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doux dans le souvenir de l’Arsenal. D'autres-lui faisaient sentir “leur aiguillon. ]1 cherchait alors l'oubli. « H assistait au désastre, le désespoir ‘dans l'âme, la volonté effondrée1. » Ni oôpium, ni haschich : il trouvait au cabaret son paradis artificiel. « J'ai perdu jusqu’à. la fierté qui faisait croire à mon génie », avait-il dit en juin 1840. Le 43 août 1844, Me Jaubert lui parla «très sérieusement, dans l'espoir de l’amener à se ressaisir. — Alors, il leva pourelle le voile qui cachait ses maux, et elle en pleura 2, » — « Ah! ce qui n’est qu’un mal, n’en faites pas un vice! lui écrivait-il. Dans ce verre où je cherche à noyer mon supplice, — laissez plutôt tomber quelques fleurs de pitié — qu’à d'anciens souvenirs devrait votre amitié. » ; En 1847, un événement. Un Caprice avait été joué à. la Cour de . Russie avec beaucoup de succès, grâce au talent de Mr° Allan- Despréaux 3. On se mit à jouer, à Paris, le théâtre de Musset, Un. Caprice en 1817; en 1848, Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, écrit en 1845, marivaudage où il y a un mot de passion : « Je suis perdu, je vous aime comme un enfant », — êt J{ ne faut jurer de | - rien, etc...i; en 1849, On ne saurait penser à tout, qui est d’ailleurs un plagiat sans fard du Distrait de Carmontelle. En cette annéelà, Musset se trouva un jour à Ville-d’'Avray avec Me Allan-Des- . préaux ; il vit des fleurs sur l’herbe; «et cette vérité qu’on à tant / blasphémée » lui vint alors au cœur, « que ce monde $i beau ne peut manquer d’un père — et n'être qu’un tombeau.» On a bien fait de recueillir pieusement ces vers. ER a à £
Un public «charmant», son public à lui, qu’on disait enseveli depüis les terribles journées de 485, avait applaudi, à la salle Pleyel, On ne saurait penser à tout. Peu lui importait.dès lors « la clique des feuilletons... Leurs plâtras n’écrasèrent pas une feuille du petit bouquet qui [lui] avait passé sous le nez», Succès qui le distrayaicent un instant. Peu après, il fut repris par $es attaques
de délire: « Toi seule les connais, écrivait-il à sa gouvernante, Adèle Colin, que son humeur quinteuse avait découragée, — viens, je ne puis me passer de toi.» , En 1850, objurgation d’Arsène Houssaye :
Ami, dans votre âme ardente, ; Fe Vous rouvrez l'enfer du Dante, | Où pleure votre art vainqueur.
Mais votre Muse est muette :
‘Réveillez-la, mon poète,
Par un autre cri du cœur.
1. Biographie de P. de Musset. - beaucoup souffrir, V, p. 327, n. 1. x* 4 * 2, Ibidem. 4. V. pp. 402, 497 et 246. Fes > 8.-A.-de Musset l'aima:: vw LÉON 1° 5. V.p. 327, n. 1,
Sicuk, À, de Musset, T. IT. Et il la fit | 6. Lettre à A. Tattet, 26 mai 1849: €
F1G. 6. Une interprète de Musset : Mr° Allan-Despréaux. (B.N.E.) Portrait par Devéria.
M"° Allan-Despréaux est cette spirituelle artiste qui joua Un Caprice en 1847, à la cour de Russie, avec un si vif succès.
FiG. 7, — Un feuilletoniste du temps : Jules Janin (B.N.E.)
Caricature de Jules Janin, le tout-puissant critique, avec qui Musset était prêt à en découdre, à cause d'un article peu enthousiaste sur M'°e Rachel. (Cf. p. 43.)
C'est l’année de Carmosine!, où renaissait l'inspiration de Fan- Se 23 tasio et de Barberine. Il y à là un chevalier de fortune, un trouba- BC dour, rêveur comme Fantasio, mais non fantasque: il préfère à la folie, pour vêtement de sa philosophie, la poésie. Ce n’est pas le SE bouffon improvisé du roi de Bavière qui aurait su dire, comme Minuccio, au pauyre et désespéré Perillo : « Souffre maintenant s’il le faut, pleure si tu veux:...; loin d’étouffer ce tourment qui t’oppresse, déchire ton sein pour lui ouvrir l'issue ;.. mais... n’engage pas l’avenir!.….; et, pour une douleur qui doit être passagère, ne te prépare, pas la plus durable de toutes, le regret, qui ravive la souffrance épuisée, et qui empoisonne le souvenir !» Personne n'avait su être Minuccio pour Musset.
En 1851, Beltine. Si Musset ne l'avait pas écrit, il manquerait à sa galerie d’originaux le type de la cantatrice italienne, adorant : son aft, insouciante, aussi dévouée en ‘amour que d’autres en = amitié ; et il y manquerait le dilettante., Le marquis Stefani, en- LEE ushsie et galant, n’admet pas que pour. une peine de cœur, pour la traîtrise d’un imbécile, Bettine renonce à l’art, APOSLOIRE sacré, auquel un artiste génial ne peut pas plus se dérober qu'un pommier ne peut refuser de faire des pommes. Il avait oublié de dire à Bettine qu'il l’aimait, autrefois ; l'occasion est bonne’de le lui dire. Ce sera un ménage parfait, le mari comblé de joie par les triomphes de sa femme, — la femme distinguant à jamais, « parmi tant de regards qui recherchent le sien ? », celui qui l’a. plainte quand elle s’est trouvée seule, Musset fut reçu le 27 mai 1852 à l’Académie Française : répa- ‘ration du prix qu’elle lui avait accordé en 1848 « comme au jeune * écrivain ou artiste dont le talent, toujours remarquable, paraissait mériter d’être encouragé à poursuivre sa carrière 3 », En 1855, il écrivit l’Ane et le Ruisseau, recueilli dans les Œuvres posthumes. Le baron de Valbrun (nom symbolique) ressemble un ‘dd peu à Musset. Trahi par Q une charmante personne », il en a fait une maladie qui a failli le ‘mettre en terre; et il en a gardé une « défiance boudeuse » dont se désolent ses amis. Malheureusement, le personnage ainsi présenté ne fait guère d'autre figure, dans la Ve suite de la comédie, que celle d’un timide, reculant toujours à se déclarer l'amour nouveau qui lé sauverait, bien qu’une comtesseau er cœur tendre, et un peu piqué, en attende l’aveu depuis longtemps. 5 Pour l’obliger à parler, son ami Prévannes ne fait rien de moins … que d’aimer la comtesse. Voilà les chiens rompus; Valbrun est = jaloux : explications ; Valbrun parle; tout s'arrange. Un homme : de plus est arraché par le bonheur conjugal à sa délectation morose, +
y 1. V. p. 598. : 1,300 francs, à la souscription ouverte 2. ANGELLIER, À l’Amie perdue. en faveur des victimes.des journées de 3. Musset avait versé ce prix, de juin 1848.
Quant à Prévannes, il épouse du même coup la nièce de la comtesse, la toute jeune Marguerite, qui jouait avec grâce la
à comédie querelleuse du dédain. Timidité de ceux qui ont souffert,
— espièglerie délurée, qui recouvre et peut-être veut cacher une tendresse délicate : Musset joue joliment de ces deux. sentiments, comme un homme qui avait rêvé d'une comtesse et d’une Érevte
rite. Il n’a pas trouvé son Prévannes, non plus que son Minuccio:
Il se sentait mourant déjà {. Il disait bien, en 1856, au retour d’une promenade où il avait contemplé l'ombre du soir « lente à s'endormir », et si douce qu’elle semblait la venue de l'aurore : « Ainsi, laissant l’espoir éclore, meurt doucement le souvenir. » Mais rappelons-nous ses derniers vers :
L'heure de ma mort, depuis dix huit mois, De tous les côtés sonne à mes oreilles. —
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; Mon courage éteint chancelle se S Gba
Le 96 avril 1857, comme il s’affaiblissait, Mi: Colin appela Paul, qui accourut d'Angers. Il rêvait quelquefois tout haut, Un jour, il se souvint d'A. Tattet, mort en novembre, et il s’écria : « Mon pauvre Tattet, je vais te rejoindre ». —« Maïntes fois, il vitpasser … devant son regard les grands yeux noirs de celle qu’il avait tant aimée; et il répétait alors ces deux vers deson Souvenir des Alpes:
Ote-moi, mémoire importuneé, Ote-moi ces yeux que je vois toujours 2. » >
— « Sœur Marceline n’était pas là, mais son visage patient passa devant les yeux du mourant, lui apportant une dernière fois l’apaisement. Vers une heure du matin (lé2 mai), Musset dit: - «Dormir, enfin je vais dormir. » Et il ferma les Ja pour ne plus les rouvrir 3. » :
Il n’est pas absolument sûr que Musset soit mort en chrétiens, 4,
Du moins, Les eaux odorantes et vitales s du repentir avaient lavé
1. En 1856, d'après son frère, il eut la fantaisie de revoir, seul, la nuit, aux flambeaux, les toiles de ses amis Raphaël, Giorgione, Leonard de Vinci, au musée du- Louvre. Il remercia Nieuwerkerke, qui consentit à son désir : (On voit bien, mon cher Nieuwerkerke, que vous êtes né son ar- Ë . 5 |
tiste et grand seigneur: )
186), d'après le récit fait par Chenavard à M. Paul Mariéton.