‹ Morceaux choisisChapitre 389 sur 439 · Cf. Musset à G.. Sand · texte numérisé non relu

Cf. Musset à G.. Sand

«.… Quand ta douleur devrait .

être pour moi un enfant chéri:

ue je bercerais doucement... »

Ét Namouna, I, XL :

Tant qu'un grain d'amitié reste dans

/ [la balance,

Le souvenir souffrant s'attache à l'es

= [pérance,

Comme un enfant malade aux lèvres

[de sa sœur.

Voilà pour justifier cette épi-

thète de dolente, que les médi-

sants donnent quelquefois à la

sensibilité de Musset.

FLE ‘SOUVENIR ce 2. BA

Oui, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,

Je l’ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois,

Ses lèvres,s’entr'ouvraient, et c'était un sourire,

J Et c'était une voix ;

Mais non plus cette voix, non plus ce doux langage,

Ces regards adorés dans les miens confondus ; > - Mon cœur, encor plein d'elle, errait sur son visage,

Et ne la trouvait plus.

Et pourtant j'aurais pu march®r alors vers elle, Entourer de mes bras ce sein vide et glacé, Et j'aurais pu crier : « Qu’as-tu fait, infidèle,

| | Qu’'as-tu fait du passé !? »

Mais non : il me semblait qu’une femme inconnue Avait pris par hasard cette voix et ces yeux ; - Et je laissai passer cette froide statue En regardant les cieux ?.

Eh bien ! ce fut sans doute une horrible misère

Que ce riant adieu d’un être inanimé#,

Eh bien! qu'importe encor ? O nature! à ma mère! En ai-je moins aimé?

La foudre maintenant peut tomber sur ma tête ; - Jamais ce souvenir ne peut m'être arraché ! Comme le matelot brisé par la tempête, Je m'y tiens attaché.

Jetne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent#,

1. Et c’est bien ce que fit en | du christianisme, la rêverie sur réalité Musset, Mais ici il n’a: | le Christ considéré comme un pas voulu tout dire: il aurait | grand abandonné, que le monrefait la Nuit d'Octobre. Ces cris | de impitoyable laisse agoniser,

< d'angoisse que l'amour déçu lui | exaltaient la sensibilité de Musa vraiment arrachés, ces drama- |iset, mais ne la disciplinaient tiques supplications,”"il ne les | nullement. rappelle plus que par prétéri- 3. Voyez une autre version littion : le dessin général de cette |. téraire de la première séparation pièce le voulait, Mais que de | de George Sand et de Musset,

douleur vivante encore résonne | — présentée d’ailleurs comme

en ces dernières strophes! définitive, — à la fin de la Con- 2. Pour les prendre à témoin | fession, p. 339.

de l’infidélité de cette femme, 4. Il le voulait au contraire

plutôt que pour les prier. Bien | dans la Nuit d'Août ; le sentiue Musset ait eu, au retour de ment qui le remplissait alors, enise, et pendant les années | -c'était celui de l’inépuisable jeu-

suivantes, des accès de religio- | nèsse du monde et de son pro-

sité, la religion n’a jamais été | pre cœur, gonflé d'une sève noupour lui un refuge ; le regret velle, . :

Ye ee ALFRED DE MUSSET

Ni ce qu’il adviendra du simulacre ! humain,

Ni si ces vastes cieux éclaireront demain Ce qu'ils ensevelissent?. FA

Je me dis seulement : « À cette heure, en ce lieu, J Un jour, je fus aimé, j'aimais, elle était belle.

J'enfouis ce trésor dans mon âme immortelle, Et je l'emporte à Dieu! »

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