Protestation fort juste contre un préjugé très répandu
3. Y a-t-il ici une allusion: à Charles XII, roi de Suède ? En tout cas, Montesquieu ne pouvait pas prévoir que, les nations renchérissant les unes sur les autres, les effectifs des puissances modernes devaient finir par se confondre, ou à peu près, avec leur population valide ; c’était le cas des républiques anciennes, ce fut le cas des puii jances européennes au 19o siècle.
4. Il y a en effet, dans la France du 18® siècle, pour 25 millions d’habitants, une armée de 170,000 hommes, dont le nombre s’élève à 210,000 en temps de guerre.
Mais le rapport indiqué par Montesquieu n’est pas constant; il y eut jusqu’à 400,000 hommes
de troupes pendant la guerre de la succession d’Espagne, et la France n’avait que 20 millions d’habitants.
5. D’un à huit, en théorie peut-être. Tout citoyen était astreint au service militaire, c.-à-d. pouvait être appelé sous les armes de 17 à 46 ans. En fait, on n’appelait jamais en même temps' tous les hommes valides; on ne le fit même pas pendant les guerres puniques; normalement, il suffisait d’un service de 10 ans dans la cavalerie ou de 20 dans l’infanterie, pour être libéré. Chacun revenait alors à ses occupations, et n’était convoqué que pour des cas exceptionnels. « Aisément » est donc exagéré ; l’édition de 1734 porte :
a à peu près. »
6. A Sparte, dit-on, non à Rome. L’historien latin Yarron (116-27 av. J. C.) nous apprend que Romulus avait assigné deux arpents de terre à chaque citoyen. Quant à la conséquence tirée par Montesquieu, elle est discutable. Ce n’est pas parce que tous avaient une égale quantité de terrain que l’armée
Quand les lois n’étaient plus rigidement observées*, les choses revenaient au point où elles sont à présent parmi nous : l’avarice 2 de quelques particuliers, et la prodigalité des autres, faisaient passer les fonds de terre dans peu de mains, et d’abord les arts s’introduisaient pdur les besoins mutuels des riches et des pauvres. Gela faisait qu’il n’y avait presque plus de Citoyens ni de soldats ; car les fonds de terre, destinés auparavant à l’entretien de ces derniers, étaient employés à celui des esclaves et des artisans, instruments du luxe des nouveaux possesseurs : sans quoi l’État, qui malgré son dérèglement ^ doit subsister, aurait péri. Avant la corrujition, les revenus primitifs de l’État^ étaient partagés entre les soldats, c’est-à-dire les laboureurs : lorsque la république était corrompue, ils passaient d’abord à des hommes riches qui les rendaient aux esclaves et aux artisans ; d’où on en retirait, par le moyen des tributs, une partie pour l’entretien des soldats ^
Or, ces sortes de gens n’étaient guère propres à la guerre: ils étaient lâches, et déjà corrompus par le luxe des villes, et souvent par leur art même ; outre que, comme ils n’avaient point proprement de patrie, et qu’ils jouissaient de leur industrie partout, ils avaient peu à perdre ou à conserver 6.
Dans un dénombrement de Borne fait quelque temps après l’expulsion des rois^, et dans celui que Démétrius de
romaine fut si puissante ; au fond, elle se composait de prolétaires que conduisaient des aristocrates riches ou ambitieux.
1. Les lois relatives aux « fonds de terre ». La plus connue, la loi Licinia, défendait de posséder plus de 500 arpents. Elle fut si bien violée que d’immenses domaines se constituèrent en Italie, et l’agriculture n’eut rien à y gagner, au contraire.