‹ Moralités légendaires. Avec des vignettes gravées sur boisChapitre 16 sur 30 · PAN ET SYR · texte numérisé non relu

PAN ET SYR

Avril ! Avril (ici un ritardendo à mourir) Notre bonheur ne tient qu'à un fil !

PAN ET LA SYRI1

Epiphanie ! Epiphanie !

Et alors, tout mon génie !

Assez travaillé pour ce matin. Pan relève la tête. Elle est là, à sourire, comme désarmée par ce grand enfant et un peu aussi grâce à la beauté exceptionnelle de cette matinée.

Pan n'aurait qu'à répondre à ce sourire par un brave sourire! Il croit plus à propos de hausser supérieurement les épaules et de prendre un air amateur.

Quels yeux étonnants, ma parole, ô vous, qui que vous soyez ! Et ce visage si aminci du bas ! Et cette moue si légitime ! Rêvez-vous parfois d'être autrement, quand vous vous regardez dans le miroir des sources?

— Mais non, puisqu'on a le visage de son âme, et que mon âme ne saurait donc concevoir plus elle-même que mon visage. C'est un cercle vicieux, je vous reconnais bien là.

— Il est heureux que vous soyez déesse : sans cela, un temps viendrait, celui de la vieillesse, où votre âme concevrait un autre visage que le sien.

— Je n'y avais pas songé. Vous êtes bien réaliste.

— Je suis Pan.

— Pan qui ?

— Je suis... bien peu en ce moment, mais en général je suis tout, je suis le tout s'il en fût. Comprenez-moi, c'est moi qui suis et la plainte du vent...

— Et Eole, alors ?

— Mais non, comprenez-moi ! Je suis les choses, la vie, les choses, classiquement, en un sens. Non, je ne suis rien. Ah ! je suis bien malheureux! Si, du moins, j'avais un

instrument plus riche que ce galoubet ! je vous chanterais tout ce que je suis ! Oh ! je chanterais fantastiquement ! La sobriété classique me fait rire ! Des Kyrie, des Gloria in excelsis, et puis des airs gracieux et un peu vifs de mon pays natal.

— Voyez, les hommes ne peuvent jamais être clairs devant la femme! Ils devraient faire leur déclaration en bon français, c'est-à-dire en noble et léger dialecte ionique. Non, il leur faut tout de suite la musique ! la musique si communément infinie...

Pan se dresse furieux !

— Et vous autres ! Rien que le son de votre voix. Vous, tenez, la seule musique de votre voix ! Est-ce plus loyal, cela? Oh ! oh ! misère ! misère des deux côtés, en vérité !

Il se roule devant elle, dans les thyms, comme un sale Caliban, et gémit. Elle, le considère de tous ses grands yeux qui sont compatissants, compatissants avec distinction.

Pan se remet ; et d'un ton suprême :

— En somme ! Voyez, ô noble Vierge, ô qui que vous soyez, vous qui avez pourtant une forme connue ! La journée s'avance et je n'ai jamais aimé. Voulez-vous vous laisser être tout pour moi, au nom de Tout ?

Un silence (temps perdu pendant lequel toute la campagne continue à être heureuse).

La nymphe Syrinx se dresse lentement de toute sa beauté. Elle dit sobrement :

— Je suis la nymphe Syrinx ; un peu naïade aussi, car mon père est le fleuve Ladon au beau torse, à la barbe fleurie. Je revenais du mont Lycée...

PA

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