ANAL
DS
Quelque larme à verser, — quelque doux souvenir Qui s’allait effacer et-qu'’il sent. revenir ?
Déjà le jour s’enfuit, — le vent souflle, — silence! La terreur brise, étend, précipite les sons,
. Sous les brouillards du soir le meurtrier s’avance,
Invisible combat de l’homme et des démons!!
A l’action, Iago! Cassio meurt sur la place?2,
Est-ce un pêcheur qui chante ? est-ce le vent qui passe? Écoute, moribonde! Il n’est pire douleur |
Qu'un souvenir heureux dans les jours de malheur.
Mais lorsqu’au dernier chant la redoutable flamme
Pour la troisième fois vient repasser sur l’âme :
Déjà prête à se fondre, et que dans sa frayeur À Elle presse en criant sa harpe sur son cœur... RD, La jeune fille alors sentit que son génie
Lui demandait des sons que la terre n’a pas;
Soulevant par sanglots des torrents d'harmonie, - r&
Mourante, elle oubliait l'instrument dans ses bras. O Dieu ! mourir ainsi, jeune et pleine de vie... :
4. Les démons de la jalousie, que l’infernale habileté du traitre lago excile dans lâme sans défense d’Othello.
9, Cassio est le lieutenant d’Othello ; le traître ago persuade Othello que ce Cassio est aimé de Desdémona. — « À l’action, vous dis-je », est le mot d'Iago à
Rodrigo, qui se chargera detuer
Cassio, mais qui sera tué par lui.
3. Ce dernier vers se trouvait textuellement déjà dans la traduction de la Divine Comédie par Antony Deschamps : -
L'ombre (*) dit : Il n’est pas de douleur / [plus amère
Qu'un souvenir heureux dans les jours [de malheur.
Cf. Souvenir : « Dante, pourquoi dis-tu qu’il n’est pire misère — qu'un souvenir heureux dans les jours de douleur ? — Quel chagrin t'a dicté cette parole amère, — cette offense au malheur.» Musset semble dire, en 1841, le contraire de ce qu’il
dit ici, où il adopte la pensée.
de Dante. Mais il né se place pas au même point de vue. S'il est discutable qu’un souvenir heureux rende plus amère une tristesse qui dure, un état detristesse habituelle, iFest certain que
l’homme brusquement étreint
par l’infortune ne peut $e rappos sans une vive souffrance e temps où il sé confiait au bonheur.
& CL p.102, DEEE
>. Toujours l’idée que l’aspiration humaine dépasse infiniment le terme de l’expression
possible. Le sentiment de ce, qu’il y a d’ineffable dans l’'émo-.
tion et dans la pensée est allé jusqu’à la souffrance chez des poètes méditatifs"et raffinés de style comme Sully-Prudhomme.
. 6, Noter combien nous sommes loin ici de l’art impassible.
Ce n’est-pas seulement la perfection de la forme que Musset goûte ; il s’abandonne à l’émotion artistique comme à une émotion réelle.
(*) Celle de Françoise de Rimini : L'Enfer, chant V.
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