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Il arriva alors une chose peut-être difficile à expliquer et peut-être aisée à comprendre. Dès que la marquise crut sérieusement que ‘cette déclaration qui l'avait choquée n’était réellement pas pour elle, elle en parut surprise et presque blessée. Soit que la légèreté de Valentin lui semblât trop forte, s’il en aimait une autre, soit qu’elle regrettât d’avoir montré de la colère mal à propos, elle devint réveuse, et, ce qui est étrange, en même temps irritée et coquette. Elle voulut revenir sur son pardon, et, tout en cherchant querelle à Valentin, elle s’assit à sa toilette; elle dénoua le ruban qui entourait son cou, puis le rattacha ; elle prit un peigne ; sa coiffure semblait lui déplaire { elle refaisait une boucle d’un côté, en retranchait une de l’autre; comme elle arrangeait son chignon, le peigne lui glissa des mains, et sa longue chevelure noire lui couvrit les épaules.
[L'amour- -vanité les a liés. Valentin n'en reste pas là : l’amour-pitié le lie à M** Delaunay, qu'un peu de jalousie rend, plus faible. Valentin, |
« toujours différent de lui-même, trouvait moyen d’être vrai en n'étant jamais sincère, et l’amant de la marquise n’était pas celui de la veuve. » H sent bien que la marquise n’a que de l'esprit et de l’orgueil. Au fond du cœur il préfère l’autre: mais il n’en sait rien lui-même.
Le hasard va se mêler de l’affaire, Me Delaunay fait de la tapis-
serie, et elle vend ses ouvrages. Elle a vendu certain coussin que Valen-
tin a vu, bien des soirs, entre ses mains. Et l’acheteuse, c’est Mr° de
Parnes, qui lui en fait ideaÿ !& La différence que la destinée avait mise
entre ces deux femmes se montrait à lui, en ce moment, sous une forme
si palpable, qu'il ne put s'empêcher d'en souffrir.» Le pire est que la marquise se flatte d’avoir fait elle-même ce coussin. Explication, vanité froissée, un peu d'émotion aussi, rupture. « Elle ôta de son doigt une à. bague d'or où était enchâssée une aigue-marine. — Tenez, dit- “ellé ASS
Valentin, portez ceci pour l'amour de moi; cette pierre ressemble à une larme. » Que va-t-il faire ? courir après la marquise de Parnes, qui s’en
va rejoindre son mari en Hollande, se lancer dans une équipée comme —
celle de Lauzun déguisé en postillon ? Mais quelle douleur pour Ja
veuvel c'est cette douleur de il craint: « Suis-je fou ? Aï-je ma raison ? “ « Suis-je perfide ou sincère ? Ai-je trop peu de courage ou ven peu
d'amour ? »
Il se mit à sa table, et, prenant le dessin qu'il avait fait
‘autrefois, il considéra attentivement ce portrait infidèle qui ressemblait à ses deux maîtresses, Tout ce qui lui était arrivé depuis deux mois se représenta à son esprit:
le pavillon et la chambrette, la robe d’indienne et les. blanches épaules, les grands dîners et les petits déjeuners,
le piano et l'aiguille à tricoter, les deux mouchoirs’, le
1. Un mouchoir prêté par la | que Valentin avait laissé tome marquise, très finement brodé, | ber un jour chez la veuve, — et