‹ Morceaux choisisChapitre 89 sur 439 · PENSÉES DE JEAN PAUL · texte numérisé non relu

PENSÉES DE JEAN PAUL

Irait-on dire à un musicien : « ILy a dans la gamme des notes ignobles, et dont vons ne sauriez vous servir, s’il vous plait? » À un peintre :.« Telles de vos couleurs sont ampoulées, vous les laisserez de côté? » Non; toutes les

notes, toutes les couleurs FR servir; pourquoi et de

quel droit dire à.un écrivain: « Tarte à la crème ne peut MDP PICESUE RES ; FE

Savez-vous ce qui est trivial, hommes déilés, gens de goüt? C’est de ramasser dans les égouts des répertoires et les ordures des almanachs des idées mortes de vieillesse, de trainer sur les tréteaux des guenilles qui ont servi à tout le monde, et d'aller comme les bestiaux désaltérer votre soif de gloire et d'argent dans les abreuvoirs publics.

C’est l'ennui du monde plus que le mépris des hommes

qui l’attriste!; on sent, lorsqu'il en laisse échapper quelque 4

chose, avec quelle joie il se renfermait dans sa coquille, comme ces insectes qui se cachent à l'approche de l’homme, et qui s’entr’ouvrent à la rosée des belles nuits: « Notre vie, dit-il, ést semblable à une chambre obscure; les images d’un autre monde s’y retracent d’autant plus vivement

qu'elle est plus sombre. » C’est ainsi qu’il prouve, par

cette constante fantaisie de solitude, et en même temps par

cette profonde connaissance du cœur humain qui respire et

palpite sans cesse en lui, c’est ainsi, disons-nous, qu’il démontre que la vie extérieure et l'expérience des choses ne sont point, comme on le dit, nécessaires au poète qui veut-peindre ; après deux jours de réflexions, Jean-Paul ayait véeu autant qu un autre en deux années de voyages et de passions; ainsi celui qui porte en lui l'élément de tout peut tout deviner. Un amour lui apprend tous les

amours ; une femme, toutes les femmes ; un ennui, tous les

chagrins : ainsi chaque sensation qui fait saigner une fibre

‘ du cœur $e continue toujours à l’infini dans son être. Si la J

destinée lui a épargné de grandes traverses et de grands.

bonheurs, c’est qu’elle savait sans doute que le délicat instrument qu'un souffle ébranlait et faisait vibrer, conservé sous la poussière de la médiocrité, se serait brisé sous la rude main du malheur.

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