V. p. 390. | 2. V. le Ponsard de M. Latreille
‘beaucoup d'hommes qui ne savent pas voir à leur foyer l'amour. La fantaisie n’est, dans Un Caprice, que la fleur de l'observation -mondaine.
lignes d’une lettre à sa marraine, du 17 décembre 1838 5
Mais pourquoi, disait-il, opposer les deux genres 1 ? Reconnäissons que Racine, avec «un génie admirable, un style divin et un art infini», n’en a pas moins introduit sur la scène de beaux parleurs ?, qu’il nous a laissé « une détestable école de bavardage », et-que « personne ne ‘pouvant parler comme lui », il serait Abiurdé de le recommencer. Reconnaissons d'autre part que l'Ecole nouvelle n’a encore produit que des essais : « Ne serait-ce pas une belle chose que d'essayer si, de nos jours, la vraie tragédie pouvait réussir ? » La vraie, c’est-à-dire celle de Sophocle « dans toute sa simplicité, avec la stricte observation des règles, avec des sujets non pas contemporains ni trop voisins de nous, mais français et nationaux ? »-Ayons foi en l'esprit français : il a quelque chose d’attique. — Ce sont les « hardiesses » dramatiques du xvrnr: siècle, reprises, par delà le lyrisme forcené et le philosophisme à outrance du drame romantique, par un poète qui a le culte de la tradition classique. -
M''e Rachel jouait le rôle de Roxane dans Bajazet. Huit feuilletons furent mécontents d'elle; et Musset la défendit contre ceux qui la jugeaient comme s’il s'était agi d’une pièce de Shakespeare3. Racine avait le goût chaste. Il ne faut pas qu’on se figure Roxane comme « une héroïne tigresse. Celui qui passe une heure à polir un vers n’y fait pas entrer une idée honteuse; si la pensée est cruelle, il sait l’adoucir, — ardente, la purifier..., — jalouse, la sonder sans trouble.» Impossible de mieux caractériser l’art racinien.
Et voilà que, presque en même temps, la sœur de la Malibran, Pauline Garcia, donnaitson premier concert. Musset, enthousiaste, fit un bel article 4, où il réplaça, en guise de conclusion, quelques : € Très réellement, je crois qu’il y a, dans ce moment-ci, un coup de vent dans le monde artiste. La tradition classique était une adora- ble convention, le débordement romantique a été un déluge au milieu duquel il y avait de bons côtés. Nous voilà aujourd’hui à
la vérité pure et dégagée de tout, Je donnerais bien cent écus,
comme dit Vernet, pour n'avoir que vingt ans, à l'heure qu’il est, et pouvoir n’envoler dans cette bourrasque, en compagnie de Paulette (Mie Garcia) et de Rachel, quitte à me perdre dans les nues avec elles.
Je suis bien vieux pour un tel voyage, et l’on m'a passablement brûlé
les ailes en temps et lieu. »
1. Ces idées, exprimées de 1e" novembre 1838 (REVUE DES DEUX MONDES :
Les débuts de M''° Rachel ;- cf. ibid.,
1 décembre, Reprise de Bajazet), se
trouvaient indiquées Salon de 1836.