PAN ET LA
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PAN ET SYRI1
là! Et moi, ici ! Oh, vous! oh, moi ! Tout est dans Tout!
— Tout est dans Tout! Vraiment? Ah, ces gens à formules ! Eh bien, chantez-moi d'abord ma beauté.
— Oh, oui ! C'est cela !
Elle attend de là-haut, campée, l'air indéfiniment dispos. Pan grimpe à un arbre qui est là, et, vis-à-vis d'elle mais nullement à portée d'une poignée de main, il s'assied entre deux branches, les jambes pendantes.
Il commence, la regardant dans les yeux pour tout recueillement :
— Conceptionbien immaculée !... Non, non ! voyez-vous, je ne trouverai pas autre chose.
— J'attends, ce ne sera qu'un jeu, allons! Quand me direz-vous ma beauté, si ce n'est à cette heure? Ah ! détaillez-moi ! détaillez-moi ! Soyez donc bon à quelque chose, soyez mon miroir comme la conscience humaine essaie d'être celui de l'Idéal indéfini...
— Ah ! pas ainsi, mon idéal enfant ! Cela vous donnerait trop de droit à l'insaisissable ! ( A pédante, pédant et demi !)
— C'est reconnaître en passant que le bonheur est dans la poursuite de l'Idéal, sans plus.
— A cela, je ne puis répondre que par une impolitesse.
— Dites.
— C'est que vous déplacez la question, le but. Vous n'êtes pas le but de ma poursuite; sous couleur de ce but même, vous n'en êtes qu'une étape entre nous. D'ailleurs, cela revient au même, puisque tant que je ne vous sais pas, vous êtes pour moi le but même, l'Idéal. Quand je vous
aurai traversée, ô étape, pourtant absolue, je verrai au delà ! (A pédante et demie, la vérité tout entière !)
— C'est clair. Je pourrai bien vous contraindre à sécher sur pied devant l'illusion de mon domaine ou à la sauter. Mais non, je ne veux être, comme vous, qu'une victime de l'illusion mutuelle. Dites-moi au moins et d'abord la couleur de mon illusion.
— ■ Eh bien... Conception bien immaculée... Je ferme les yeux : vos deux grands yeux étaient déjà là en âmes immortellement attentives. L'arc sacré de Diane n'.est pas d'une inflexion plus définitive que l'arc de votre bouche. Oh, ne le détendez pas ! Vos grands yeux annoncent quelque chose que j'appellerai le christianisme, et vous portez haut la tête comme une qui regarde par-dessus les troupeaux des Pan pour voir si le Messie ne vient pas encore !...
Syrinx s'est assise sur le talus, ses jampes pendantes dans les ronces, ses parfaites et douces jambes aux pieds chaussés de blanches sandales. Elle s'accoude à droite, la tête dans sa main, offrant ses grands yeux nostalgiques et inexplorés.
Pan continue à balbutier ses pauvretés.
— Tout est dans Tout ! Et la petite Syrinx est un produit de la Terre. Mais non ! Est-ce que, vous aimant, je puis vous détailler votre beauté? Attendez-moi,je vais vous rejoindre... Non, non ! restez ! Vous êtes belle, vous êtes spontanément parfaite !
Vos organes respirent le. prix de l'immortalité naturelle ! Nous galoperons en fiançailles perpétuelles dans les ronces des monts ! Oh ! que vous devez être belle en chasse !