Cf. Nuit d’Août, p. 361, n
Fe
LE POÈTE Je suis si bien guéri de cette maladie, Que j'en doute parfois lorsque j’y veux songer; : x Et quand je pense aux lieux où j'ai risqué ma vie, J'y crois voir à ma place un visage étranger!. Muse, sois donc sans crainte ; au souffle qui t’inspire Nous pouvons sans péril tous deux nous confier. Il est doux de pleurer, il est doux de sourire Au souvenir des maux qu’on pourrait oublier.
LA MUSE
Comme une mère vigilante?
Au berceau d’un fils bien-aimé, Ainsi je me penche tremblante Sur ce cœur qui m'était fermé, Parle, ami, — ma lyre attentive D'une note faible et plaintive Suit déjà l’accent de ta voix.
Et dans un rayon de lumière, Comme une vision légère, 4 Passent les ombres d'autrefois,
LE POÈTE Jours de travail! seuls jours où j'ai vécu?!
O trois fois chère solitude !
Dieu soit loué, j'y suis done revenu, A ce vieux cabinet d'étude !
Pauvre réduit, murs tant de-fois déserts, Fauteuils poudreux, lampe fidèle, O mon palais, mon petit univers, Et toi, Muse, à jeune immortelle, Dieu-soit loué, nous allons donc chanter !
Oui, je veux vous ouvrir mon âme,
4. Nous savons déjà que Musset, comme tous les êtres très impressionnables, s’est maintes . fois étonné de $e trouver si différent de lui-même; tantôt il s’'épouvantait de s'être oublié lui-même, tantôt il s’abandonnait avec exaltation à la joie de sentir en lui comme un nouvel épanouissement. Mais les spectres du passé revenaient l’halluciner : la mémoire chez lui est plus forte que les puissances d’oubli, Voir la suite.