DON PAEZ
Analyse et Extraits 2 | “à
[Après un court préambule sur la perfidie des femmes, e poète an. < nonce qu'il va le prouver par une histoire.]
Un mardi, cet été, Vers deux heures de nuit, si vous aviez été
Place San-Bernardo, contre la jalousie D'une fenêtre en brique, à frange cramoisie,
Et que, le cerveau mû de quelque esprit fallet,
Vous eussiez regardé par le trou du volet,
Vous auriez vu, d’abord, une chambre tigrée?, : De candélabres d’or ardemment éclairée ; :
Des marbres, des tapis montant jusqu'aux lambris ;
Çà et là, les flacons d’un souper en débris ; =: Des vins, mille parfums; à terre, une mandore‘
Qu'on venait de quitter, et frémissant encore,
De même que le sein d’une femme frémit
Après qu’elle a danséÿ. — Tout était endormi;
La lune se levaitf ; sa lueur souple et molle, :
très couleur locale. — TI] faudrait - Re comparer tout ce début à celui =.
du poème d’A. de Vigny, Dolo- | rida (écrit en 1883): CFpn3 ee
4. D’après une lettre de Paul ; Foucher, Don Paez remonterait | au printemps de 1828. (Léon S£- CHÉ, V. Hugo et les Poëtes, I,
2. l'igrée : on peut hésiter sur le sens de ce mot. Musset a-t-il voulu rendre la sensation des taches ou des raies lumineuses que la lueur de la lune, en passant par la jalousie, jette sur les murs et sur le plafond de la chambre ? C’est possible. (V. plus loin ses longs rayons d’ar-
gent). — Mais il est aussi très .
possible que ce mot tigrée se soit imposé à l'imagination de Musset : il faisait partie du bricà-bracoriental,espagnolet mauresque cher aux jeunes romantiques (V. HuGo, ORIENTALES :
Trois officiers, — ‘immobiles et Ters sur leur selle tigrée). Le sens serait alors : une chambre tapissée de peaux detigre. Ce serait
3. Imprécision hyperbolique, ui est plus dans la manièredes es
erniers classiques que dans celle de Musset, si attentif d’'habitude à traduire exactement ses sensations.