‹ Morceaux choisisChapitre 58 sur 439 · EE SR · texte numérisé non relu

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Les pieds dans la rosée, et son masque à la maint, Une nüit de printemps joue avec le matin.

Nul bruit ne trouble plus, dans les palais antiques, La majesté des saints debout sous les portiques. La ville est assoupie, et les flots prisonniers S’endorment sur le bord de ses blancs escaliers 2. C’est alors que de loin, au détour d’une allée,

Se détache en silence une barque isolée,

Sans voile, pour tout guide ayant son matelot, Avec son pavillon flottant sur son falot.

Telle, au sein de la nuit, et par l’onde bercée, Glissait, par le zéphir lentement balancée,

La légère chaloupe où le jeune Dalti

Agitait en ramant le flot appesanti.

Longtemps, au double écho de la vague plaintive, On le vit s'éloigner, en voguant, de la rive;

Mais lorsque la cité, qui semblait s’abaisser

Et lentement, au loin, dans les flots s’enfoncer, Eut, en se dérobant, laissé l'horizon vide, Semblable. à l’alcyon qui, dans son cours rapide ?,

1. Musset a l'instinct des allégories gracieuses, où lartificiel et le naturel s’harmonisent en un accord charmant.

(Voir surtout : À la Mi-Caréme

- (mars 1838), 4e sixain). La fraïi-

cheur de l’aube et le mystère spirituel des travestissements galants sont évoqués comme en une grisaille à peine teintée, et l’indécise apparition du ma-

tin, encore enveloppé de nuit,

imite la fantaisie capricieuse, tour à tour fuyante et hardie, d’une intrigue amoureuse. — Même sentiment de l’allésorie, même fusion de lartificiel et

. du naturel chez La Fontaine

un jour — qu'il était allé faire a l’Aurore s& cour — Parmi le thym et la rosée ».

Musset n’a, d’ailleurs, pas écrit d'emblée ces quatre vers.

Voici sous quelle forme on les trouve dans l'édition de 41830 :

Une heuTe est à Vènise, — heure des [sérénades,

* Quand le soleil s'enfuit, laissant aux

[promenades

Un ciel pur, et couvert d'un voile [plus vermeil

Que celui que l'aurore écarte à son [réveil.

2. Il est difficile de dire si Musset se souvient de quélque passage précis d’un écrivain antérieur. Pourtant, il me semble qu’il y a ici une réminiscence de Jean Sbogar, de Charles Nodier. ‘ 3. Cette expression ne Se dr pas à l'instant décrit plus haut.

4. Il y a dans ces vers une douceur lamartinienne : leflot appesanti, la vague plaintive (rimant avec rive) sont venus là machinalement.

5. Rapide est une cheville; notez le rejet, qui traduit la sensation de l'arrêt, après le

long essor qui se déploie dans V es alcyons -avaient leur droit d’entrée en

les vers précédents.

littérature depuis A. Chénier (Oiseaux chers a Thétys, doux alcyons, pleurez. ELÉGIEs) et Chateaubriand (Pour tout bruit,

le cri des alcyons et le murmure

des vagues. ITINÉRAIRE). Plus anciennement, sous le nom de martin-pécheur, Bernardin de Saint-Pierre et Rousseau le mettent dans leurs paysages:

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