D'après sa Biographie, par P. de
Musset.
3. Bien que la Confession n'ait paru qu'en 1836, le dessein en est contemporain de Lorenzaccio et d'On ne badine pas avec l'amour. Tl fallait rapprocher ces trois œuvres pour comprendre la multiplicité du talent et de la vie de Musset.
Re Es NOTICE ; BIOËRAPHIQUE : ET LIPTÉRAIRE
Maître Bridaine, goinfre attitré, dame Pluche, prude agressive
.et acide, et vous, Baron anonyme, symbole de ces impruüdents qui
veulent tout prévoir et tout combiner, esclaves de leur gravité,
que le destin s'amuse à déconcerter, le poète qui vous fait gesti-
re culer avec un sérieux saugrenu n’a pas dé plus grand plaisir que DRE
: de vexer les sots. Et vous, bons villageois que Perdican retrouve
avec tant de bonheur sous les tilleuls parfumés, — toi surtout,
petite Rosette, qui te laisséras aimer et qui aimes « comme tu
peux », c’est-à-dire avec tout ton cœur, et qui dois en mourir,
vous êtes le plus frais des songes, et celui qui vous a créés, fût-il
… - le plus tristé des hommes, avait en lui le secret des images qui SA
consolent. Mais il avait aussi le secret des nobles vengeances, si
les deux mots ne jurent pas d’être ensemble. Musset se venge en
imaginant l’orgueilleuse Camille. A composer ce caractère, il a Na: goûté comme la douceur d’une trêve avec lui-même. Il s’est assez
mal traité ; il a porté le fer dans sa plaie. Mais après tout, il y a ‘ un tort qu’il n’a jamais eu : celui de l’orgueil, cet ennemi qui
Se brouille tant d’amants, parce qu’il fait du pardon une bassesse et
S de la froideur une vertu, Il y a loin, sans doute, d’une jeune fille qui sort du couvent avec une dévotion de tête, le cœur durci, et
ne rêvant que de désespérer un homme pour rentrer au cloître parée de cette belle gloriole, il y a loin de Camille à G, Sand.
: Pourtant, si Perdican, hardi, franc, léger, plein de cœur et d’une rancune violente contre tout ce qui altère le naturel en prétendant . VPélever, si Perdican,'incrédule, mais idolâtre de l'amour, est bien
> le frère de Musset, G. Sand n'est-elle pas un peu cousine de
__ Camille, elle qui n’avait pas su, en 1834, dépouiller son orgueil, et,
lasse d’une querelle-toujours renaissante, aimera mieux la paix que l’amour ? Plus d’une fois, Musset dut se plaindre de la trouver a lointaine, et enclose dans son offense. Et qui sait pourquoi il a voulu faire redire à Perdican ces paroles que G. Sand lui avait elle-même écrites, et qu’elle oubliait peut-être : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé, mais on aime. Et quand on est sur le bord de sa tombe, on se dit : C’est moi qui ai sécu, el non ; pas un être faglice créé par mon orgueil et mon ennui » ?
AR
ab
Les Nuits et les œuvres contemporaines des Nuits,
re Les Nuits succèdent à la rupture: La première est de mai 1835
. . «Il me semblait, dira-t-il au souvenir de ce moment en48391, que toutes mes pensées tombaient comme des feuilles sèches, tandis f que je ne sais quel sentiment inconnu, horriblement triste et
1, Le Poète déchu. $ Are
A6 << ALFRED DE MUSSET CENT à
: # Fi 3 tendre, s'élevait dans mon âme. » Il s’enferme chez lui. Au bout de quelque temps, au premier livre qui lui tombasous la maïn, il
s’aperçut que tout avait changé : (Gomme le curé de Cervantès », il
commença « par purger sa bibliothèque et mettre ses idoles au grenier, » L’orgie livresque, le bric-à-brac romantique lui semblent hideux. Il garde seulement Homère, les tragiques grecs, Shakespeare, Racine, et quelques autres. Ce qui lui reste à dire devait être pur de toute affectation.
C'est donc lûüi qu’il faut écouter, en cette admirable suite, où
frémit son cœur d’une inconsolable peine, et d’un désir inépuisé ”
de bonheur : la Muit de Mai, la Nuit de Décembre, la Lettre à Lamartine, la Nuit d'Août, la Nuit d'Octobre, et, plus tiède l'Espoir en Dieu et le Souvenir 1.
Le lyrisme romantique, n’a rien produit de plus beau, et nulle part, peut-être, la littérature n’a moins faussé la douleur. D’abord, douceur de Paccablement. T’âme froissée se contracte et craint le souvenir. En vain la muse printanière montre au poète,
enseveli dans son mal, le monde infini, toute la beauté tragique.
ou radieuse que son désespoir délaisse. Il faut vivre. La douleur est sainte, l’oisiveté silencieuse m'est pas sa sœur. Düt-il en souf-
frir plus encore, il faut que le poète écoute sa vocation, qui est :
de chanter sa douleur, non pour s’en délivrer, mais parce qu’il
est élu pour animer au cœur des hommes tous les échos de la
souffrance, qui divinise la vie. Ainsi parle l’«insatiable » Muse,
dont la « forme voilée » flotte autour du poète. Mais sa tristesse est encore trop prochaine: il se tait.
- Décembre : le lyrisme garde la forme dramatique. Par une série j
d’évocations, où passent les moments essentiels de sa vie, lancée à la poursuite du rêve et rythmée par les chagrins, le poète essaye de saisir et de fixer la mystérieuse présence de ce frère intérieur, dont le geste désigne linvisible avenir, ami secret et fidèle, qui ne peut accueillir la confidence, pâle. visiteur qui soudain montre au poète, abîimé dans le souvenir, son visage doux et muet. Il est là, dans la nuit d'hiver où Musset contemple les reliques de son passé. Car c’est ainsi: l’âme se croit faite à ta pensée de l’éternelle rupture; mais qu’un peu des choses passées rénaisse dans une sensation, toute sa force défaille. L’abandonné voudrait braver l'infidèle orgueilleuse : « Allez, allez, suivez la destinée; — qui vous perd n’a pas tout perdu.» Sa volonté ést plus faible que son cœur : « Eternel Dieu! toi que j'ai tant aimée, si tu pars, pourquoi m’aimes-tu ? » Folie des êtres qui s’étreignent et se délient; douleur convulsive, distraite brusquement par la vision, qu parle, hélas! beaucoup moins bien que le poète :
Ami, je suis la solitude, -