Cf, p. 62, n. 4, ; [romain
0" s ALFRED DE MUSSET
Elle lui répondit : — J'ai fait cela pour vous ;
Je ne m'en repens pas.
— O nature, nature ! < Murmura l'étranger, vois cette créature :
Sous les cieux lés plus doux qui la pouvaient nourrir, Cette fleur avait mis dix-huit ans à s'ouvrir.
A-t-elle pu tomber et se faner si vite,
Pour avoir une fois touché ma main maudite ?
C’est bien, poursuivit-il, c’est bien, elle est à moi. Viens, dit-il à Portia, viens, et relève-toi.
T’est-il jamais venu dans l'esprit de connaître
Qui j'étais ? qui je suis”?
— Eh! qui pouvez-vous être,
Mon ami, si ce n’est un riche et beau seigneur! Nul ne vous parle iei qui ne vous rende honneur.
| ui raconte qu'il est fi ’un pêcheur, que lui-même a fait le ne t l est fils d /
mètier de batelier, jusqu'au jour où la fantaisie de Ia Muranèse, brus-
quement éprise dé Jui, l’a jeté dans la carrière d’aventurier.] :
« Venise ! à perfide cité, À qui le ciel donna la fatale beauté, Je respirai cet air dont l’âme est amollie ?,
Et dont ton souflle impur empesta lItalie { + Pauvre et pieds nus, la nuit, j'errais sous tes palais.
Je regardais tés grands, qu’un peuple de valets
4. Cf. p.81,et Don Juan, de Byron, 111,2. «O0 amour, qu'y a-t-il donc en ce bas monde qui nous rend si fatal le don d’être aimé?
Ah! pourquoi as-tu enlacé dans tes berceaux des branches de cyprès! .... Comme ceux qui cueillent les fleurs pour jouir d’un parfum et ne les posent
-sur Jeur sein laisser faner, de même nous “plaçons dans notre cœur les êtres frêles que nous aimons, mæis c’est pour les y voir périr ».
2, Cf, linvective à l'Italie vers la fin de l’Invocation qui précède La Coupe et les Lèvres; et v.-p. 486, n. 4.
Plus tard, Musset a fait répa-
ration à l'Italie, non seulement
dans les Sfances à Mr: Ristori Œ: 486, n. 4), mais, en 1851, dans ettine, Où il en parle comme
ue pour les y.
Stendhal : « Nous sommes en Italie, où les mœurs sont franches, libres, exemptes de cette morgue inventée par l’orgueil timide à la plus grande gloire de l'ennui; nous sommes dans
DS
ce pays de liberté charmante,
brave, honnête et hospitalière, sous ce beau soleil où lombre d’un homme, quoi qu’on en dise, n’en à jamais gêné un autre...
où enfin la mauvaise humeur est aussi inconnue que le mauvais temps.» — Mais à Venise, où il devait tant souffrir (v. p.
29 sq.), il n’a jamàis pardonné.
Toits superbes ! froids monuments !
Linceul d'or sur des ossements !
Ci-gît Venise,
(A mon frère revenant d'Italie, 1844.) Cf. Nuit de Décembre.