‹ Morceaux choisisChapitre 90 sur 439 · Qui attriste Jean-Paul Richter. É er · texte numérisé non relu

Qui attriste Jean-Paul Richter. É er

L'œuvre expliquée £ :

[A. de Musset publia en 1831, dans la REVUE DE Paris, Les Vœux stériles, Octave (un fragment dans le ton de Portia et de Don Paëx) et les Secréles Pensées de Rafaël, gentilhomme français.

(V: p. 89, n: 2.) ; | . … La profession de foi littéraire contenue dans Ra faël blessa lé #2 « romantiques barbus, aux visages blèmis ! »

Vous qui des Grecs défunts balayez le rivage, < Ou due poignard sanglant fouillez le moyen âge...

Et elle porta la j joie dans le camp des classiques : ils commentèrent avec satisfaction cette pa/inodie :

France, Ô mon beau pays ! j'ai de plus d'un outrage Offensé ton céleste, harmonieux langage, ER Idiome de l'amour, si doux qu’à le parler

Tes femmes sur la lèvre en gardent un Sourire ;

Le miel le plus doré qui sur “la triste lyre " De la bouche et du cœur ait pu jamais couler! s Mère de mes aïeux, ma nourrice et ma mère, Fe Me pardonneras-tu ? Serai-je digne encor À De faire sons mes doigts vibrer la harpe d’or ? Se RTE À Ce ne sont plus les fils d’une terre étrangère 14 Que je veux célébrer, 0 ma belle cité I >

Je ne sortirai pas de ce bord enchanté : = É < | Où, près de ton palais, sur ton fleuve penchée, * =” sx Fille de l'Occident, un soir tu t’es couchée. * = 4 Les Vœux stériles, pièce antérieure; mélaient à le nostalgie EL: ; la beauté antique le regrét de vivre hors de l’action. À vrai dire, 254 (V. p. 117, n. 5), c'était surtout pour faire pièce aux romantiques . si. intransigeants, fanatiques de l’art pour l’art, que Musset oppo: …, ‘3 sait la gloire de l’action à la misère du métier littéraire. | rs : 7 es me 4

Extraits

Puisque c’est ton métier, misérable poète, LR Même en ces temps d'orage, où la houche est muette,

j = ee

Tandis que le bras parle, et.que la fiction Disparait comme un songe au bruit de laction !; Puisque c’est ton métier de faire de ton âme

Une prostituée?, et que, joie ou douleur,

Tout demande sans cesse à sortir de ton cœur ;

Que du moins l’histrion, couvert d’un masque infâme, N’aille pas, dégradant ta pensée avec luif,

Sur d’ignobles tréteaux la mettre au pilori ;

Que nul plan“, nul détour, nul voile ne l’ombrage. Abandonne aux vieillards sans force et sans courage Ce travail d’araignée, et tous ces fils honteux Dont s’entoure en tremblant l'orgueil qui craint les yeux. Point d’autel, de trépied, point d’arrière aux profanes ° |

1. La pensée de Musset a varié sur Ce point. Il écrivait 16 7 février de cette même année 1831 (+ Revue fantastique) : « Si la pensée veut être quelque chose par elle-même, il faut qu’elle se sépare en tout de l’action ;:si la littérature veut exister, il faut

w’elle rompe en visière à la politique. Autrement toutes deux se ressembleront, et la réalité vaudra toujours mieux que lap- Jarence. » Ainsi contrairement à Pierre Leroux, dont le manifeste, adressé aux artistes, sera pénétré d’esprit saint-simonien (Revue encyclopédique, novembre-décembre 1831), contrairement aussi à Sainte-Beuve & ce moment-là, Musset est de ceux qui convient les poètes à se désintéresser de l’action. — Ici, il établit l’action à un étage plus haut que la pensée. Mais il ne veut pas parler de lPaction humanitaire ; il n’a jämais cru en l’art missionnaire. L'action qu’il regrette, ce serait la grande ac- Lion politique, ou Paction militaire, celle qu'évoquait splen-

-, didement V. Hugo dans l’ode à

la Colonne de la place Vendôme -(février 1827) :

Nous froissons dans nos mains, hélas | a [inoccupées, Des lyres, à défaut d'épées ! ‘ Nous chantons, comme on combattrait.

(ee Confession, pp.318-19).V. plus oin, Fe 120, n. 6. Et La Coupe et les Lèvres, p. 132. Û 2. Cf, Correspondance (juillet

1833 ?), à George Sand : « Jeserai bien avancé, bien heureux quand j'aurai barbouillé de mauvaises rimes le mur de mon cachot. Voilà une belle organisation... de faire de ses souftrances un trésor sacré pour le jeter dans toutesles voiries, dans tous les égouts, à six francs l’exem-

laire ! Pouah ! » V. aussi Sur la

aresse, p. 481. 4

3.. Musset se sépare ici de l'école romantique,qui fondaitsur le théâtre renouvelé des espoirs démésurés. On sait tout ce que -V. Hugo, en particulier, à mis de lyrisfne personnel dans ses drames.

4. Non pas nul plan dramatique, — mais nulle partialité d’école, nulle tactique de coterie.

.Réaction contreles Cénacles, les petites chapelles littéraires, où l’on rend un eulte àuneidole.

La sincérité juvénile, l’ombrageuse indépendance de Musset nes’enaccommodaient pas(v./n-

-troduction, p. 19). Sainie-Beuve aussi, apres avoir traversé les cénacles et joué auprès du dieu, V. Hugo, le rôle d’acolyte, écri= vit des articles malicieux, narquois, sur cette manie d’adoration, ce préjugé de clôture. — Musset dira, dans le Salon de 1836, Aprèésavoir indirectement critiqué la conception du Stello de Vigny (son ami d’ailleurs) :

« Il n’y a pas de plus grande erreur, dans les arts, que de croire à des sphères trop élevées pour les profanes, » Il dit aussi : « 11

Que ta muse, brisant le luth des courtisanes, Fasse vibrer sans peur l'air de la liberté ; -

Qu'elle marche pieds nus, comme la Vérité.

eo 0006 te e...…

ss etes 0e 6e

Grèce !, à mère des arts, terre d’idolâtrie,

De mes vœux insensés éternelle patrie,

J'étais né pour Ces temps où les fleurs de ton front Couronnaient dans les mers l’azur de l’Hellespont.

Je suis un citoyen de tes siècles antiques ?;

-Mon âme avec l’abeille erre sous tes portiques. |

La langue de ton peuple, à Grèce, peut mourir ; ms Nous pouvons oublier le nom de tes montagnes;

Mais qu’en fouillant le sein de tes blondes campagnes Nos regards tout à coup viennent à découvrir $ Quelque dieu de tes bois, quelque Vénus perdue 4...

La langue que parlait le cœur de Phidias - É

faut chercher à attirer la foule, à être compris et nommé par elle, car c’est par éêlle qu'on est de son temps... — A ceux qui dédaignent la foule... je demanderai de citer [un seul nom] qui, glorieux aujourd'hui, ait été de son temps méconnu du public...»

-.. 4. * Comparer ce passage au début de Rolla, p.183. — Encore un fragment qui fit penser que Musset se convertissait au classicisme. (V. /Zniroduction, p.22.) La nostalgie de l’antique, et en particulier du siècle de Périclès est l’une de celles de Musset.

2. Il le croit au moment où il “le dit. Ce n’est pas la seule fois qu'un Parisien se prend pour un Athénien égaré en Gaule, parce qu’il se trouve quelque ressemblance avec Alcibiade.

. 3. Vers délicieux, qui évoque

les abeilles del’'Hymette, — l’essaim qui, d'après la légende, se posa sur les lèvres de Platon endormi. Le Portique, c’est l’école Stoicienne, Mais il y avait des portiques aussi dans les jardins d’Académus, où Platon enseignait. :

4, : « En fouillant le sein.

quelque Vénus perdue. » C’est en février 1820 qu’un paysan de l’île de Milo, Sn bee son jardin, mit au jour une niche, quicontenait deux tronçons d’une sta:

tue de femme, la fameuse Vénus

de Milo. C’est M. de Marcellus.

(V.ses Souvenirs d'Orient,1I, 239- 260) qui réussit à l’acheter pour la France. Louis X VITE, qui ai-mait les arts, « défendit qu’on retouchât la Vénus de Milo (la mode était alors à la restaura- :

tion des antiques) sauf pour quelques détails sans importance, et la fit placerau Louvre», où elle est demeurée.(V.,sur la = Renaissance de la Grèce antique, R. CANAT:) «1 5. Le goût de l’hellénisme.revivait en ces années. Les littérateurs réagissaient contre l’absurde mépris avec lequel La Harpe, sous prétexte d’exalter, Racine,a vait parlé de l'antiquité. Villemain dañs son cours à la Sorbonne, Patin à la Société des.

Bonnes-Lettres, Artaud à l'Athénée, faisaient amende honorable au génie grec. (V. CANAT, Op.

cit.) Cousin traduit Platon. — «Quelest done, fait dire G. Sand -à un personnage qui doit être Sainte-Beuve, dans les Lettres d'un. Voyageur, quel est donc ce jeune homme qui est si préoccupé de la blancheur du marbre ? » ; :

Musset, répond à ceux qui,

que le grand mouvement du.

philhellénisme,découvraientun peuple grec singulièrement dif:

férent des Grees anciens, et qui s’en affligeaient. — La beauté

Sera toujours vivante et toujours entendue;

= Les marbres l’ont apprise, et ne Poublieront pas. Et toi, vieille Italie!, où sont ces jours tranquililes Où sous le toit des cours Rome avait abrité Les arts, ces dieux amis, fils de l’oisiveté ? ? | Quand tes peintres alors s’en allaient par les villes, Élevant des palais, des tombeaux, des autels, Triomphants, honorés, dieux parmi ies mortels3 ;

: Quand tout, à leur parole, enfantait des merveilles,

Quand Rome combattait Venise et les Lombardst#,

“Alors c’étaiert des temps bienheureux pour les arts!

Là, c'était Michel-Ange, affaibli par les veilles,

- Pâle au milieu des morts, un scalpel à la main, Cherchant la vie au fond de ce néant humain, Levant de temps en temps sa Lète appesantic, Pour jeter un regard de colère et d’envief

Sur les palais de Rome, où, du pied de l’antel,-

À ses rivaux de loin souriait Raphaël 7.

Là, c'était le Corrège$, homme pauvre et modeste,

arle une langue immortelle: — Ne pas croire, sur la foi de ce assage un petéquivoque, que a Vénus de Milo soit l’œuvre de Phidias.

=. 4.Musset pense à l'Italie dela Renaissance.

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