son fils et le pleurait. On lui représenta qu'il ne pouvait lui faire aucun bien par ses larmes, ce C'est pour cela même que je pleure, » répondit-il.
Sage Athénien , lui disait Crésus , ma fortune te parait donc bien peu de chose, puisque tu ne daignes même pas me comparer à de simples citoyens ? Crésus , répondit le sage, pourquoi m* interroger sur les prospérités humaines , moi qui sais combien la fortune est envieuse et changeante ? Dans un long espace d'années, on voit bien des choses qu'on n'aurait pas voulu voir ; on souffre bien des maux qu'on n'aurait pas voulu supporter. Je vois bien que vous possédez de grandes richesses , que vous régnez sur des peuples nombreux : mais puis-je vous appeler heureux , si j'ignore quelle sera le fin de votre carrière ? Si la fortune n'accorde pas au riche de terminer heureusement sa vie , il n'est pas plus heureux avec tous ses trésors, que le pauvre qui gagne chaque jour de quoi vivre. Combien ne trouve-t-on pas de mortels opulents qui sont en même temps malheureux ! Mais on trouve aussi des hommes qui vivent contents dans fa médiocrité. Il est impossible au même homme de rassembler en lui tout ce qui fait le bonheur. Un seul pays ne réunit pas les productions de toutes les espèces : il en a quelques-unes , il lui en manque d'au-
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très , et le meilleur de tous est celui qui en rassemble le plus. De même un seul homme ne possède pas tous les avantages : il jouit de quelques-uns , d'autres lui sont refusés : mais celui qui en a constamment le plus grand nombre , et qui termine heureusement sa vie , voilà l'homme que j'appelle heureux. Combien de mortels les dieux n'ont comblés de toutes les faveurs de la fortune , que pour les plonger ensuite dans la dernière des calamités ?
La maison la plus heureuse est celle qui ne doit pas ses richesses à l'injustice, qui ne les conserve pas par la mauvaise foi , à qui ses dépenses ne causent pas de repentir.
Il se commettrait peu de crimes, si les témoins de l'injustice n'en étaient pas moins indignés que les malheureux qui en sont les victimes.
XVÏII.
Tant que tu vivras , cherche à t'instruire : ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison
La société est bien gouvernée quand les citoyens
obéissent aux magistrats , et les magistrats aux lois.
Redoute la volupté ; elle est mère de la douleur.
Ne te hâte ni de faire des amis nouveaux, ni de quitter ceux que tu as.
XXIÏ.
Ou n^approche pas des rois, ou dis-leur ce qu'il leur est utile d'entendre.
XXUI.
Garde-toi bien de dire tout ce que tu sais.
Solon gardait le silence à table. Pourquoi ne dis4u rien? lui demanda Périandre : est-ce sottise? est-ce stérilité? Ne sais-tu donc pas, lui répondit Solon , qu'il est impossible au sot de se taire dans un repas?