Est-ce la tentation du sui
cide, — ou plutôt le symbole des blessures que se fait un cœur passionné ?
. Sur sa lête un myrte stérilel.
Son bras maigre cherchait le mien, Et mon verre, en touchant le sien, : Se brisa dans ma main débile,
Un an après, il était nuit,
J'étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père?.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
\ Ses yeux étaient royés de pleurs; Comme les anges de douleurs, Il était couronné d’épine; Son luth à terre était gisant, Sa pourpre de couleur de sang, Æt son glaive dans sa poitrine.
Je n’en suis si bien souvenu, Que je lai toujours reconnu A tous les instants de ma vie.
C’est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon, J'ai vu partout cette ombre amie.
Lorsque, plus tard, las de souffrir, ‘
1, Les anciens avaient consacré le myrte à Vénus, déesse de l'amour.
2. A. de Musset perdit son père subitement, le 7 avril 1832; il en ressentit un très profond chagrin, dont il a parlé dans la Confession... III, 11: «... Quelque douleur que puissent causer les passions, il ne faut pas comparer les chagrins de la vie avec ceux de la mort. La première chose que j'avais sentie en m asseyant auprès du lit de mon père, c’est que j'étais un enfant sans raison, qui ne savait rien et ne connaissait rien:
je'puis dire même que moncœur ressentit de sa mort une douleur physique, et je me courbais quelquefois en tordant mes mains comme un apprenti qui s’éveille. Je commençais à sentir cette vérité que dans tous les maux il y a toujours quelque
Pour renaître ou pour en finir,
bien, et qu’une grande douleur, quoi qu’on en dise, est un grand repos... » Passe-t:il quelque chose de ces pensées dans les deux
strophes de la Nuit ?
3. Cf. une lettre à G. Sand, 1835, où Musset commente un rêve qu’elle avait fait : « Une main invisible m'amenait à toi; ange de tes douleurs m'avait mis dans la main une couronne d’épines et un Jlinceul blanc et m'avait dit: « Va lui porter ce- 1a.:...» Et il lui demande si
. ombre triste et souffrante de son
oète ne lui apparaît pas dans e dernier rêve de sa vie?
. 4. Ce glaive que Pétranger fraternel ne tient plus à la main, mais qu’il a dans la poitrine, signifierait donc que la douleur filiale de Musset fut plus déchirante que toutes ses tortures d’amour (cf, note 3).