‹ Morceaux choisisChapitre 142 sur 439 · Hoffmann : « Volant sans · texte numérisé non relu

Hoffmann : « Volant sans

relâche de beauté en beauté, jouissant de leurs charmes jusqu'à satiété, jusqu’à l'ivresse la plus accablante, se croyant sans cesse trompé dans son choix, espérant atteindre Pidéal qu'il poursuivait, don Juan se trouva enfin écrasé par les plaisirs de la vie réelle. »

2. Hoffmann : « C’estune suite effroyable de notre origine que l'ennemi de notre race ait conservé la puissance de consumer lPhomme par l'homme lui-même, en lui donnant Le désir de l’in-

fini, la soif de ce qu'il ne peut :

atteindre. »

Cf. Sully Prudhomme, V AINES TENDRESSES, La Beauté. À

Splendeur excessive, implacable,

O Beauté, que tu me fais mal !

Ton essence incommunicable,

Au lieu de m'assouvir m’accable : On n'’absorbe pas l'idéal.

L’Eternel féminin m'attire,

Mais je ne sais comment l'aimer.

Beauté, te voir n’est qu’un martyre, Te désirer n’est qu'un délire,

Tu n'offres que pour affamer.…..

Celles qu'on aime, on les désole, Car, mentant même à leurs genoux, Sans le vouloir on les immole

Je t'aime, en attendant mon éternelle

et qui se souvient d’'Eve avant

À toi, la souveraine idole Invisible à leurs yeux jaloux.

Cf. un thème semblable, mais réfracté par une sensibilité très différente, chez Baudelaire (Les Fleurs du mal, Plainte d'un Icare, Hymne a la Beauté, etc...)

3. Cf. SULLY PRUDHOMME, LES VAINES TENDRESSES; Les Infidèles 5 <

[amante, Celle qui doit venir à ma rencontre un Dans l’immuable Eden... -: liour, LISE

Don Juan, a dit, Th. Gautier, . ‘ra l'Art dramatique en France, & série, article du 27 janvier 1845, D c'est l’homme qui « avait une. FACE trop hauteidée délafemmepour. d ne pas mépriser les femmes ; 10 c'est Adam chassé du Paradis

la faute, d'Eve type de labeauté à et de la grâce ».

4. Vers malheureusement plus oratoire que poétique. Horr- MANN: « Le dédain que lui inspiraient le calmeet la paix deceux en qui.le besoin de remplir les 0 hautes destinéesdenotre nature ‘.

divine ne s’est pas fait sentir K Mes le portait a se faire un jeu cruel de ces créatures douces, humbles TS et plaintives, à les faire servir 4 de but à son humeur blasée».

Prêtre désespéré, pour y chercher ton Dieu !.

Et que voulais-tu donc? — Voilà ce que le monde Au bout de trois cents ans? demande encor tout bas. Le sphinx aux yeux perçants attend qu’on lui réponde. Ils 3 savent compter l'heure, et que leur terre est ronde, : IIS marchent dans leur ciel sur le bout d’un compas, Mais ce que tu voulais, ils ne le savent pas.

XLVI ï

« Quelle ést donc, disent-ils, cette femme inconnue, Qui seule eût mis la main au frein de son coursier ? Qu'il appelait toujours et qui n’est pas venue ? Où l’avait-il trouvée? où l’avait-il perdue? Et quel nœud si puissant avait su les lier, o Que, n'ayant pu venir’, il n'ait pu l'oublier?

N’en était-il pas une, ou plus noble, ou plus belle, Parmi tant de beautés, qui, de loin ou de près,

De son vague idéal eût du moins quelques traits? Que ne la gardait-il! qu’on nous dise laquelles . » Toutes lui ressemblaient, — ce n’était jamais elle ; Toutes lui ressemblaient, don Juan, et tu marchais!

1. Cf. HOFFMANN : « C’est lui | peur de Séville) a été représenle démon] qui inspira à don tée, semble-t-il, entre 1627 et Juan la pensée que par l’amour, 1630 (V. GENDARME DE BÉVOTTE), .. On peut déjà accomplir sur la op. Cit., ch. 1). Mais la scène terre les promesses célestes que se passe au 16° siècle ; Musset nous portons écrites au fond | croyait, comme on l’acruencore.: de notre âme, désir infini, qui longtemps après lui, que don

nous apparente, dès notre pre- | Juan était un personnage histomier jour, avec le ciel. » Cf. rique. : î SULLY PRUDHOMME, STANCES, /n- 3, C’ést toujours à la race des

conscience : « à femmes... Le savants, des analyseurs, que jour pure et lointain qui luit | Musset en veut. (Cf. p.148.) dans vos prunelles — Ne prend 4, Cf. ce, vers inintelligible, pas sa lumière au feu de votre | p. 488.

cœur... — Dieu, l’idéal rêvé, voit La peine où nous sommes : — il sait bien que c’est lui qui nous tourmente en çous ». . 5. L’anacoluthe est un peu

‘2, La pièce, de Tirso de Molina | forte : n'ayant pu venir se rap- M biblement, quiala première | porte à cefte femme inconnue.

donné corps à la légende de 6. HorFMANN : « Dona Anna

don Juan, et qui est la source | étaitfaite pour être l’idéal de

. … de tous les don Juan de toutes | don Juan, pour l’arracher à ce

; les littératures européennes, Et | désespoir, mais il la vue trop : Burlador de Sévilla.. (Le T'rom- | tard ».

Les comètes du nôtre (de notretemps) font dépeuplé les cieux,

67) 4 s ae !

«Tu ne t'es pas lassé de parcourir la terre !

Ce vain fantôme, à qui Dieu

vavait envoyé,

La

Tu n’en as pas brisé la forme sous ton pié 1!

Tu n'es pas remonté, comme l'aigle à son aire, ‘ Sans avoir sà pâture?, ou comme le tonnerre

Dans sa nue aux flancs d’or, sans avoir foudroyé3!

Tu n’as jamais médit de ce monde stupide # Qui te dévisageait d’un regard hébété;

Tu l'as vu, tel qu'il est, dans sa difformité;

Et tu montais toujours cette montagne aride, Et tu suçais toujours, plus jeune et plus avide, Les mamelles d’airain de la Réalité 6:

CCC tetes steoteeceseee

Tu parcourais Madrid, Paris, Naple et Florence; Grand seigneur aux palais, voleur aux carrefours ’; Ne comptant ni l'argent, ni les nuits, ni les jours; Apprenant du passant à chanter sa romance;

Ne demandant à Dieu, pour aimer l'existence,

4. Comme Frank, dans La Coupe et les Lèvres, est sur le point de le faire, en se tuant. Le vain fantôme, ce sont les apparences matérielles derrière lesquelles don Juan poursuit lamour dans sa plus pure essence.

11 devient le Symbole de l’aspiration courageuse, inlassable.

2. Ceci est de la rhétorique assez vague: à vraidire,le cœur de don Juan n’a pas trouvé sa pâture. de Le l'image de l'aigle, p. 205, n.. 4. |

3. HorFManN : « Méprisant - surtout les hommes, il dut surtout s'irriter contre ces fantômes de volupté qu’il avait si longtemps regardés comme le bien suprême, et qui lPavaient si améèrement trompé. Chaque femme dont il abusait n'était

plus pour lui une joie des sens, -

mais une insulte audacieuse à

Ja nature humaine et à son

créateur ». Le sens de la première partie de cette strophe ne s'accorde pas aisément avec celui de la seconde.

. 4. Don Juan devient un silencieux héroïque, accomplissant sa rude ascension sans une plainte, enfermé dans son rêve,

et ne daignant pas s’en distraire

pour injurier la réalité; il ne serait donc plus le blasphémateur sublime que représente HorrMANN (v. note 3) et que Musset lui-même évoquait à la fin de la strophe précédente.

Page 1