‹ Morceaux choisisChapitre 330 sur 439 · M. Grammont (Le Vers · texte numérisé non relu

M. Grammont (Le Vers

français, 8, 1904, p. 65) propose un très intéressant commentaire rythmique de cette pièce:

« C’est un mélange de badinage -et de gravité... d’où deux tons représentés par deux types de

vers : pour le badinage, un trimètre composé d’un hémistiche à six syllabes et d’un autre à 2 +4 ou 4 +2; pour les idées graves, le tétramètre classique. »

Exemple : Ù

Si je vous le disais | pourtant, | que je vous aime, ‘: Qui sait, | brune aux yeux bleus, | ce que vous en diriez ? : L'amour, | vous le savez, | cause une peine | extrême,

C'est un mal | sans pitié | que vous plaignez

vous-même :

Peut-ê | tre cépendant | que vous m'en puniriez.

« Les quatre strophes suivantes sont construites d’une manière symétrique; les deux AN A vers sont graves et és trois derniers sont légers. »

Dans les strophes 6 à 9 «le ton est uniformément grave, il n’y a plus de trimètres. » Le trimètre reparaît, avec le badinage, dans la derniere strophe.

. M. Grammont est le premier à reconnaître qu’il y a plusieurs manières de couper ces vers;

Looneo:

mais celle qu’il propose est très suggestive et s'accorde en général aux intentions probables :

du poète. (Ce trimètre non romantique, avec un accent rythmique sur la sixième syllabe, mais à trois mesures seulement, l’une des mesures étant constituée par un hémistiche tout entier, convient parfaitement, comme le remarque M. Gram-.

mont, à la plaisanterie : c’est

le vers de la comédie.)

AS

Si je voüs le disais, qu’une douce folie

A fait de moi votre ombre, et m'attache à vos pas : — Un petit air de doute et de mélancolie, -

Vous le savéz, Ninon, vous rend bien plus jolie ; — Peut-être diriez-vous que vous n’y croyez pas.

Si je vous le disais, que j'emporte dans lâme © Jusques aux moindres mots de nos propos du soir : — Un regard offensé, vous le savez, madame,

Change deux yeux dazur en deux éclairs de flamme ; — Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille, Que chaque jour je pleure et je prie à genoux — Ninon, quand vous riez, vous savez qu'une abeille

‘ Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille ; — Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

Mais vous n’en saurez rien; — je viens, sans en rien dire, M'asseoir sous votre lampe et causer avec vous;

Votre voix, je l’entends, votre air, je le respire; —

‘Et vous pouvez douter, deviner et sourire,

Vos yeux ne verront pas de quoi m'être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses:

Le soir, derrière vous, j'écoute au piano

Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,

Et dans les tourbillons de nos valses joyeuses,

Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de’si loin le monde nous sépare,

Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,

De mille souvenirs en jaloux je m'empare ;

Et là, seul devant Dieu, plein d’une joie avare,

J’ouvre, comme un trésor, mon cœur tout plein de vous.

J'aime, et je sais répondre avec indifférence ;

J’aime, et rien ne le dit; j'aime, et seul je le sais;

Et mon secret m'est cher, et chère ma souffrance ;

Et j'ai fait le serment d'aimer sans espérance, Mais non pas sans bonheur : — je vous vois, c’est assez.

Non; je n'étais pas né pour ce bonheur suprême

De mourir dans vos bras, et de vivre à vos pieds.

Tout me le prouve, hélas, jusqu’à ma douleur même...

Si je vous le disais, pourtant, que je vous aime,

Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

, È & | Lorsque Emmelihe eut achevé sa lecture, elle rendit le

papier à Gilbert, sans rien dire, Un peu après, elle le lui redemanda, relut une seconde fois, puis garda le papier à la main d’un air indifférent, comme il avait fait tout à l'heure, et, quelqu'un s étant approché, elle se leva, et ou-

pis de rendre les vers.

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