APRÈS UNE LECTURE 1 L
Au milieu des bavards qui se font imprimer,
Des grands noms inconnus dont la France est lassée. Et de ce bruit honteux qui salit la pensée,
Il est doux de rêver avant de le fermer,
Ton livre, et de sentir tout son cœur s’animer.
L'avez-vous jamais lu, marquise ? et toi, Lisette? Car ce n’est que pour vous, grande dame ou grisette, Sexe adorable, absurde, exécrable et charmant, Que ce pauvre badaud qu’on appelle un poète
Par tous les temps qu'il fait s’en va le nez au vent, : Toujours fier et trompé, toujours humble et rêvant.
Que nous font, je vous prie, et que pourraient nous faire, A nous autres, rimeurs, de qui la grande affaire
Est de pous consoler en arrangeant des mots,
Que nous font les sriiilets, les cris ou les bravos ?
Nous chantons à tue-tête ; 11 faut bien que la terre
Nous réponde, après tout, par quelques vains échos.
Mais quel bien fait le bruit et qu'importe la gloire ?
Est-on plus ou moins mort quand on est embaumé ? Qu'importe un écolier, sachant trois mots d'histoire,
Qui tire son bonnet devant une écritoire
Ou salue en passant un marbre inanimé ? N Etre àdmiré n’est rien ; l’affaire est d’être aimé?.
aux esprits élevés. Et toi, ô Mort, que j'invoque depuis longtemps, toi que j'ai célébrée pour compenser les outrages du vulgaire ingrat, ferme toujours
à la lumière nos yeux attris-,
tés... Je n’espère qu’en toi seule, en attendant ce jour serein où
il me sera donne de reposer mon ‘
visage endormi sur ton sein virginal.… Le monde a deux belles choses : l'amour et la mort. (Traduction de Giuseppe Gramegna, Le Poëte de La Mort, 1895.V. Lurc# Pasrori, Îl pessimismo di Leo-
ardi e di Musset, VINCENT DEL
AESTRO : Le pessimisme de deux poëtes contemporains, etc).
4, Nous voici loin du temps
où Musset aurait voulu que la poésie fût l’alliée de l’action (cf.
p. 117, n.4). Il a pris Son parti de l’inutilité universelle, et Part est un alibi par où il s'évade de
Ja réalité; mais n'édifions pas sur cette boutade la théorie de l'art pour l’art, que Musset n’a:
jamais professée. — Musset retrouve ici la verve gamine de Mardoche. |
2. Puisque l'amour est pour lui plus que le génie, ou le génie même, il est naturel qu’il préfère à l’admiration, senti-
ment intellectuel, l'émotion ins-
tinctive d’un lecteur sans :esprit, mais sincère, et qui ne juge que d’après son cœur.
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Vive le vieux roman, vive la page heureuse
Que tourne sur la moussé une belle amoureuse ! Vive d’un doigt coquet le livre déchiré,
Qu’arrose dans le bain le robinet doré!
Et, que tous les pédants frappent leur tête creuse, Vive le mélodrame où Margot a pleuré !!
Oh! oh! dira quelqu'un, la chose est un peu rude. N'est-ce rien de rimer avec exactitude ? ?
Et pourquoi mettrait-on son fils en pension,
Si, pour unique juge, après quinze ans d'étude, On n’a qu’une cornette# au bout d’un cotillon ?. J’en suis bien désolé, c’est mon opinion. \
Et j'en dirais bien plus, si je me laissais faire. Ma poétique, un jour, si je puis la donner,
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Sera bien autrement savante et salutaire.
C'est trop peu que d'aimer, c’est trop peu que de plaire : Le jour où l’Hélicon { m'entendra sermonner,
Mon premier point sera qu'il faut déraisonner.
Celui qui ne sait pas, quand la brise étouffées
4. Boutade ! Musset avait le goût très aristocratique. Il rerend le thème de Corneille, de folière, de tous ceux qui ont fait appel au bon sens populaire des condamnations portées sur leurs œuvres par des coteries littéraires : la justification par le succès.— Cette strophe à beaucoup nui à la réputation de Musset parmi les Parnassiens,qui ne voulaient plaire qu’à l'élite, et recherchaient une beauté inaccessible au vulgaire.
2. Il est évident que Musset déplace la question. Il divague avec infiniment de gaieté. Il saccage allègrement les plates-bandes des pédants.