ACTE IV
L'acte IV représente l’assassinat d'Alexandre: Lorenzo l'a attiré dans sa propre chambre, en promettant de lui livrer $a tante ÿ la scène de l'assassinat est précédée d’une série de scènes très dramatiques : 1° 4a marquise échappant à ascendant scélérat du cardinal et avouant sa faute à son mari; — l’ensevelissement de Louise Strozzi'; — Lorenzo, au,bord de l’Arno, allant de palais en palais pour avertir, la noblesse que le duc sera tué cette. nuit : bien entendu, tout le monde le croit gris ; — des bannis, dans une plaine, refusant de secourir la vengeance de Pierre Strozzi, le seul énergique ; — Lorenzo, sur une place, devant « la face livide » de la lune, méditant son plan, le coup qu’il portera, frénétique d’impatience: « Allons ! la paix, la paix ! l'heure va venir, » \ Elle est venue. Le duc se couche : | b
LORENZO y ; Dormez-vous, seigneur ? Il le frappe.” - . 04
LE DUC FRE ti
C’est toi, Renzo ? ; Ep T5 | LORENZO* MST LT NOR Seigneur, n’en doutez pas.
4 « ae:
Rien de plus. Puis : « Respire, respire, cœur navré de joie te nature maguifique ! ô éternel repos ! »
AÛTE VU NON
+ se SOI L'acte V, c’est la preuve que Lorenzo avait bien raison de douter de Le ses concitoyens. Les politiques remplacent immédiatement Alexandre +10 par Côme. Le vieux Strozzi, à ‘Venise, déplore que son fils x Pierre ie ss allié du roi de France, soit « prêt à mettre le bourg à feu et à sang », NES
et fait des phrases à Lorenzo sur le pur amour de la patrie. Personne na 1
suivi Lorenzo ; les: Huit l’ont déclaré traître à la patrie, sa tête est mise! à prix. Le marquis n ’en veut pas à sa femme, L’orfévre et le marchand : n recommencent à bavarder, l’un sur ce thème que c’est une honte'de - manquer d'énergie, l’autre sur celui-ci qu'on peut lire Favenir dans les chiffres ; les petits Salviati et les petits Strozzi se prennent aux che- ) VEUX, tandis que leurs précepteurs,. chantres de la liberté, se font des 4: politesses ; les étudiants se mutinent et les soldats les massacrent ; énfin Lorenzo est assassiné à Venise, pendant qu'à Florence Ja canaille acclame le nouveau duc. Rien west ‘changé. | Fes te
L'œuvre expliquée :
[V. Introduction, p. 36.]
LA MUSE
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser; La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore. Le printemps naît ce soirs les vents vont s’embraser;
.* Et la bergeronnette, en attendant Paurore, :
Aux premiers buissons verts commence à se poser. #
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser. LE POÈTE
Comme il fait noir dans la vallée!
J'ai cru qu'une forme voilée
Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie;
Son pied rasait l herbe fleurie ;
C’est une étrange rêverie ;
Elle s’efface et disparaît?.
LA MUSE
Poète, prends ton luth; la nuit, sur la pelouse, Balance le zéphyr dans sen voile odorant*.
La rose, viërge encor, se referme jalouse
1. On sait que l’érudition allemande est grande chercheuse de sources. Îl a paru en 1902, à Berlin,une dissertation de Foss, die « Nuits», von À. de Musset,
qui contient quelques indica-
tions. Nous signalerons nos emprunts par un (F). à
2. M. Jean Giraud (Musset et la Poésie du Nord, Revue Germanique, 1911) Signale que cette
strophe a pu être inspirée à.
Musset par diverses réminis- -cences de la Dédicace de Gæœthe : (Poésies, traduites par M=*Panc-
koucke, 1825) : « Du fleuve qui
arrose la prairie s’élève lente-
ment un épais brouillard qui s'étend en ongaes bandes sur toute la vallée... Je vis planer devant moi une figure céleste.
Ma déité seule se balançait encore dans les airs, entourée :
d'un voiletransparent qui, agité par un léger zéphyr,flottait en formant de gracieuses ondulations. Attendez que le zéphyr du soir vous apporte les vapeurs parfumées des fleurs... »
3. Cf. A. DE ViGny, La Maison du Berger (1844) : «.… Et le soupir d'adieu du soleil à la térre — Balance les beaux lis comme
des encensoirs. »
Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant!. Ecoute! tout se tait; songe à la bien-aimée. : . Ce soir, sous les tilleuls ?, à la sombre ramée - Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux. Ce soir, tout va fleurir : l’immortelle nature Se remplit de parfums, d'amour et de murmure, Comme le lit joyeux de deux jéunes époux.
LE POÈTE 5 2 Pourquoi mon cœur bat-il si vite?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite Dont je me sens épouvanté?
Ne frappe-t-on pas à ma porte?
Pourquoi ma lampe à demi-morte M'éblouit-elle de clarté ?:
Dieu puissant! tout mon corps frissonne.
Qui vient? qui m'appelle? — Personne. 4 Je suis seul; c’est l’heure qui sonne; O solitude! à pauvreté!
LA MUSE
Poète, prends ton luth; le vin de la jeunesse Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet; la volupté l’oppresse, 5 ROUE Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu. O paresseux enfant! regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t’en souviens-tu pas, Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile, - . 1 Et que, les yeux en pleürs, tu tombas dans mes bras? | Ah! je t’ai consolé d’une amère souffrance!
- Hélas! bien jeune encor, tu te mourais d'amour.
4, Cf. pour la poésie de la | une volupté douce se répand fleur chez Musset, Rolla, p.196. dans l'atmosphère parfumée...» Et ce mot d’Il ne faut jurer de | (rapprochement fait par Jean rien, LI, 4 : Tout aimé « depuis | Giraud, article cité). , | l'Océan qui se soulève sous les 4. Le poète divinise la nature pâles baisers de Diane, jusqu’au | et l’inspiration, qui naît d’une scarabée qui s'endort jaloux | communion profonde avec les
dans sa fleur chérie. » forces de la nature, ivre de ns 2. Cf. À quoi. rêvent les jeunes | sa jeunesse renaïissante. Senti- Jilles, p.155, n. 1. ment personnel, mais aussi ré- 3. Cf. GŒTKHE, le Mois de Mai: | nYiniscence paiïenne ; l’inspi- « O doux réveil de la nature! | ration était regardée par les
que le soleil est brillant, que la | anciens comme un délire sacré. prairieestravissante! Detoutes | Ne s’y méêlerait-il pas quelque arts, naissent des fleurs ; les | chose de trouble ? uissons s’animent et retentis- 5. Allusion à une première tra- : sent de mille gazouillements | hison qui avait désespéré le poëamoureux. Le bonheur, l’espé- | te, presque adolescent encore, rance fait palpiter notre cœur ; th G@&THE, Dédicace (d’après -
Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance ; . J'ai besoin de prier! pour vivre jusqu’au jour.
LE POÈIE
Est-ce toi dont la voix m'appelle, Ô ma pauvre Muse! est-ce toi?
O’ma fleur! à mon immortelle! ; \ . Seul être pudique et fidèle % . Où vive-encor l’amour de moi!
ë Oui, te voilà, c’est toi, ma blonde, C’est toi, ma maîtresse et ma sœur ?!
Et je sens, dans la nuit profonde, De ta robe d’or qui m’inonde Les rayons glisser dans mon cœuri,
LA MUSE
Poète, prends ton luth; c’est moi, ton immortelle, Qui L’ai vu cette nuit triste et silencieux,
Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle, Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux.
Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire
Jean Giraud) : « Ne reconnaistu donc pas celle qui a fait son bonheur de verser un baume bienfaisant sur les blessures de ton âme, celle qui a formé avec ton cœur d’étroits liens ?
. —: Oui, je te reconnais ; si uelquefois je fus heureux, ce ut par la douce influence ; tu as calmé les passions qui dévoraient ma jeunesse; dans cette
--saison brûlante de trouble et d’a-.
itation, tu rafraîchissais mon ront d’un souffle céleste. »
(Non seulement l’imitation de Musset est très libre, — mais il n’y a pas ici d'imitation ré-
fléchie ou consciente ; — il faut -
tenir compte de ces réminiscences non pour réduire l’ori-
inalité de Musset, mais pour a mieux comprendre.)