C'était la critique de Stendhal
Racine et Shakespeare, 1823-25.
3, Musset se passionpa fort à pro-
déjà dans Ze
pos de Rachel, — jusqu'à traiter J, Janin de drôle. (Lettre du 8 décembre 1838 : « Un drôle à qui on devrait interdire l'entrée du Théâtre-Français ».) !
4, 1% janvier 1829, Revue des Deux Mondes.
5, E'article ést un peu arrangé ; je
cite la lettre,
FU
I s’amusait alors à écrire une nouvelle, Croisilles, à la gloire des étourdis encore, et à la honte des gens vaniteux et positifs. Musset retournait au xvirr° siècle, non à celui de Faublas ou de Laclos, mais au siècle amoureux, spirituel sans complication, élégant sans perversité, hardi sans impudence, un siècle qui a.existé luï aussi, [1 la quitta pour essayer d’une tragédie. M" Rachel}, jouant Roxane, avait été deux fois interrompue par les sifflets. Musset cherche pour elle un sujet dans les Æecits des Temps mérovingiens > d’A. Thierry, et il s'arrête aux intrigues de Frédégonde à la cour de Chilpéric. Il existe un fragment de sa pièce : La Servante du Roi, écrit probablement en juillet 1839. Cela n'offre guère plus
He intérêt de curiosité. On y trouve des souvenirs de Baja-
: Frédégonde a des mots à la Roxane :
De cette trahison que faut-il que je fasse ? 7. : Elle est bien plus encore, Seigneur, si vous l’aimez:..
Ce fragment fut récité par Rachel dans quelques réunions d'amis ; là-dessus, elle se brouilla avec le Théâtre-Français ; il devenait douteux que la tragédie de Musset fût jamais jouée par elle. Alors il renonça : ‘
Périsse plutôt ma mémoire Et mon beau rêve ambitieux !
Mon génie était dans ta gloire; Mon courage était dans tes yeux, * Faut-il le regretter, ce beau rêve ? Musset aurait-il pu nous rendre la tragédie ? On a peine à le croire. Il avait trouvé sa propre forme dramatique ; s’il en cherchait une autre plus ambitieuse, c'est qu'il ne faisait pas assez de cas de celle qu'avait créée son instinct de poète et de dramaturge. Encore quelques années, et le succès de ses comédies au théâtre lui en révélera la valeur scénique 3, Sel Il retomba ; et, pour rétablir ses finances, il essaya, mais avec dégoût, Hate pour Buloz sa propre histoire, en un roman qu'il
. aurait appelé Le rocher de Sisyphe ou le poète déchu. I] ne pouvait travailler régulièrement, comme G. Sand, V. Hugo, même, au
besoin, Lamartine. Ce qu’il appelait Le servage littéraire lui était LES odieux. Ne rétenons de cette nouvelle confession que cette parole : « Jamais je n'ai été tout à fait moi-même qu’en silence. Je n’ai encore entendu que les premiers accents de la mélodie qui “ est peut-être en moi. Cet instrument va bientôt tomber .en poussière ; je n’ai pu que l’accorder, mais avec délices ».
A l'approche de l'hiver, il écrivit deux petits poèmes charmants :
set d'écrire, sans les chercher, de beaux je vois que faut-il que je pense 2...» .
1. V. p. 412, n. 2 : il arrive à Mus- 2. Bajazet, ILE, 7 : « De tout ce que vers de tragédie, 3. V. p. 48.
plus « incroyable ».
De
€ d'abord” une Idylle, qui ‘chante, en vers amoebées, où l’accent
d'Horace se fond à celui de Nes la joie de linsouciance ou Vamère douceur de l'amour : se
Quand, sous les marronniers, à côté de sa mère,
Je la vis, à pas lents, entrer si doucement!
(Son front était si pur, son regard si tranquille !)
sos rene ss PROC CCC CPC CCC ET
is Je compris que l'aimer était peine inutile, Et cependant mon cœur prit un amer plaisir A sentir qu'il aimait et qu’il allait souffrir!
Ces vers ne pourraient-ils servir à dater ceux-ci, que Musset écrivit, on ne dit pas quand, pour une jeune fille avec qui des amis voulaient le marier. : \
Bénis soient le moment, et l’héure, et la journée, Et le temps, et les lieux, et le mois de l’année, Et la place chérie où, dans mon triste cœur, Pénètra de ses yeux la charmante douceur!
Puis, pour faire plaisir à sa marraine, qui l’accusait de dormir sur ses lauriers, il traduisait, en vers libres, la Sileia dé Boccace, Mais il y disait aussi :
Je sommeillaïs seulement à demi A côté d’un brin de verveine
Dont le parfum vivait à peine - Et qu’en rêvant j'avais RER
sr... ss... ess.
Le meilleur de ma vie a passé comme un rêve Si léger qu’il m'est cher encore,
Et ce qui le séduisait en cette nouvelle, — comme en toute l'œuvre de Boccace, « où La Fontaine a ri, où Shakespeare fondait en pleurs », — c'était d'essayer ce style « tant oublié, qui fut jadis si doux, et qu'aujourd'hui l’on croit facile 2 » ; c'était de dire en un langage très simple, très classique, « combien c’est chose inexplicable, que la puissance de l’amour », — de dire dans la langue de La Fontaine ce que le cœur humain a de plus « étrange » et de
Au commencement de 1840, A. de Mus$et fut très malade, Sœur Marceline le tira d'affaire: Il fut touché d'affection pour cette
1. Mie Jaure Melesville. Le peintre | du dessin un quatrain imité de Pé- Chenavard, qui s'était entremis, vou- trarque.» (Note de M. Maurice Allem ;
- lait lui offrir un dessin représentant Œuvres: complémentaires de Mussct,
. et Laure avaient les traits. de Musset
la rencontre de Pétrarque et de Laure p. 91.) Chenavard ignorait seulement à la fontaine de Vaucluse, « Pétrarque que la jeune fille était fiancée |
et de M'e Melesville ; le poète mit au bas 2, Silvia.
LE, ALFRED DE MUSSET $ or dee je
excellente créature « dont la bouche n’avait de plaintes que pour les souffrances d’autrui », et, dans une autre maladie, ne voulut être soigné que par elle. Des amies s’attelaient à son salut moral, que chacune entendait à sa mode. D’autres le rendaient un peu plus malheureux : la princesse Belgiojoso, bas-bleu en France: conspiratrice en Italie, visage sépulcral, que labsorption du datura stramonium rendait plus livide, trouva bon de le faire souffrir, et «le pauvre fieux », comme il disait, pleura de tout son cœur sur les cruautés de cette Gélimène à mine de fantôme, eu attendant qu’il lui décochât, sans la nommer, une épigramme où tout Paris la reconnuti. Ses bons anges, c’étaient M=° Jaubert, sa qui avait infiniment d'esprit, le plus petit pied du monde, mais, |
je crois, n’était pas dévote, et la duchesse de Castries, qui Pétait extrêmement. A celle-ci, le poète écrit (septembre 41840): « Jai eu
Où cru avoir cette vilaine maladie du doute, qui n’est au fond qu’un enfantillage... Non seulement aujourd’hui j'ai foi en beaucoup de choses, maïs je ne crois pas même que, si on me trompait, ou si je me trompais, je perdisse cêtte foi pour cela... La FR croyance en Dieu est innée en moi. » Quant au dogme et à la pratique, il ne se défendait de rien; mais « certainement je ne suis pas mûr sous ce rapport. » Me de Castries le comprenait-elle … = bien ? ne croyait-elle pas un peu trop que ses cicatrices s’efface- LS raient « avec de l’onguènt miton-mitaine ? »-Il aurait fallu un directeur plus profond, un confesseur plus fort, pour mettre un re peu de suite dans la vie de: Musset, pour fixer « sa prière = inquiète, errante et désolée ? ». RS à
Il échappait à toute influence. Comme le Tizianelloÿ, «dès LS qu’on voulait prendre de l'empire sur lui, au lieu de tattés A OR disputer, il laïssait dire les gens, et n’en faisait pas moins à sa - ER guise. » Et que répondre, à l’homme qui vous dit4: «J'ai suivi FAR vos conseils, mais j'ai tout perdu; j'ai agi sagement, mais je A souffre ? » Il n’osait « ni lutter ni choisir s ». « Qui est-ce, avait dit Fantasio, qui pourra me dire au juste si je suis heureux ou mal- à heureux, bon ou mauvais, triste ou gai, bête ou spirituel? » = Ainsi se dérobait Musset. Et, pour comble de malchance, Lamartine, qui aurait dû parler en 1836, s’avise de parler en 1840, d’un ton si raide, et de si haut 6, que c’était à jamais éloigner le pauvre Fantasio de l’eépoîr ou même du goût de la vertu. e Mais voyez comme le destin s ingénie à faire souffrir les poètes |
et à réveiller leur inspiration. En 1840, au mois de septembre, allant voir Berryer au château d’Angerville, Musset traverse la
Re *£ TEE
1. Sur une More, Y.:p. 2260. 4. Frédéric et Bernerette, 15 janvier = 2 2. Sur la Paresse. 1838. È à 2 ee 5. Ibidem. Se =
= 8, V. Le fils du Tilien, mai 1838. 6. V. p. 340. Si
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goût, et ce quelque chose de volontairement fruste dans l'extrême
-de sa déchéance. Comme on comprend ce qu’il dut sentir, quand
rait aimable et gaie, à sa fille, Mwe Menessier-Nodier, Rien que de LS =
20 man.
forêt de Fontainebleau ; il y ‘avait sept ans qu'il y était venu»
avec George Sand. Et oi que, rentré à Paris, au Théâtre des - Italiens, ce n’est plus son image qu'il rencontre, c’est elle-même qu'il voit passer. Le Souvenir! (février 184) fut l’épilogue des + Nuits. | L
Tout mon cœur te bénit, bonté consolatrice!
Je n'aurais jamais cru-que l’on püt tant souffrir D'une telle blessure, et que sa cicatrice
- Fût si douce à sentir.
C'était bien lapaisement.
On put imaginer un instant que Musset composerait une œu-
vre satirique. On se rappelait Les leltres de Dupuis et Cotonet
(1836-37), Dupont et Durand (1838), où les théoriciens littéraires, les humanitaires, les journalistes, les pamphlétaires, et quelques autres ridicules du siecle avaient été fouaillés largement, avec une bonne humeur endiablée, et quelquefois du geste plus strict de La Bruyère, ou de l’épine pseudo-rustique de P.-L. Courier. En juillet 1840, puis en décembre 184, Musset, s'étant retrempé aux sources, Molière et Mathurin Régnier, fit paraître, en vers, Une Soirée perdue, et Sur la paresse. Il avait la rectitade de conscience, l'humeur indépendante, l'instinct de réplique et de boutade, la verdeur de langage, le bon sens agile et perçant, la franchise de RS
délicatesse, qui font le poète satirique. Il était, de toutes maniè- Pre res, «guéri du sot »; son esprit blasé aurait eu de vigoureux sursauts, et de savoureuses naïvetés. Il aime miewx se taire : « Censurer les sots, que le ciel m’en préserve !.. Le dégoût que -:
j'en ai m'en ôterait le cœur ? ».
Il n'avait que trente et un ans. Qu'a:t-il fait pendant les seize
- ans-qu’il lui restait à vivre ? - D,
Quand on lit sa correspondance, les confidences lamentables qu'il fait en plaisantant à sa marraine, on le plaint d’avoir si : longtemps attendu la mort. De plus en plus, il avait le sentiment ra
il se mit à lire, en 1842, les vers du pauvre Leopardi3, sombre
amant de la mort ! Comme il dut y goûter, par pressentiment, Le res
charme de la mort! Il se souvenait de sa jeunesse comme d’une chose très lointaine. Il en parlait, dans de petites pièces affectueuses et souriantes, à Charles Nodier, dont la vieillesse demeu-
Le Y.p 465. | - 2. À Alfred Tattet, novembre 1842, |