PAN ET SYR
Avril ! Avril (ici un ritardendo à mourir) Notre bonheur ne tient qu'à un fil !
PAN ET LA SYRI1
Epiphanie ! Epiphanie !
Et alors, tout mon génie !
Assez travaillé pour ce matin. Pan relève la tête. Elle est là, à sourire, comme désarmée par ce grand enfant et un peu aussi grâce à la beauté exceptionnelle de cette matinée.
Pan n'aurait qu'à répondre à ce sourire par un brave sourire! Il croit plus à propos de hausser supérieurement les épaules et de prendre un air amateur.
Quels yeux étonnants, ma parole, ô vous, qui que vous soyez ! Et ce visage si aminci du bas ! Et cette moue si légitime ! Rêvez-vous parfois d'être autrement, quand vous vous regardez dans le miroir des sources?
— Mais non, puisqu'on a le visage de son âme, et que mon âme ne saurait donc concevoir plus elle-même que mon visage. C'est un cercle vicieux, je vous reconnais bien là.
— Il est heureux que vous soyez déesse : sans cela, un temps viendrait, celui de la vieillesse, où votre âme concevrait un autre visage que le sien.
— Je n'y avais pas songé. Vous êtes bien réaliste.
— Je suis Pan.
— Pan qui ?
— Je suis... bien peu en ce moment, mais en général je suis tout, je suis le tout s'il en fût. Comprenez-moi, c'est moi qui suis et la plainte du vent...
— Et Eole, alors ?
— Mais non, comprenez-moi ! Je suis les choses, la vie, les choses, classiquement, en un sens. Non, je ne suis rien. Ah ! je suis bien malheureux! Si, du moins, j'avais un
instrument plus riche que ce galoubet ! je vous chanterais tout ce que je suis ! Oh ! je chanterais fantastiquement ! La sobriété classique me fait rire ! Des Kyrie, des Gloria in excelsis, et puis des airs gracieux et un peu vifs de mon pays natal.
— Voyez, les hommes ne peuvent jamais être clairs devant la femme! Ils devraient faire leur déclaration en bon français, c'est-à-dire en noble et léger dialecte ionique. Non, il leur faut tout de suite la musique ! la musique si communément infinie...
Pan se dresse furieux !
— Et vous autres ! Rien que le son de votre voix. Vous, tenez, la seule musique de votre voix ! Est-ce plus loyal, cela? Oh ! oh ! misère ! misère des deux côtés, en vérité !
Il se roule devant elle, dans les thyms, comme un sale Caliban, et gémit. Elle, le considère de tous ses grands yeux qui sont compatissants, compatissants avec distinction.
Pan se remet ; et d'un ton suprême :
— En somme ! Voyez, ô noble Vierge, ô qui que vous soyez, vous qui avez pourtant une forme connue ! La journée s'avance et je n'ai jamais aimé. Voulez-vous vous laisser être tout pour moi, au nom de Tout ?
Un silence (temps perdu pendant lequel toute la campagne continue à être heureuse).
La nymphe Syrinx se dresse lentement de toute sa beauté. Elle dit sobrement :
— Je suis la nymphe Syrinx ; un peu naïade aussi, car mon père est le fleuve Ladon au beau torse, à la barbe fleurie. Je revenais du mont Lycée...
PA