‹ Morceaux choisisChapitre 62 sur 439 · BALLADE À LA LUNE · texte numérisé non relu

BALLADE À LA LUNE

L'œuvre expliquée

[La Ballade à la Lune, parodie sans méchanceté du romantisme nébuleux, où se mêlent de pures réminiscences de l'antique, fut « le sujet d’une grande clameur ! ». « Les uns, dit Paul de Musset dans sa Biogr aphie d'Alfred, voulant à toute force la prendre au sérieux ?, s’en tenaient à ces échantillons pour se dispenser de lire le reste du volume. D’autres, renchérissant sur l’intention du poète, voulaient qu'il se-fût moqué de ses amis etde lui-même. [l faut avouer qu’en cette occasion, les connaisseurs de profession ct les hommes d’un âge respectable ne furent pas les juges les plus intelligents. »

Le succès du rÿthnte adopté ici par Musset Jut grand, Gautier s’en servit dans ses Eaux et Camées :

Les dieux eux-mêmes meurent,

Mais les vers souverains Demeurent

Plus forts que les airains.

Et Banville, dans une Odelette à Gautier : :

Et toi qui nous enseignes

L'amour du vert laurier Tu daignes .

Etre un bon ouvriér.

(MARTINON, Les Strophes)].

Extrait S

C'était, dans la nuit brune, Sur le clocher jauni,

La lune, Comme un point sur un i.

1. Parue dans la première édi- . À ceux-là, Musset Hépondra tion des Contes d’Espagne et dns les Secrètes Pensées de Rad'Italie. 5 faël, en 1831.

(e) vous, race o des dieux, phalange incorruptible, Electenrs brevetés des morts et des vivants ;

Lune, quel esprit sombre

- Promène au bout d’un fil,

Dans l’ombre, Ta face et ton profil ?

Es-tu l’œil du ciel borgne ?

Quel chérubin cafard !

Nous lorgne

Sous ton masque blafard ?

N’es-tu rien qu’une boule?

Qu'un grand faucheux? bien Qui roule [gras

Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t’en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne

L'heure aux damnés d’enfer ?

Sur ton front qui voyage,

Ce soir ont-ils compté Quel âge

A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge,

Quand ton disque noirci S'allonge

En croissant rétréci ?

Qui l’avait éborgnée

L'autre nuit ? T’étais-tu

Cognée À quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne, Coller sur mes carreaux

Fa corne, LR À travers les barreaux.

Va, lune moribonde, 3

Le beau corps de Phœbé = - La blonde

Dans la mer est tombé.

Tu n’en es-que la face, -

Et déjà, tout ridé, D'éace ns

Ton front dépossédé 3.

Rends-nous la chasseresse, .

Blanche, au sein virginal, Qui presse %

Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane,

Sous les frais coudriers, Diane, ;

Et ses grands lévriers! =

Porte-clefs éternels du mont inaccessible, Guindés, ‘guédés, bridés. confortables pédants !

Pharmaciens du bon goût, distillateurs sublimes, Seuls vraiment immortels, et seuls autorisés ; TE Qui, d’un bras dédaigneux, sur vos seins magnanimes,

Secouant le tabac de vos jabots usés,

. Avez toussé, — soufflé, —— passé sur vos lunettes - Un parement brossé, pour les rendre plus nettes, Et, d’une main soigneuse ouvrant l’in-octavo,

Sans partialité, sans malveillance aucune,

Sans vouloir faire cas ni des ha ! ni des ho !

Avez lu posément — la Ballade à la lune ! 1!

4. Le cafard, c’est l’hypocrite, le bigot. Appeler cafard un chérubin, c'était se moquer du ro-

mantisme séraphique, pieux ou …

mystique.

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