LOI
LOHEXGRIX
homme. — Ah ! le voilà ! le voilà ! le voilà ! Mais regardez plutôt vous-même !
Les mouettes repiaulaient en détresse vers les volièresdortoirs du Phare.
En effet, ô beau soir...
De l'horizon, au ras des flots résignés, dans l'enchantement de la Pleine-Lune écarquillée, s'avançait, merveilleusement et le col en proue, un grandissime cygne lumineux, chevauché d'un éphèbe, en armure radieuse, tendant les bras, sublime de confiances inconnues, vers le Rivage Tribunal!...
Et nos bourreaux de se changer en badauds, attroupés sur la grève, autour d'Eisa effarée, qui peut à peine articuler : « Ne vous bousculez donc pas ainsi ! Vous ne voyez « donc pas que vous me chiffonnez ma toilette ! »
Et les bourreaux badauds :
— Quel est cet honnêteChevalierquis'avancesurlesmers, mélodieux de bravoure, franc comme les cimes, le front caroncule de Foi ? Quelles Fêtes ! O Eisa, nous te félicitons, sans arrière-pensée ; tu auras au moins de beaux enfants. Et comme il chevauche, cet oiseau séraphique, avalanche faite cygne ! Oh ! c'est, pour le moins, Endymion lui-même, le petit jeune homme de Diane. Et que le son de sa voix doit être... providentiel !
Il arrive, glissant, grandissant, magique, gardant sa pose, sûr de tout !
Que sa famille doit être riche et raffinée ! Oh, dans quels bosquets enchantés prend-elle des glaces, à cette heure?
Est-ce loin, si loin que ça? Y a-t-il longtemps qu'il est en voyage, lui?...
Le voici ! Que c'est Lui ? Oh, quelle pourrait avoir avec lui des incompatibilités d'humeur?
Legentil Chevalier a mis le pied sur le rivage. Mais avant tout, flattant de la main le col en proue de son beau cygne taciturne et tout héraldique :
« Adieu et grand merci, mon beau cygne quadrige, ^< reprends ton vol contre cet horizon qu'obstrue la Pleine- « Lune, franchis les giboulées d'étoiles, double le cap du « Soleil, et revogue entre les berges caillées des myriades de « la Voie-Lactée, vers nos lacs sans pareils de Saint-Graal ; « va, mon petit cœur ! »
Le cygne éploie ses ailes, et, s'enlevant tout droit dans un frémissement imposant et neuf, cingle, cingle à pleines voiles et bientôt s'efface tout par delà la Lune.
Oh, sublime façon de brûler ses vaisseaux ! Noble fiancé !
Quand on l'a dûment perdu de vue, silence glacial et un peu provincial. Le Chevalier s'avance, à peine intimidé, et dit:
« Je ne suis nullement Endymion. J'arrive tout droit de « Saint-Graal. Parsifal est mon père; je n'ai jamais connu « ma mère. Je suis Lohengrin, le Chevalier-Errant, le lis « des croisades futures pour l'émancipation de la Femme. « Mais, en attendant, j'étais trop malheureux dans les « bureaux de mon père. (Je suis un peu hypocondre par « nature.) Oh ! Je viens épouser la belle Eisa au col de
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« cygne, qui habite parmi vous. Allons, où est sa mère que « je lui parle... »
— Eisa est orpheline comme toutes les Vestales, proclame le Héraut.
— Vraiment ! Oh ! la voici, je la reconnais bien ! Oh ! pourquoi te cachais-tu ? Oh ! les belles plumes de paon ! Qui te les a données ? Je te les expliquerai à l'aube ! Mais que tes yeux sont donc... beaux ! que toute ta personne est... accomplie !
Ils tombèrent ensemble aux genoux l'un de l'autre ; ensemble, mais, hélas! plus ou moins fatalement.
— Bon Chevalier, tout ce que je suis, tout ce que je puis être, mon passé compris, je le prosterne à votre merci. Vous le saviez déjà, et je ne m'en dédis pas.
— Eisa ! non, non, tu es trop précieuse ! (Quel divin spécimen humain !) Relève-toi !
— Je ne suis en effet pas mal ; mais vous m'apprendrez à me connaître à fond. Je suis si susceptible d'éducation! Doisje vous tutoyer aussi ?
— O ma petite Rosière des Missels !
— Cela vous plaît à dire.
Et alors ! en avant les tocsins nuptiaux ! les cloches, les cloches de la Ville ! Les cloches des beaux dimanches sur les provinces tranquilles ! Allégresse du linge propre, comme si on ne s'était pas sali toute la semaine ! Décente allégresse des pensionnats endimanchés passant sous le grand portail de la cathédrale ! Les cloches ! Les cloches ! Des jeunes, des inquiètes, des sacrées, mais toutes alternant
sans marchander en un même hymne d'avenir! Ah! les cloches qui sonnent, n'est-ce pas : « La pure nappe est « mise! Voici la brioche. Dites-vous : voici ma chair et « voici mon sang ! »
Les trois vilains prêtres élèvent par trois fois les encensoirs trop bourrés et fumants à l'égard de la Pleine- Lune, tout en topaze, et toute placide dans ces étranges fétichismes.
Et l'on monte processionnellement au Temple, vers les illuminés Jubés nuptiaux, les grandes orgues déchaînant déjà les Hosannah ! et les Crescite et multiplie amini l
— Savez-vous le latin ? demande Eisa.
— Comme ça ; et vous-même ?
— Oh ! je ne suis pas si pédante que cela !Jene suis qu'une jeune fille. Et puis, il paraît que le latin dans les mots brave l'honnêteté, je l'ai lu dans un almanach...
Ils s'agenouillent devant la Sainte-Table inviolablement drapée de linges, sous un dais d'oriflammes tout agitées des rafales d'allégresse des grandes orgues.
— On commence... Et cela se déroule à grand renlort de sacré...
Les Valves d'or du Tabernacle déhiscent, et c'est l'Ostensoir, à patène de lune, démailloté de ses langes, présenté sur un manuterge.
Ils en communient éperdument, sans regards réciproquement obliques.
— Oh ! dit Lohengrin, pour ma part, je suffoque sous tes yeux !
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Il mouille de longues larmes lustrales les linges de la Sainte-Table.
— Tu verras comme je suis gentille, assure-t-elle tout bas. Comment! tu claques des dents! Mais ne t'impressionne donc pas ! Moi je ne crois à rien d'ici ! ma parole, je considère leur Lune comme une marâtre, une glabre idole de vieux.
— Non, vois-tu, ce sont ces orgues...
— Ah ! tu sais, j'adore la musique, moi ! Les soprani des tribunes ululaient :
« Orphelins énamourés, les prairies de la jeunesse atten- « dent vos hanches défaillantes. Titubant et bêlant le long <.< des ritournelles des nocturnes loriots de vos cœurs, et vous « flagellant d'étamines choisies, hypnotisez-vous devers la « Lune, pour la saison des semailles, et caressez-vous ensuite « bien singulièrement pour déchrysalider vos papillons de « nuit ! Car tout le reste n'est que Désir. »
Enfin, l'orgue dévidant l'écheveau d'une fugue sur le thèmeconnu : « Use fait tard v*, on sort moins processionnellementqu'on n'était entré,brisé de tant d'émotions contraires.
La nuit serait chaude. Les toits, les grèves, la ville et la campagne dorment gelés de lune; les pelouses de la mer miroitent inondées de clair de lune de gala; l'espace est tout saupoudré d'une invisible manne de sortilège.
L'éblouissante hostie est au zénith ! Et l'on aurait presque envie de détacher les gondoles pour aller là-bas, sur l'eau miroir, capturer avec un filet son immobile image si en hostie éblouissante !...
Et leur livrant ce spectacle d'un geste, le Concile crie au couple le jeu de mots traditionnel devant cet étalage de blanc : Allez, enfants ! la nappe « est mise ».
Oh ! la nappe
Des agapes !
Allez-vous-en, gens de la noce, Allez-vous-en chacun chez vous, Demoiselles en mal d'époux, Que l'an prochain Dieu vous exauce !
Les chœurs se perdirent, leur duo, les pauvres.
laissant ces enfants seuls à
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