IL FAUT QU'UNE PORTE SOIT OUVERTE OU FERMÉE
. précieuse, d’une si douce indulgence, ne saurait spes ce que vous valez ? Suis-je donc aveugle ou insensé ? Vous, ma maîtresse! non pas, mais ma femme }
LA MARQUISE
Ah!— Eh bien! si vous m'aviez dit cela en dant nous ne nous serions pas disputés. — Ainsi, vous ones
m'épouser ?
LE COMTE
Mais certainement, j'en meurs d'envie ; je n’ai jamais osé vous le dire, mais je ne pense pas à autre chose depuis un an; je donnerais mon sang pour qu’il me füt permis d’avoir la plus légère espérance...
Dr |
LA MARQUISE Attendez donc, vous êtes plus riche que moi,
LE COMTE
Oh ! mon Dieu! je ne crois pas, et qu'est-ce que cela vous fait? Je vous en supplie, ne parlons pas de ces choses-là ! Votre sourire, en ce moment, me fait frémir d’espoir et de crainte. Un mot, par grâce ! ma vie est dans vos mains.
LA MARQUISE
Je vais vous dire deux proverbes : le premier, c’est qu’il n’y a rien de tel que de s’entendre. Par conséquent, nous causerons de ceci. |
LE COMTE
Ce que j'ai osé vous dire ne vous déplaît donc pas ?
; La - LA MAR QUISE
Mais non. Voiei mon second proverbe : c’est qu'il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, Or, voilà trois quarts d'heure que celle-ci, grâce à vous, n’est ni Pun ni l’autre, et cette chambre est parfaitement gelée. Par conséquent aussi, vous allez me donner le bras pour aller dîner chez ma mère. Après ie vous irez chez Fossin.
LE COMTE Chez Fossin, Madame? pourquoi faire ?
». LA MARQUISE Ma bague. fe bn 4 LE COMTE Ah ! c’est vrai, je n’y pensais plus. Eh bien! votre bague, marquise ?
S ko
LA MARQUISE
Nactuise dites-vous ? Eh bien! à ma bague, il y a juste-
- ment sur le chaton une petite couronne de marquise ; et comme cela peut servir de cachet... Dites donc, comte, qu'en pensez-vous ? IL faudra peut-être ôter les ne à Allons, je vais mettre un chapeau.
LE COMTE Vous me comblez de joie! comment vous exprimer... LA MARQUISE |
Mais fermez donc cetie malheureuse. porte! cette chañbre ne sera plus habitable.
[C’est Mme Allan Despréaux qui demanda à jouer ce ha petit acte, après le succès du Caprice (v. P- 48).
La première représentation, au Théître- Français, est du 7 avril 1848.] * :
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CARMOSINE (1850
Comédie,
L'œuvre expliquée
[Elle a paru dans Le Constitutionnel &'obtobté à novembre 1850, et elle a été jouée à l’Odéon le 7 novembre r865, sans succès ; le public fut désorienté : trop de poésie, et d’une qualité trop subtile.
Musset a‘emprunté le sujet de Car mosine à un Conte de Boccace (Dixième journée, Nouvelle VII). Selon ce conte, la. fille d’un apothicaire, Lise Puccin, ayant vu dans un tournoi le roi Pierre d'Aragon, « s’amoura ferventement de luy'!. » Elle se consume d'amour « comme fait [à neige au soleil ». Un jour, elle demande à son père « de lui faire venir Minuce Daresse, iequel en ce temps était excellent chantre et bon joueur d'instrument, êt qui volontiers estoit veu du roy Pierre. » Elle confie son amour à Minuce, et le supplie de dire au roi qu’elle l'aime, afin qu’elle puisse mourir SE Minuce’ compose alors la chanson qu’on trouvera p. 507, n. 1, puis il s’en va à la cour, « estant encor le Roy à table » et commence À « jouer si doucement » et chanter cette chanson d’amour « que tous ceux qui estoient en la salle sembloient statües d'hommes, tant estoient cois et ententifs d’escouter, et le Roy plus que les autres. » Le roi interroge Minuce, qui lui conte l’histoire. « Le Roy, qui
estoit prince libéral et bénin... et cognoissant très bien la jeune,
fille et sa beauté, en eut encore plus de compassion. » IH va la voir, la réconforte ; elle, à mots couverts, lui parle du mal dont la mort la délivrera bientôt. Pourtant, « aidée de plus d’espérance », elle guérit. Et le roi, après en avoir délibéré avec sa femme, la mande à sa cour, et la prie, pour l'amour de lui, d'accepter le mari qu’il lui donnera, « sans désirer autre chose de vous, pour une Si grande amitié, qu'un seul baïser, » Lise rougit ét répond qu'elle n’a jamais aimé et n’aimera que lui. Mais elle se rendra bientôt à la volonté du roi, — elle épousera Perdican.
Voilà toute la matière dont disposait Musset. À la place du mari donné par le roi, il a très heureusement mis un ami d’en-
os suivons ja HASUUe éditée par Le Maçon, à M en
504 ALFRED DE MUSSET æ”
fance de Carmosine, le jeune avocat Perillo (ces deux noms sont pris dans une nouvelle de Bandello, la XIVe de [a 1re Partie), qui lui est fiancé, et qu'elle ne peut plus aimer, mais qui se trouvera à point pour réveiller dans le cœur de la jeune fille, de la pitié d’abord envers son triste et fidèle amour, puis le goût de ressaisir la vie. Il a inventé aussi un second prétendant, un chevalier de fortune, bouffi d’impertinence et de sottise, cousin du prince de Mantoue (Fantasio) : ce sera Ser Vespasiano. Quant au reste, on va voir quel parti le poëte a su tirer de la donnée du conte, ce qu'il a fait du troubadour Minuccio, ct surtout comment il a fait vivre cette créature exquise, infiniment délicate, douloureuse et pudique: Carmosine. |
Analyse et Extraits