CF. le pores de Frédéric et Bernerelle cilé pp
trompé, il faut que tu l’aies bien aimée! oui, plus que moi, bien plus, hélas! puisque avec tout mon pauvre amour je
ne puis effacer son image’ il faut aussi qu éllé tait cruelle-.
ment trompé, puisque c'est en vain que je ie suis fidèle. Et les autres, ces misérables, qu'ont-elles donc fait pour empoisonner ta jeunesse? Les plaisirs qu’elles l'ont vendus étaient donc bien vifs et bien terribles, puisque tu me
demandes de leur ressembler! Tu te souviens d’elles près:
de moi! Ah! mon enfant, c'est là le plus cruel. J'aime mieux te voir, injuste et furieux, me reprocher des crimes imaginaires et te vengèr sur moi du mal que t'a fait ta premiére maîtresse, que de trouver sur ton visage cette affreuse gaieté, cet air de libertin railleur qui vient tout à coup se poser comme un masque de plâtre entre tes lèvres et les miennes. Dis-moi, Octave, pourquoi cela? pourquoi ces jours où tu parles de l’amour avec mépris, et où tu railles si tristement jusqu’à nos épanchements les plus doux?
Quel empire avait donc pris sur tes nerfs irritables cette
vie affreuse que tu as menée, pour que de pareilles injures flotient encore malgré toi sur tes lèvres? Oui, malgré toi, car ton cœur est noble: tu rougis toi-même de ce que tu fais ; tu m'aimes trop pour n’en pas souffrir, parce que tu vois que j'en souffre, Ah! je te connais maintenant, La première fois que je t'ai vu ainsi, j'ai été prise d’une terreur dont rien ne peut te donner l’idée. J'ai cru que tu n'étais qu'un roué, que tu m'avais trompée à dessein par l'apparence d’un amour que tu n'éprouvais pas, et que je te voyais tel
que tu étais véritablement. O mon ami! j'ai pensé à la $
mort ; quelle nuit j'ai passée! Tu ne connais pas ma vie;
tu ne sais pas que, moi qui te parle, je n’ai pas fait du monde une expérience plus douce que la tienne. Hélas!
elle est douce, la vie, mais c’est à ceux qui ne la connais-!
sent pas.
[Brigitte raconte alors seulement à Octave son triste passé, la trahison d’un fiancé, le serment qu’elle s'était fait de ne plus « souffrir une seconde fois ce qu’elle a souffert alors, » « Il faut, dit-elle, me traiter doucement: si vous êtes malade, je le suis aussi ; il faut avoir soin l’un
de l’autre. » Plus que jamais, elle est pour Octave la « frèle et sublime
créaturè », qu'il jure « d'aimer comme elle le métite. » Mais les impulsions de son cœur malade sont plus fortes que sa volonté; « ses accès de méchanceté et d’ironie prennent un caractère sombre et intraitable. :
En vain Brigitte multiplie les preuves de dévouement; ils espérent renouveler leur vie en faisant un long voyage. Les voici d'abord à
Paris : Brigitte a quitté pour Octave sa province, ses amis ; elle a brisé toutes ses attaches, elle s’est perdue. Il sait qu’elle s immole pour lui : « Quel repentir me pénétrait à la vue de ce beau et tranquille visage
.qui souriait à l’avenir, pâle encore des douleurs du passé. » Sa passion
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a dés violences étranges; mais au milieu du culte qu’il lui rend, éclate une fureur sacrilège, un besoin pervers de blasphémer la sainteté de son amour et de faire souffrir Brigitte.
Ici, Musset introduit dans son récit, en l’arrangeant beaucoup, l’étonnant épisode des amours de G. Sand et du docteur Pagello (v. Introduction, p. 30). Pagello, c’est dans La Confession le bon Smith, ambassadeur de la famille de Brigitte; il est de ceux dont on se sert pour amortir les scandales; caractère noble, uni d’avance à Brigitte par une sympathie de mélancolie: On devine ce qui va se passer : Brigitte,
lasse du frénétique et orageux amour d’Octave, sent naître en son cœur un
sentiment paisible, profond et inavoué pour Smith; elle voudrait se sacrifier pour Octave : mais il y voit clair. Par orgueil autant que par sentiment de ses torts, il n'acceptera pas ce sacrifice. Mais avant de montrer lui-même à Brigitte son destin véritable, il éprouve les suprèmes convulsions de la jalousie. Après une scène violente, où Brigitte a fait. sentir à Octave toute son injustice et sa cruauté (« Par quels tourments, quels sacrifices, apaiserai-je l'avide, l’insatiable amour ? »}, brisée
. par ce terrible effort, redevenant tout d’un coup, après être allée « plus
loin que sa force », un enfant « plaintif et délicat », elle s’est endormie.