BALLADE À LA LUNE
L'œuvre expliquée
[La Ballade à la Lune, parodie sans méchanceté du romantisme nébuleux, où se mêlent de pures réminiscences de l'antique, fut « le sujet d’une grande clameur ! ». « Les uns, dit Paul de Musset dans sa Biogr aphie d'Alfred, voulant à toute force la prendre au sérieux ?, s’en tenaient à ces échantillons pour se dispenser de lire le reste du volume. D’autres, renchérissant sur l’intention du poète, voulaient qu'il se-fût moqué de ses amis etde lui-même. [l faut avouer qu’en cette occasion, les connaisseurs de profession ct les hommes d’un âge respectable ne furent pas les juges les plus intelligents. »
Le succès du rÿthnte adopté ici par Musset Jut grand, Gautier s’en servit dans ses Eaux et Camées :
Les dieux eux-mêmes meurent,
Mais les vers souverains Demeurent
Plus forts que les airains.
Et Banville, dans une Odelette à Gautier : :
Et toi qui nous enseignes
L'amour du vert laurier Tu daignes .
Etre un bon ouvriér.
(MARTINON, Les Strophes)].
Extrait S
C'était, dans la nuit brune, Sur le clocher jauni,
La lune, Comme un point sur un i.
1. Parue dans la première édi- . À ceux-là, Musset Hépondra tion des Contes d’Espagne et dns les Secrètes Pensées de Rad'Italie. 5 faël, en 1831.
(e) vous, race o des dieux, phalange incorruptible, Electenrs brevetés des morts et des vivants ;
Lune, quel esprit sombre
- Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre, Ta face et ton profil ?
Es-tu l’œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard !
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?
N’es-tu rien qu’une boule?
Qu'un grand faucheux? bien Qui roule [gras
Sans pattes et sans bras ?
Es-tu, je t’en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne
L'heure aux damnés d’enfer ?
Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté Quel âge
A leur éternité ?
Est-ce un ver qui te ronge,
Quand ton disque noirci S'allonge
En croissant rétréci ?
Qui l’avait éborgnée
L'autre nuit ? T’étais-tu
Cognée À quelque arbre pointu ?
Car tu vins, pâle et morne, Coller sur mes carreaux
Fa corne, LR À travers les barreaux.
Va, lune moribonde, 3
Le beau corps de Phœbé = - La blonde
Dans la mer est tombé.
Tu n’en es-que la face, -
Et déjà, tout ridé, D'éace ns
Ton front dépossédé 3.
Rends-nous la chasseresse, .
Blanche, au sein virginal, Qui presse %
Quelque cerf matinal !
Oh ! sous le vert platane,
Sous les frais coudriers, Diane, ;
Et ses grands lévriers! =
Porte-clefs éternels du mont inaccessible, Guindés, ‘guédés, bridés. confortables pédants !
Pharmaciens du bon goût, distillateurs sublimes, Seuls vraiment immortels, et seuls autorisés ; TE Qui, d’un bras dédaigneux, sur vos seins magnanimes,
Secouant le tabac de vos jabots usés,
. Avez toussé, — soufflé, —— passé sur vos lunettes - Un parement brossé, pour les rendre plus nettes, Et, d’une main soigneuse ouvrant l’in-octavo,
Sans partialité, sans malveillance aucune,
Sans vouloir faire cas ni des ha ! ni des ho !
Avez lu posément — la Ballade à la lune ! 1!
4. Le cafard, c’est l’hypocrite, le bigot. Appeler cafard un chérubin, c'était se moquer du ro-
mantisme séraphique, pieux ou …
mystique.