‹ Morceaux choisisChapitre 353 sur 439 · RE | NS · texte numérisé non relu

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430 ALFRED DE MUSSÉT

plus que le souflle. Ne te fais jamais reproche de ma mort ; je sens bien que, si tu avais pu, rien de tout cela ne serait arrivé; je le sentais, moi, et je n’osais pas le dire; j'ai vu tout se préparer, mais je ne voulais pas te tourmenter. à | « C’est par une triste nuit que je l’écris, plus triste, '£ sois-en sûr, que celle où4u es venu sonner et où tu m'as trouvée sortie. Je ne l'avais jamais cru jaloux ; quand j'ai. su que tu étais en colère, cela m'a fait peine et plaisir. Pourquoi ne m'as-tu pas atténdue d'autorité? Tu aurais vu la mine que j'avais en rentrant de ma bonne fortune ; mais c'est égal, tu m'aimais plus que tu ne le disais. | « Je voudrais finir, et je ne peux pas. Je m'attache à ce a papier comme à un réste de vie; je serre mes lignes ; je voudrais rassembler tout ce que j'ai de force et te l’ envoyer. Non, tu n’as pas connu mon cœur. Tu m'as aimée. parce que tu es bon; c'était par pitié que tu venais, et aussi un peu pour ton plaisir. Si j'avais été riche, tu ne m’aurais = pas quittée : voilà ce que je me dis; c'est Ja seule chose qui me donne du courage. Adieu.

« Puisse ton père ne pas se repentir du mal doc il a été E cause! Maintenant, je le sens, que ne donnerais-je pas pour savoir quelque chose, pour avoir un gagne-pain dans les. mains! Il est trop tard. Si, quand on est enfant, on pouvait voir Sa vie dans un miroir, je ne finirais pas ainsi ; tu m'aimerais encore ; mais peut-être que non, puisque tu” vas te marier. 7 ie « Comment as-tu pu m'écrire une lettre aussi déte ? Puisque ton père l'exigeait ét puisque tu allais partir, je ne croyais pas mal faire en essayant de prendre un autre amant. Jamais je n’ai rien éprouvé de pareil, et jamais je = 20 n’ai rien vu de si drôle que sa figure, quand je «us ai RL déclaré que je retournais chez moi. NE

{ Mis PRO TR

« Ta lettre m'a désolée; je suis restée au coin de mon feu LS pendant deux jours, sans pouvoir dire un mot ni bouger. Je suis née bien malheureuse, mon ami. Tu ne saurais :

croire comme le bon Dieu m'a traitée depuis une pauvre vingtaine d’anhées que j’existe : c’est comme une gageure. Enfant, on me battait, et quand je pleurais, on m’envoyait dehors : « Va voir s’il pleut », disait mon père. Quand j'avais douze ans, on me faisait raboter des planches; et quand je suis devenue femme, m'a-t-on assez persécutée ! Ma vie s’est passée à tâcher de vivre, et finalement à voir … qu'il faut mourir. :&

« Que Dieu te bénisse, toi qui m'as donné mes seuls, FPE

“seuls jours heureux ! J'ai respiré là une bonne bouffée d'air; ee

que Dieu te la rende! Puisses-tu être heureux, libre, à ami! Puisses-tu être aimé comme t'aime ta mourante, ta pauvre

Bernerette ! :

.. .« Ne t’afflige pas ; tout va être fini. Te ouviens tu d’une tragédie allemande que tu me lisais un soir chez nous? Le héros de la pièce demande : « Qu'est-ce que nous crierons en mourant ? — Liberté!! » répond le petit Georges. Tu as pleuré en lisant ce mot-là. Pleure donc ; c’estle dernier cri de ton amie. É

« Les pauvres meurent sans testament : je t'envoie pourtant une bouclé de mes cheveux. Un jour que le coiffeur me les avait brûlés avec son fer, je me rappelle que tu voulais le battre. Puisque tu ne voulais pas qu’on me brülât mes cheveux, tu ne jelteras pas au feu cette boucle.

« Adieu, adieu encore, pour jamais.

« Ta fidèle amie.

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