‹ Morceaux choisisChapitre 296 sur 439 · MUSE · texte numérisé non relu

MUSE

Depuis que le soleil, dans l'horizon immense,

A franchi le Cancer sur son axe enflammé!,

Le bonheur m’a quittée, et j'attends en silence L'heure où m’appellera mon ami bien-aimé. :

Hélas ! depuis longtemps sa demeure est déserte ;

Des beaux jours d'autrefois rien n’y semble vivant, / Seule, je viens encor, de mon voile couverte, Poser mon front brûlant sur sa porte entr’ouverte, Comme une veuve en pleurs au tombeau d’un enfant.

LE POÈTE

Salut à ma fidèle amie! | N

4. Circonlocution à la manière antique pour dire : depuis le mois de juin. L'expression n’a d'ailleurs plus qu’une vérité de convention. Du temps de l’astronome Hipparque ,(2° siècle av. Jésus-Christ), le signe du Zodiaque qui, « par suite de la révolution annuelle de la terre, semble parcouru par le Soleil à peu près du 20 juin au 20 juillet », coïncidait avec la constellation du cancer (figurée par une écrevisse). Aujourd'hui il en est très éloigné (LITTRÉ). V.

Te,

!- VOLTAIRE, XVIIe LETTRE PHILO-

SOPHIQUE, sur l’Infini et la Chronologie). — Il est exact qu’en juin 4836, Musset avait commencé d'écrire une Nuït de Juin, dont il n'existe que ces vers :

Muse, quand le blé pousse, il faut être

I[ioyeux.

Regarde ces coteaux et leur blonde Xe [parure.

Quelle douce clarté dans l’immense : [nature !

Tout ce qui vit.ce soir doit se sentir : [heureux..,

Salut, ma gloire et mon amour!

La meilleure et la plus chérie -Est celle qu'on trouve au retour.

L'opinion et l’avarice

Viennent un temps de-m'emporter!, + Salut, mia mère et ma nourrice!

Salut, salut, consolatrice?! :

Ouvre tes bras, je viens chanter.

LA MUSE

Pourquoi, cœur altéré, cœur lassé d'espérance, T’enfuis-tu si souvent pour revenirsi tard ?

Que t’en vas-tu chercher, sinon quelque hasard?

Et que rapportes-tu, sinon quelque souffrance ?

Que fais-tu loin de moi, quand j'attends jusqu'au jour ? Tu suis un pâle éclair dans une nuit profonde 3, I ne te restera de tes plaisirs du monde

Qu'un impuissant mépris pour nôtre honnête amour. Ton cabinet d'étude est vide quand j'arrive ;

Tandis qu’à ce balcon, inquiète et pensive,

Je regarde en rêvant les murs de ton jardin, F5

/ 1. Allusion à des articles sur le Salon de 1836. que le poète avait fait paraitre dans la Re- : vue des Deux Mondes d’août . 14836, afin de redorer ses finan-

ces. — Quant à l'opinion, c’est.

une allusion aux vers écrits en ‘août 1835 par Musset, à propos de La Loi sur la Presse,

9, Cf. Le Saule (1830):

Toi, déesse des chants, à qui, dans

[son supplice, La douleur tend les bras criant : — Consolatrice ! EGonsélstrice |

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