‹ Morceaux choisisChapitre 257 sur 439 · Cf. un passage d’une lettre · texte numérisé non relu

Cf. un passage d’une lettre

à G. Sand, cité p. 224, n.1.

4, Quand la pièce fut jouée à la Comédie-Française de juin à septembre 1850, le public lui fit un grand succès, mais fut choqué par l’immoralité ingé-

« tant de passion et tant de retenue dans le rôle si scabreux de Jacqueline ». Le ministre de l'Intérieur fit suspendre les représentations. Le poète fit alors deux projets de dénouement plus moraux : dans l’un et l’autre, Jacqueline et Fortunio se

disaient adieu.(V.CLouarD, Do-

cuments inédits sur À. de Musset, et LAFOSCADE, p. 423.) £

[Voir Introduction, p. 36.]

L'œuvre expliquée

LE POÈTE - Du temps que j'étais écolier, - Je restais un soir à veiller € Dans notre salle solitaire. ñ Devant ma table vint s'asseoir Un pauyre enfant vêtu de noir, Qui me ressemblait commie un frère.

Son visage était triste et beau:

A la lueur de mon flambeau, Dans mon livre ouvert il vint lire.

IE pencha son front sur ma main,

4. A. de Musset était sujet à des hallucinations; il s’hallucinait lui-même (c'est ce que les médecins appellent autoscopie :

Voir D: Grasser : Demi-fous et demi-responsables, pp.155-7 ; on trouvera dans cet ouvrage l’indication d'articles médicaux sur Musset). Il imaginait si intensément sa personnalité ancienne, ou une partie de son être moral, qu’il la détachait de lui, Ja voyait, l’entendait comme un être étranger, et cependant lié à lui par une intime affinité; suivant les instants, ïl en éprouvait de l’angoisse, de l’'épouvante, ou une sorte de charme brisant. — On s’est plusieurs fois demandé si Musset, en cette Nuit de Décembre, avait subi l'influence littéraire de Heine, qui avait écrit déjà der Doppelsaänger (Le double. Noter d’ail-

Yeurs que ce dédoublement est un thème fréquent chez les romantiques allemands). M. Jean Girau

(Revue d'Histoire litté-

raire, 1942) a très bien montré que Musset à pu échanger ses impressions sur ce phénomène

avec Heiïine, qu’il rencontra chez

la princesse Belgiojoso (et ailleurs), et qu'il connut peut-être Le Double par les Lieder, mis en musique en 1828 par Schubert.

Voici les vers de Heine” .>.7:,.

Pa steht auch ein Mensch und starrt = [in die Hôhe

Und ringt die Hände vor Schmerzen [gewalt,

Mir graust, wenn ich sein Antlitz sche, Der Mond zeigt mir meine eigne gestalt, Du Doppelsgänger, du bleicher geselle,

es mains dans les transports de sa douleur. Je frémis en le voyant. À la clarté de la lune, j'ai reconnu que c'était moi, Ô mon Double, mon pâlecompagnon...»

(J'utilise la traduction de Saint- René Taillandier, Revue des Deux - Mondes, 15 juillet 1854.)

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Et resta jusqu’au lendemain, Pensif, avec un doux sourire. é ;

Comme j'allais avoir quinze ans, Je marchais un jour, à pas lents, Dans un bois, sur une bruyère.

Au pied d’un arbre vint s'asseoir Un jeune homme vêlu de noir,

à Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin;

Il tenait un luth d’une main,

De l’autre un bouquet d’églantine.

Il me fit un salut d’ami,

Et, se détournant à demi,

Me montra du doigt la colline!.

A l’âge où l’on croit à l'amour, J'étais seul dans ma chambre un jour, Pleurant ma première misère ?.

Au coin de mon feu vint s'asseoir

Un étranger vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un fo

Il était morne et soucieux;

D'une main il montrait les cieux, à Et de l’autre il tenait un glaives. TS De ma peine il semblait souffrir,

Mais il ne poussa qu'un soupir,

Et s’évanouit comme un rêve. à

A l’âge où l’on‘est libertin, Te Pour boire un toast en un festin,

Un jour, je soulevai mon verre.

En face de moi vint s'asseoir

Un convive vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frères

Il Secouait sous son manteau Un haïllon de pourpre en lambeau,

4. Faut-il donner à cette col- | neuse. Cette interprétation se-”

line la valeur d’un symbole? Le frère mystérieux du poète lui montre non les sommets ardus où Frank (La Coupe...) avait trouvé le vertige, mais une hauteur peu élevée au-dessus de la

plaine, une pente douce qu'il

aut pourtant vouloir gravir,

pour obtenir une sérénité ES

rait conforme au symbolisme ne US et à celui de Mus- :

se

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