‹ Morceaux choisisChapitre 114 sur 439 · GATE FRANK SE · texte numérisé non relu

GATE FRANK SE

» Fatigué de la route et du bruit de la guerre,

Ce matin de mon camp je me suis écarté :

J'avais soif; mon cheval marchait dans la poussière; Et sur le bord d’un puits je me suis arrêté.

J’ai trouvé sur un banc une femme endormie,

Une pauvre laitière, un enfant de quinze ans,

Que je connais, Gunther, — Sa mère est mon amie, J'ai passé de beaux jours chez ces bons paysans.

Le cher ange dormait les lèvres demi-closes. —

(Les lèvres des enfants s'ouvrent, comme les roses; Au souflle de la nuit.) — Ses petits bras lassés Avaient dans son panier roulé les mains ouvertes. D’herbes et d’églantine elles étaient couvertes.

De quel rêve enfantin ses sens étaient bercés,

Je l’ignore. — On eüt dit qu’en tombant sur sa couche, Elle avait à moitié laissé quelque chanson,

Qui revenait encor voltiger sur $a bouche,

Comme un oiseau léger sur là fleur d’un buisson. Nous étions seuls. J’ai pris ses deux mains dans les miennes, Je me suis incliné, — sans l’éveiller pourtant. —

O Gunther! J’ai posé mes lèvres sur les siennes,

Et puis je suis parti, pleurant comme un enfant.

[Acte IV : « Devant le palais de Frank. La porte est tendue en noir, On dresse un catafalqué. » Fran! est vêtu en moine et masqué. Il veut savoir, ce grand désolé, cet incurable douteur, au lieu de abandonner à la volupté de la gloire, ce qu’on dira de lui quand il sera mort, quelle est au juste la qualité de cette gloire. Ce qu’il estime et ce qu’il pour- : suit d’une rechèrche désespérée, c’est la constance, la profondeur, un attachement absolu. N'ayant de goût que pour ce qui est infini, il s’obstine à scruter le caractère fini, précaire, de tout ce qu’il possède. — Tous croient qu'il est mort; chants funébres des moines!, Un officier va prononcer une sorte d’oraison funébre.]|

LE CHŒUR

Notre tâche, messieurs, n’est pas encor remplie, Nous avons pour son âme imploré le pardon.

Si l’un de nous connait l’histoire de sa vie,

Qu'il s’avance et qu’il parle. |

4. Rappelons que Mussetavait | leset,s’était, tout vivant,étendu

projeté une tragédie sur Char- | sous le catafalque. Le sujet plailes-Quint au Monastère de Saint- | saitaux contemporains. Le com- Just; on sait que, dans une in- te de Gain Montagnac l’avait

tention toute différente de celle | traité avec beaucoup d’intellide Frank, Charles-Quint avait | gence philosophique, mais sans

“oulu qu'oncélèbre ses funérail- :| aucun sens dramatique,

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FRANK, à part.

Ah! nous y voilà donc:

UN OFFICIER, sorlant des ra ngs.

Soldats et chevaliers, braves compagnons d’armes, :

Si jamais homme au “monde a mérité vos larmes, C'est celui qui n’est plus. — Charle! était mon'ami. J'ai le droit d’être fier dès qu’il s’agit de lui.

— Né dans un bourg obscur, au fond d’une chaumière, Frank chez des montagriards vécut longtemps en frère, En fils, — chéri de tous, et de tous bienvenu.

FRANK, s’avançant.

Vous vous irompez, monsieur, vous l’avez mal connu. Frank était détesté de tout le voisinage.

Est-il ici quelqu'un qui soit de son village ? Demandez si c'est vrai. — Moi, j'en étais aussi,

LE PEUPLE Moine, n’interromps pas. — Cet homme est son àmi. !

di LES SOLDATS C'est vrai que le cher homme avait l’âme un peu fière : S'il aimait ses voisins, il n'y paraissait guère, + ÈS Un certain jour surtout qu’il brüla sa maison, Je n’en ai jamais su, quant à moi, la raison.

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