SYRINX
PAN ET LA SYRINX
— En chasse ! en chasse ! clame Syrinx qui, divinisée à cet appel, a sauté sur pieds et reprend son galop vers la journée ! en poussant des clameurs de Walkyrie !
Hoyotoho !
Hciaha !
Hahei ! Heiaho ! Hoyohei !
C'est à recommencer. Avant de descendre de son piteux arbre, Pan doit observer quelle direction la belle va prendre. Puis, il lui faut revenir, escalader ce talus de côté par la pente douce. Mais l'indignation l'anime d'une primitive ardeur ! Caliban se réveille ! Il pousse de rauques abois de pauvre ours incompris et qu'on a fait trop jongler ! La petite en ses bonds divins a de l'avance, mais ce n'est plus qu'une affaire de temps !
Et la légendaire poursuite de la nymphe Syrinx par le dieu Pan continue dans l'accablante après-midi qui finira bien par se fondre en soir...
Elle est femme, c'est sûr maintenant ! Il l'aura, il l'aura ! Ce sera là-bas, au sommet de cette colline bleuâtre, au plus ; ou bien tout au creux de la vallée d'après, et il lui fera peur au fond d'un antre qu'il sait et où l'on glisse dans des humidités. Tout est Tout, et il la forcera bien à crier Aditi! Après tout, c'est bien lui qui finira par demander pardon, mais n'importe ! Oh ! Diane, avec son discobole pâle, peut se lever ce soir, elle en verra de belles! Ce n'est pas pour rien que tout est dans Tout !
On traverse de grands bois de pins en solitudes kilométri-
quement claustrales où il fait sombre depuis le commencement du monde quand Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la divine enfant emplit par bonds ces grandioses corridors d'intraitables clameurs :
PAN ET LA SYRINX
Hoyotoho !
Hciaha !
Hahei ! Heiaho ! Hoyohei !
— O appels de gloire et de bonheur! Oh! comme elle m'a compris ! En chasse, en chasse ! Oh ! maintenant, je te comprends, tu ne veux être heureuse qu'aux abois et les pieds en sang! Oh ! va,j'étancherailesangde tes pieds héroïques et laverai tes membres purs et parfaits et te bercerai toute la nuit en chantonnant Aditil Au haut de la colline bleuâtre, nous allumerons les feux du soir. Et ce sera pour toujours et pour tous les jours ! Et tout l'Olympe parlera du génie de Pan et de ses amours si nouvelles, si pleines d'un caractère moderne. Oh ! qu'elle sera précieuse dans l'automne qui vient et dans la chute des feuilles que nul n'a comprise encore ! Oh ! il faut que, pour cette saison, je perfectionne mon galoubet et qu'il chante enfin aux premières neiges la chose qu'est la chose ! Hoyotoho /Fuis, fuis, va toujours ! Le soir ne tombe pas encore.
Et pour laisser sa fiancée respirer un peu, Pan, arrivé au haut d'un coteau dominant une nouvelle plaine, fait halte. La fiancée se retourne un instant, s'étonne. En a-t-il assez? Vreut-il renoncer à ce jeu ? Elle n'a pas confiance, elle repart ! Hoyotoho! le soir ne tombe pas encore.
PAN i SYR1
Il y a, à un point de la plaine, l'éblouissant carré de marbre blanc d'un tombeau. Syrinx s'y arrête une minute, se penche comme pour y sentir une fleur, puis pousse un Heiaha ! ricanant et reprend sa belle fuite en bonds divins !
Heiaha ! donc ! Pan dévale le coteau et reprend les bonds également divins de sa poursuite !...
Il s'arrête à son tour un instant à ce tombeau de marbre blanc. Il se penche comme l'objet de sa poursuite, il n'y a pas de fleurs à sentir, mais cette inscription à méditer :