‹ Morceaux choisisChapitre 375 sur 439 · RACHEL DANS LE RÔLE DE ROXANE · texte numérisé non relu

RACHEL DANS LE RÔLE DE ROXANE

c’est une sullane, une esclavé, une amante, tout ce qu’on voudra ; mais elle a passé par le noble cerveau de Racine; -et croyez qu’un poète qui mettait deux ans et demi à traduire la Phèdre d’'Euripide, presque vers par vers (comme Schiller, à son tour, a traduit la traduction française) ; croyez, dis-je, que ce poète avait dans l’âme un certain instinct de la beauté et de l'idéal, qui ne s’accommode pas d'héroïnes tigresses. Celui qui passe une heure à polir un vers n’y fait pas entrer une idée honteuse ; si sa pensée est cruelle, il sait l’adoucir ; ardente, la purifier ; amoureuse, l’ennoblir ; jalouse, la sonder sans trouble ; sublime et chaste, l’exprimer simplement; s’il a à peindre une Roxane il la-peindra, n’en doutez pas, et sans qu’un trait manque au tableau ; mais chaque trait sera tel que nulle autre main que la sienne ne l'aura pu dessiner ; et de cette main, le cœur en répond. Avant tout, la poésie est là, qui veille, cette rose emnpoisonnée dont parle Shakspeare, et dont le parfum ne s'échappe qu'avec crainte, modestie et honnêteté ; voilà pourquoi une enfant de seize ans, quand elle s’appelle Rachel, peut jouer Roxane. :

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