Musset reprend (pour y ré
pondre) les paroles de Diderot :
« Le premier serment que se firent deux êtres de chair, ce fut au pied d’un rocher qui tombait en poussière; ils attestèrent de leur constance un ciel qui n’est pas un instant le même; tout passait en eux et autour d'eux et ils croyaient leurs cœurs affranchis de vicissitudes. O enfants! toujours enfants! » Voyez comment Musset développe Îles éléments lyriques offerts par Diderot. à 4. Les hommes donnent des noms aux astres; mais Musset veut dire que l’on ne sait d’où viennent ces astres, ni où ils vont:ce sont les passagers mys-
. térieux de l'infini. Nous les nom-
mons pendant qu’ils passent, en attendant qu’ils deviennent, comme toute chose éphémère,
ce « je ne sais quoi qui n’a plus
de nom dans aucune langue », 5. Cf. le passage de la Confes-
sion, cité à propos de la Nuit
d'Aoûlt, p. 336, n. {. à
-— Insensés ! dit le sage. — Heureux! dit le poète. Et quels tristes amours as-tu donc dans le cœur, Si le bruit du torrent te trouble et t'inquiète,
Si le vent te fait peur 1?
J'ai vu sous le soleil tomber bien d’autres choses
Que les feuilles des bois et l’écume des eaux,
Bien d’autres s’en aller que le parfum des roses - Et le chant des oiseaux.
Mes yeux ont contemplé des objets plus funèbres Que Juliette morte au fond de son tombeau, Plus affreux que le toast à l’ange des ténèbres
Porté par Roméo ?.
J'ai vu ma seule amie, à jamais la plus chère,
Devenüe elle-même un sépulere blanchi,
Une tombe vivante où flottait la poussière De notre mort chéri 3, -
De notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde, Nous avions sur nos cœurs si doucemeñt bercé { ! C'était plus qu’une vie, hélas lc’était un monde
Qui s'était effacé !
1. Le torrent et le vent sont les symboles qui nous-avertissent de la fuite universelle des choses.
2. Juliette est seulement endormie par un narcotique ; Roméo la croit morte et s’'empoisonne: « Ah !chère Juliette, ditil, pourquoi es-tu si belle encore? Dois-je croire que le spectre de la mort est amoureux,et que l’affreux monstre décharné te gardeici dans les ténèbres pour te posséder. Horreur! je veux rester près de toi, et ne plus sortir de ce sinistre palais de la nuit. Ici, ici je veux rester, avec ta chambrière, la vermine! Oh!
c'est ici que je veux fixer mon éternelle demeure et soustraire au joug des étoiles ennemies celte chair lasse du monde.
Viens, amer conducteur, viens, âcre guide. Ame bien-aimée !.….
je meurs ainsi, sur un baïser. »
(Traduetion François-Victor Hugo.) — Musset écrivait à G. Sand en 1834: « La postérité répétera nos noms comme ceux de ces
amants immortels qui n’en ont plus qu’un à eux deux, comme oméo et Juliette, comme Hé-
loïse et Abélard, » ISA 3. L'image est d’une grande beauté, — mais Musset-ne se
laisse-t-il pas aller à une association d'images qui dépasse sa pensée en parlant de sépulcre
blanchi? (C'est le mot par le:
quel l'Evangile stigmatise l’hypocrisie des Pharisiens.)