Sur Pépicurisme de Mus- | Jattet
Qu'il est doux d'être au monde, et quel bien que la vie !
Tu le disais ce soir, par un beau jour d'été. Tu le disais, ami, dans un site enchanté, Sur le plus vert coteau de ta forêt chérie.
Nos chevaux, au soleil, foulaient l'herbe futé 2 Et moi, silencieux, courant à ton -côté,
Je laissais au hasard flotter ma rêverie ;
Mais dans le fond du cœur je me suis répété :
. . .+ * , & Oui, la vie est un bien, lai joie est une ivresse ; Ilest doux d’en user sans crainte et sans soucis ; Il est doux de fêter les dieux de la jeunesse,
De couronner de fleurs son verre et sa maîtresse, D’avoir vécu trente ans comme Dieu l’a permis, Et, si jeunes encore, d'être de vieux amis. »
Noter que l'Espoir en Dieu est de février de la même année,
Bury, 10 août 1838.
set, cf. Nuit d'Octdbre. P: 15, 2, 10. ntroduction, p. 40. n. 3 : — ‘et ce sonnet- à A,
» Été
L'ESPOIR EN DIEU
Je voudrais vivre, aimer, m'accoutumer aux hommes, Chercher un peu de joie et n’y pas trop compter !, Faire ce qu’on a fait, être ce que nous sommes,
Et regarder le ciel sans m'en inquiéter. >
Jé ne puis; — malgré moi l'infini me tourmente ?. - Je n’y saurais songer sans crainte et sans espoir ;
Et, quoi qu’on en ait dit, ma raison s’épouvante
De ne pas le comprendre, et pourtant de le voir 3. Qu'est-ce donc que ce monde, et qu'y venons-nous faire, Si, pour qu'on vive en paix, il faut voiler les cieux1?, - Passer comme un troupeau? les yeux fixés à terre,
Et renier le reste, est-ce donc être heureux ?
Non, c’est cesser d’être homme et dégrader son âme,
Dans la création le hasard m'a jeté;
Heureux ou malheureux, je suis né d’une femme,
Et je ne puis m’enfuir hors de l'humanité 6.
Que faire donc ? « Jouis, dit la raison païenne ; Jouis et meurs ; les dieux ne songent qu'à dormir. — Espère seulement, répond la foi chrétienne ;
Le ciel veille sans cesse, et tu ne peux mourir ». Entre ces deux chemins j'hésite et je m’arrête®,
4. Les joies inattendues sont les plus douces au cœur du sage épicurien, qui ne connail plus l’âpreté des désirs.
2. Sur l'angoisse métaphysique chez Musset, et sur l’aspiration religieuse, cf. Rolla (v.les notes), la Lettre à Lamartine.