Immense amphithéâtre construit près du Forum par Vespa
sien. On trouvera dans les Mor- |
ceaux choisis de Chateaubriand, par M. René Canat, p.189 et suivantes,et p.527, des textes et des” indications abondantes sur les :
impressions qu’éprouvèrent les .
romantiques devant cette ruine
grandiose. Au 46% siècle c'en était bien une déjà ; après avoir
servi sous l’Empire aux com-
bats des gladiateurs, le Colisée élait devenu au moyen âge une forteresse ;: mais on en tirait
aussi « des blocs de pierre pour
en bâtir des palais.» Le Colisée, symbole de la force romaine, est pour Lorenzo un lieu de rêverie héroïque. % L’enthousiasme de Lorenzo pour les « beaux mots latins, orgueilleusement sonores et libérateurs » (Alf. Poïzat), avait été cultivé par son précepteur Zeppi. D'autre parts on verra dans le livre de M. Pierre Gauthiez, Lorenzaccio, 1904, que les Médicis aïeux de Lorenzo, « cadets jaloux ou parents pauvres » de Laurent le Magnifique, avaient toujours penché vers
les idées républicaines. Du côté
Soderini aussi «la tradition républicaine dominait. »
|. LORENZACCGIO. où7
étrange serment s’est fait en moi!. Peut-être est-ce là ce qu'on éprouve quand on devient amoureux.
PHILIPPE
J'ai toujours eu confiance en toi, et cependant je crois rêver ?. | LORENZO
Et moi aussi. J'étais heureux alors ; j'avais le cœur et les mains tranquilles; mon nom m’appelait au trône, et je n'avais qu’à laisser le soleil se lever et se coucher pour. voir fleurir autour de moi toutes les espérances humaines. Les hommes ne m’avaient fait nt bien ni mal; mais j'étais bon, et, pour mon malheur éternel, j'ai voulu être grand, Il faut que je l’avoue :°si la Providence na poussé à la résolution de tuer un tyran, quel qu'il füt{, l’orgueil m'y à poussé aussi. Que te dirais-je de plus ? Tous les Césars du monde me faisaient penser à Brutus5,.
PHILIPPE
L'’orgueil de la vertu est un noble orgueil. Pourquoi t'en défendrais-tu ?
Tu ne sauras jamais, à moins d’être fou, de quelle nature est la pensée qui m'a travaillé. Pour comprendre l’exaltation fiévreuse qui a enfanté en moi le Lorenzo qui te parle, il faudrait que mon cerveau et mes entrailles fussent à nu sous un scalpel. Une statue qui descendrait de son piédes-
1. Lorenzo est bien romanti- thodiquement), — de l’autre ses que par ce caracière -involon- | instincts se pervertir sans autaire. et. irrésistible de ses ac- | cun effort pour les contenir. tions les plus fortes ; ilest l’ins- 4, Ce « quel qu'il fût» marque
trument d’une pre qui bien ce qu'il y a d’irrationnel agit en lui, et au besoin malgré | dans sa résolution. C’est Ie mot lui. Sa mission s’est HRPUsee à | de beaucoup d’anarchistes : ils lui par une brusque illumina- | ne choisissent pas leur victime, tion. À parler d’un autre ton, | il leur en faut une. — Toute la Lorenzo est un impulsif ; il a,| suiteanalyse d’une maniere tres une idée fixe : il la subit d’a- | pénetrante Ia psychologie du bord, et aussitôt il la veut : | conspirateur. Les Prutus n’écas pathologique. laient pas rares au temps de
2. [l est naturel que Philippe | Musset; G. Sand en connaîtra se trouve en état de foi à Pégard | bientôt quelques-uns, notam-
de la vocation héroïque de Lo- ment Michel de Bourges, qui firenizo. CE nira par lui inspirer cette bou- 3. On sent ici toute la cofh- : |: tade : « J'ai des grands hommes lexité de ce caractère. Il s’ana- | plein le dos : je les voudrais -lyse et se juge, mais il n’en | tous dans Plutarqué.» laisse pas moins d'une.part sa | 5. Musset parle tantôt de Bruvolonté suivre son train (etAui- | tus l'Ancien, tantôt de Brutus
même continue de l’exalter mé- | le Jeune. V. p. 248, n. 4.
tal pour marcher parmi les hommes sur la place publique
-serait peut-être semblable à ce que j'ai été le jour où j'ai
commencé à vivre avec cette-idée : il faut que je sois un
Brutus. | PHILIPPE
Tu m'’étonnées de plus en plus.
J'ai voulu d’abord tuer Clément VIT; je n’ai pu le faire, parce qu’on m'a banni de Rome avant le temps !.J’aïrecom-,
mencé mor ouvrage avec Alexandre. Je voulais agir seul, sans le secours d'aucun homme. Je travaillais pour l’humanité ; mais mon orgueil restait solitaire au milieu de tous mes rêves philanthropiques?. Il fallait donc entamer par la ruse un combat singulier avec mon ennemi. Je ne voulais pas soulever les masses, ni conquérir la gloire bavarde
d’un paralytique comme Cicéron‘; je voulais arriver à
4. « Le pape Clément avait tres ardemment désiré, non seulement rétablir à Florence la maison des Médicis, mais encore faire du duc Alexandre un prince absolu. » (VArcu1.) Clément VII
- (lui-même bâtard d’un Médicis) avait crié à Lorenzo, en le chas- -sant, qu'il était l’infamie de Ja maison de Médicis. La vérité est qu'il avait été banni pour avoir, une nuit, décapité huit statues de marbre sur l’Arc de Constantin. Il faillit être pendu. On devine pourquoi Musset n’a rien dit de cet acte de vandalisme, qui d'ailleurs procède chez Lorenzo d’insolence et d’ennui. Il avait décapité les statues faute de mieux, ne pouvant se décider à tuer le pape.
2. Lorenzo continue à se juger avec une parfaite lucidité. Il sait qu'il poursuit la réalisation de sa propre beauté, le droit de s’admirer lui-même infiniment, beaucoup plus que le bonheur des hommes, qu’il méprise en masse. Mais il ne s’en est pas rendu compte d’abord: son honnêteté d’adolescent'se serait révoltée, s’il avait soupçonné que son dessein insconscient était d’exalter son moi, — S’en apercevant quand la corruption la gagné, il se garde bien de vou-
loir atténuer en lui cet orgueil
démesuré, cette adoration de sa
propre énergie.
Le vrai Lorenzo avait été adoré de la canaiïlle romaine qui voyait en lui, non un Brutus, mais ün'Alcibiade ;: il était exécré à Florence. — Cette passion de garder tout entière pour soi.la gloire du meurtre ADO peutêtre que le Lorenzo de l’histoire, après être entré danS un complot contre le duc (dont
Musset ne parle pas), s’en soit:
fait le délateur. 11 achevaïit aus-
si, par là, de gagner la confiance
du duc: