Dans le Courtisan de Bal
thazar Castiglione, qui est le li-
vre par où le platonisme s'est répandu chez les gens de cour au {6° siècle, il est permis au courlisan qui veut «entreren la voie de l'amour » pur, de jouir avec les yeux « de cette splendeur, grâce, de ces étincelles amoureuses... de la douceur de
la voix, de la mélodie des pa-
roles. »
(Traduction. Chappuis, 1585.) $ ri
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adieu écrit avec ses larmes, le plus pur sanglot de son cœur. » — Le roi arrive, avec la reine ; « la scène se remplit de monde, » Vespasiano fait la roue, —— Perillo présente sa requête : c'est entendu, grâce à Pappui de la reine il vendra son bonnet pour acheter un casque. — Scène de cour galante : les demoiselles d'honneur de M reine assiègent Minuccio, lui En romances, tensons, jeux-partis, — ét l’on se moque de Sèr Vespasiano. — Enfin Minuccio a fini sa chanson, il raconte, sans la nommer ni nommer le roi, l’histoire de Carmosine, qui intéresse à l'extrême les époux royaux, ct il lit, comme écrite par elle, la ballade que voici :|
Va dire, Amour, ce qui cause ma peine |,
A mon seigneur, que je m’en vais mourir, D Et, par pitié, venant me secourir,
Qu'il m’eût rendu la mort moins inhumaine.
. À deux genoux je demande merci.
Par grâce, Amour, va-t’en vers sa demeure, Dis-lui comment je prie et pleure ici,
Tant et si bien qu'il faudra que je meure Tout enflammée, et ne sachant point l'heure Où finira mon adoré souci.
La mort m'attend, et s’il ne me relève
De ce tombeau prêt à me recevoir,
J'y vais dormir, emportant mon doux rêve :. Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.
s # 1 < Depuis le jour où, le voyant vainqueur, D'être amoureuse, Amour, tu m'as forcée,
1. Voici la traduction en vers De luy conter mon vouloir et courage.
de l'original de Boccace (éd. Le, | Dont d'ennuy suis en telle peine et rage, Mäcon, Rouen, 1603). Qu'ainsi mourant mourir m'est grand [oppresse, Et. si croy bien qu ‘il en avait destresse, Si bonnement ma peine il pouvait voir.
De lui mander je n'aÿ la hardiesse :
Hélas ! Amour, fay lui mon mal sçavoir,
Va dire, Amour, ce qui me fait douloir, Conte au seigneur que je m'en vay [mourir, S'il ne me vient, où me veut secourir, Celant par crainte un désireux vouloir, Puis done, Amour, que je n'ay l'espérance ue mon seigneur puisse sgavoir, hélas, Par nul moyen jamais, ne par sem- [blance, Ce que je APE enmonpañvre cœur las, J1 té plaira me donner ce soulas, f[née, Qu'il luy souvienne au moins de la jour- Qu'il combatit à la lance mornée (*), Faisant tant bien au tournoy son devoir:
Le regardant, j'en fus si adjournée, Que je me meurs faisant mon mal sça-
Mercy, Amour, à jointes mains te crie { Voy mon seigneur au lieu où it demeure, Dy lui comment je le désire et prie, Tant que d'ardeur il faudra que je meure Toute enflambée, et ne sachant point | [l'heure Que perdre puisse une peine si griefve, Si sa pitié bientôt ne me releve, Je ne voy point moyen de me ravoir.
Ains finira tantôt ma vie briefve.
Hélas ! Amour, fay lui mon mal sçavoir.
[voir.
Depuis que fus de luy si amoureuse, J de: ù Je n’ay point eu le cœur ny l'avantage, |\ D ARE be Musset a fait une chose exquise, — dont le
Uomme la crainte, hélas pauvre peu- [reuse,
(*) Munie d’une morne, anneau qu'on mettait au bout des armes courtoises,
rythme seul appelle une étude,
ss
* ; ASE PO PR NT AN EUEREREESP ; tr i à ET EXC
508 ALFRED DE MUSSET : di -
Füût-ce un instant, je n'ai pas eu le cœur : De lui montrer ma craintive pensée, Dont je me sens à tel point oppressée, Mourant ainsi, que la mort me fait peur Qui sait pourtant, sur mon pâle visage, Si ma douleur lui déplairait à voir?
De l'avouer je n’ai pas le courage.
Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.
Puis donc, Amour, que tu n’as pas voulu
A ma tristesse accorder cette joie,
Que dans mon cœur mon doux seigreur ait lu, Ni vu les pleurs où mon chagrin se noie, Dis-lui, du moins, et tâche qu'il le croie,
Que je vivrais si je ne l'avais vu ;
Dis-lui qu’un jour une Sicilienne
Le vit combattre et faire son devoir.
Dans son pays, dis-lui qu’il s’en souvienne,
Et que j'en meurs, faisant mon mal savoir.
La reine charge Minuccio de donner à la jeune fille une bague qu'elle ôte de son doigt, et le roi déclare qu’il ira la voir; Minuccio lui dit toute la vérité, en secret : c’est lui qui est aimé de Carmosine.