Il faut entendre ici par le
mal la souffrance; mais aussi
toutés les imperfections mora-
- les, toutes les souillures de l’hu- È manité, l’homme d'action ne cherche pas à réaliser sa perfection on EE et à répan- = dre sa charité comme une rosée - céleste. Il est homme parmi les hommes, sujet aux déchéances,
mêlant dans son effort le mal
au bien; quand il prend le fer
pour remédier au mal, il ne se demande pas si son action est conforme au bien idéal. Il a souffert : lexpérience de la misère humaine vaut mieux que l'habitude de la contemplation pour former un homme d’action forte et décisive. N’y auraït-ilpas icil’écho d’une pensée chère à Vigny, dont voici un témoignage postérieur, dans une let-.
tre à Miss Camilla Maunoir, où il rappelle son état d'esprit en | 4831: « Le peuple français ne peut laisser une pensée à l’état de rêverie, comme fait l’Alle-
ner un baptême de sang. Trop souvent cela mène à la destruc- tion et au mal...» (26 novembre 1839). Voilà des paroles qui sonnent étrangement depuis fa guerre déchaiînée par l’Allemagne en 494%. © 5. 11 y a ici un écho de la pensée de Rousseau (Discours sur l’Inégalité), d'après qui le sentiment .de la pitié est primordial chez l’homme (it prenait bien soin d'affirmer que la pitié n’a pu être cependant le germe du sentiment social), = 6. Commentaccordercéciavec l'explication donnée note 5? Pure affaire de vocabulaire. La pitié originelle, primitive (impulsion qui porte un être sujet à souffrir vers son semblable souf- -frant) n’a rien de commun avec cette pitié raffinée qui porte les heureux du monde à plaindre les déshérités. Dans la pensée de Musset, l'inégalité des situa-
tions sociales ou la différence -
des natures morales créent des abîmes entre les êtres.
magne, et-il a hâte de lui don- -
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Et pour tous ces discours prostitués sans fin, Que l’homme au cœur joyeux jette à celui qui pleure, : Comme le riche jette au mendiant son paiñ, | Qui pourrait en vouloir? et comment Ie vulgaire, ‘Quand c’est vous qui souffrez, pourrait-il le sentir !,
Bui que Dieu n’a pas fait capable de souffrir?
"4. Cette idée de l'indifférence
des sociétés (sous quelque ré- ‘ gime que ce soit : monarchique
absolu, démocratique ou constitutionnel) à l'égard des poetes sera l’idée maîtresse du Stello,
de Vigny (1832). (Cf. Vian y : Morceaux choisis éd. Canat et les notes de Stello.) — Noter que Mus:
set, après avoir envisagé toute souffrance humaine, ne parle plus que dé la douleur du poète,
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LE SPECTACLE DANS UN FAUTEUIL
(1832-1833) ee À
L'œuvre expliquée
. [Musset écrivait le 17. décembre 1832, à Emile Deschamps : |
« Si les mauvais vers he vous font pas peur êt que la veille de: Noël ne vous trouve pas engagé dans quelque réveillon, vous seriez bien bon et bien aimable de venir écouter des poèmes qui
ont besoin plus que personne qu'on ne les abandonne pas. Je
vous demande deux choses bien faciles à vous : complaisance
et indulgence. » Il s'agissait du Spectacle dans un fauteuil, qui : parut le 25 eurte 1832, ravec le millésime de 1833, chez.
Renduel, l’éditeur romantique. (V: notre Balzac, ILLUSIONS. . PERDUES.) D'après Paul de Musset, on écouta la lecture'dans un morne silence ; seul Mérimée? s'approcha de Musset et lui. dit tout bas : « Vous avez fait d'énormes progiess la pets comédie-surtout me pe extrèmement.
La petite comédie, c'était À quoi rêvent les jeunes filles, « imbroglo malicieux et tendre, difa Sainte-Beuve*, qu’on peut dire
entre Le Songe d'une Nuit d'élé où Comme il vous plaira (de.
” Shakespeare) et le cons acte de Figaro ».
1. Cette pièce liminaire justifie le titre du recueil : AU LECTEUR DES DEUX PIÈCES QUI SUIVENT
Figure-toi, lecteur, que ton mauvais génie T’a fait prendre ce soir un billet d'Opéra, Te voila-devenu parterre ou galerie,
- Lt tu ne sais pas trop ce qu’on te chantera.
Il.se peut qu'on t'amuse, il se peut qu'on t’ennuie; -
11 se peut que l'on pleure, à moins que l’on ne rie;
Et le terme moyen, c’est que l'on bâillera.
Qu'importe ? c'est la mode, et le tempy passera... Fc
Mon livre, ami-lecteur, t’ offre une chance égale. I1 te coûte à peu près ce que coûte une stalle ; Ouvre-le sans colère, et lis-le d’un bon œil.
Qu'il te déplaise ou non, ferme-le sans rancune ; Un spectacle ennuyeux est chose assez commune, “Et tu verras le mien sans quitter ton fauteuil.
AAC. | janvier 1833. (V. Portraits con- EVUE DES Deux MONDES, | temporains, He LE
de). ?
FIG. 21. — Eugène Renduel (1798-1874). (B.N.E.) D'après Gigoux.
C'est le grand éditeur romantique qui publia la premiere édition du Spectacle dans un fauteuil et qui a été, en même temps. le prin- cipal éditeur de Victor Hugo, Th. Gautier, etc.
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-LE SPECTACLE DANS UN FAUTEUIL
Le volume contenait aussi La Coupe et les Lévres ; et comme la copie manquait, Musset avait improvisé Namouna, de même qu'il avait improvisé Mardoche.
La dédicace de ce drame!, à Alfred Tattet (v. sur lui L. SÉCHÉ, À. de Musset, T. I, ch. 3), est une profession d’indépendance « très décousue, mais Ctincelante ». Le poëte répudie toute école, toute doctrine, en littérature,"en politique, en religion. Aimer est tout : « Qu'importe le flacon, pourvu qu’on ait l'ivresse. » IT développe les raisons de son individualisme en
esthétique.]
Un long cri de douleur traversa l'Italie,
Lorsqu'au pied des autels ? Michel-Ange expira.
Le siècle se fermait, — et la mélancolie,
Comme un pressentiment, des vieillards s’empara 3. L'art, qui sous ce grand homme avait quitté la térre Pour se suspendre au ciel, comme le nourrisson
Se suspend et s’attache.aux lèvres de sa mère,